[Film] Midnight My Love, de Kongdej Jaturanrasamee (2005)


Bati est un des nombreux chauffeurs de taxi de Bangkok. Une nuit, lors d’une course, il fait la rencontre de Nual, une prostituée qui comme lui aime les vieux standards musicaux thaïlandais. Sous le charme de cette jeune femme, il accepte de lui servir de chauffeur toutes les nuits.


Avis de Yume :
Loin des standards thaïlandais de l’époque faits de fantômes, de ladyboy et d’action survoltée, Midnight my Love constitue un souffle d’air frais salvateur et novateur. A l’instar de Citizen Dog ou Adventures of Iron Pussy, pour ne citer que les plus renommés, la production cinématographique thaïlandaise se réinvente une identité que l’on pourrait qualifier de rétro moderne. Rétro car il y a un retour sur l’âge d’or du cinéma thaïlandais, sa musique, son style. Et moderne car loin de s’apitoyer dans une morne nostalgie, les nouveaux auteurs de cette vague n’en conservent qu’une imagerie (quasiment iconique par moment) servant de support à des histoires dans l’ère du temps.

Midnight. Le personnage principal du film, interprété avec brio et retenue par Petchai Wongkamlao (aussi connu sous le nom de Mum Jokmok) est un chauffeur de taxi solitaire qui n’aime qu’une seule chose, écouter une émission de radio nocturne qui ne passe que des vieux standards de la chanson thaïlandaise. Une nuit il fera la connaissance d’une prostituée un peu paumée qui aime aussi ces vieilles chansons. Il va alors lui servir de chauffeur chaque nuit, et un lien va se tisser entre ces deux personnalités. Histoire classique certes. Mais en évitant l’écueil de la romance mièvre, le réalisateur Kongdej Jaturanrasmee donne corps à une histoire simple et touchante de sensibilité.

My Love. Bien sur la fin se laisse aisément deviner. Le film est un drame, et à peine peut-on lui reprocher de ne pas avoir été une tragédie, puisque le quart d’heure final pêche par son coté optimiste. Mais puisque depuis le début du film le spectateur nage dans le soap, il ne pouvait exister d’autre dénouement. Soap ? Midnight my love serait-il à l’image de ces, souvent, infâmes séries dont les thaïlandais sont friands ? Bien heureusement rien dans le rythme ou les dialogues ne vient trahir une quelconque parenté honteuse. En fait le film est parsemé de délicieux apartés pendant lesquels l’imaginaire du personnage principal s’évade dans le monde merveilleusement mièvre des soap télévisuels. Moments de grâce où le réalisateur s’en donne à cœur joie avec un traitement particulier de l’image fait de vieillissement artificiel et d’écrasement VCD style !

Ces petites scénettes, loin de n’être qu’artifices, permettent de rentrer dans le subconscient du chauffeur de taxi et de suivre l’évolution de ses sentiments. Car dans le monde réel, celui où il devient ami avec la belle Nual, il n’arrive à aucun moment à extérioriser ses sentiments, le poussant du fait d’un passé mouvementé à faire son possible pour rendre son amie heureuse tout en la fuyant. Bien que souvent lue ou vue le fil de l’histoire charme pourtant dans sa délicatesse, et dans l’absence d’emphase prémâchant les sentiments. Midnight my Love se ressent. Et sublimé par les audaces formelles du réalisateur (le soap mais aussi un cyborg venu dont ne sait où) ainsi que les interprétations des deux acteurs principaux (l’actrice de télé Woranut Wongsawan dont c’est le premier film est d’une justesse parfaite), Midnight my love constitue un échantillon quasiment parfait de ce que la Thaïlande peut apporter au cinéma.

LES PLUSLES MOINS
♥ Frais et novateur
♥ Le casting
♥ Le traitement de l’image
⊗ Le dernier quart d’heure
Une bien belle réussite.



Titre : Midnight My Love / Cherm / เฉิ่ม
Année : 2005
Durée : 1h40
Origine : Thaïlande
Genre : Taxi Lover
Réalisateur : Kongdej Jaturanrasamee
Scénario : Kongdej Jaturanrasamee

Acteurs : Petchtai Wongkamlao, Woranuch BhiromBhakdi, Siwa Traesang, Kuensit Suwanwatthakee, Puritat Chaiseth

 Cherm (2005) on IMDb


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Auteur : yume

Un bon film doit comporter : sailor fuku, frange, grosses joues, tentacules, latex, culotte humide, et dépression. A partir de là, il n'hésite pas à mettre un 10/10. Membre fondateurs de deux clubs majeurs de la blogosphere fandom cinema asitique : « Le cinema coréen c’est nul » World Wide Association Corp (loi 1901) et le CADY (Club Anti Donnie Yen).
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