[Film] Le Voyeur, de Michael Powell (1960)

Mark Lewis est un homme renfermé, passionné par la photographie. Mais il va utiliser ses talents pour une suite d’oeuvres aussi meurtrières que morbides.


Avis de Rick :
Peeping Tom, alias Le Voyeur, voilà bien un film important qui manquait clairement à ma cinéphilie. Un film important dans le contexte de son époque, mais également pour le monde du cinéma, et d’ailleurs un des films souvent cités par Scorsese comme étant un de ses films favoris, rien que ça. Production Anglaise de 1960, Le Voyeur est un projet de Michael Powell, un réalisateur adoré et respecté qui débuta dans les années 1930. Parmi ses plus grands succès et films les plus connus, on pourra citer À l’Angle du Monde (1937), L’Espion Noir (1939), Le Voleur de Bagdad (1940), Le 49ème Parallèle (1941), Colonel Blimp (1943), Le Narcisse Noir (1947) ou encore Les Chaussons Rouges (1948) et La Mort Apprivoisée (1949), tous deux coréalisés avec Emeric Pressburger. Un réalisateur touche à tout et extrêmement appliqué. Mais lorsqu’il réalise le Voyeur en 1960, c’est le drame. Le film se prend des critiques incendiaires, le public ne comprends pas le film et ne comprend pas l’intérêt du film, et Le Voyeur mettra un terme à la carrière de son réalisateur, qui ne signera par la suite que deux métrages bien plus légers, une comédie et un biopic, et qui passeront totalement inaperçus. Et avec les années, Le Voyeur est enfin jugé à sa juste valeur. Un peu tardivement certes. Car Le Voyeur ne brosse pas le public dans le sens du poil, en faisant de son personnage principal un tueur, traumatisé par son père étant enfant, et dont le but est de filmer ses victimes lors de leurs derniers moments d’effrois avant de périr. Dès les premiers instants, le réalisateur nous place dans une position de voyeur aux côtés de son personnage, nous offrant les images que celui-ci filme. La mise en abime est flagrante, et encore plus au fur et à mesure que le film va évoluer. Les yeux sont le miroir de l’âme…

Mais outre cet effet assez vertigineux, surtout pour l’époque, Le Voyeur va beaucoup plus loin. Car des personnages de psychopathes au premier plan, le cinéma nous en a déjà offert. Mais soit ils sont clairement décrits comme des personnages antipathiques, soit on nous cache la vérité qui n’est révélée que bien plus tardivement (Psychose). Le Voyeur ne fait pas ça. Le Voyeur place son psychopathe, Mark, dans le rôle principal déjà, donc au premier plan, et le place comme le héros de l’intrigue, nous dévoilant son passé, son trauma, sa relation avec sa voisine qui va grandir, et nous le présente donc, au-delà de ses activités filmiques, comme un être humain normal que tout le monde peut aimer. Il est, en dehors des meurtres, sympathique. Il apparaît juste comme le garçon timide mais plein de bonne volonté, aimant, travaillant dur à côté dans le studio de cinéma. C’est là le pari osé du métrage, et sa plus grande réussite, puisqu’il y parvient aisément. On se prend d’affection pour ce tueur cherchant à capturer l’émotion de peur sur le visage de ses victimes, en filmant leur dernier souffle et en permettant à ses victimes de se voir dans un miroir pendant leurs derniers instants. Et malgré l’âge du film (quasi 60 ans, tout de même), si le contenu du métrage pourra paraître aujourd’hui un peu soft (rien de trop graphique par exemple), autant dire que ça fonctionne toujours et que le métrage a un charme inouï. Il faut dire que Michael Powell soigne son métrage, la mise en scène est ingénieuse, et le scénario signé Leo Marks est soigné, détaillé, et sait rendre la narration fluide et les personnages appréciables en toute circonstance.

Le Voyeur est donc le combo gagnant entre un excellent scénario et une mise en scène qui sait où nous amener. Le film va loin dans son propos, en ajoutant dans le récit la mère d’Hélène (la voisine donc), personnage aveugle qui aura droit à une poignée de scènes très réussies avec Mark. En fait, l’interaction de Mark avec son entourage est toujours passionnant de par les thèmes abordés et la psychologie de Mark vis-à-vis des émotions, et du regard, autant du sien (et de sa caméra) que des autres, comme les victimes envers leur propre peur et souffrance. La demande de Mark à sa petite amie, lui demandant de ne pas avoir l’air effrayée afin de l’empêcher de faire ressortir ses émotions et pulsions de meurtres. Le métrage déborde de moments forts. 60 ans après, le message est toujours pertinent, le film toujours envoûtant, même si son côté viscéral a peut-être un peu diminué. Mais son propos lui est toujours d’actualité, il est toujours fort, et en ce sens, Le Voyeur reste une œuvre indémodable, en plus d’être une œuvre importante pour le cinéma, et qui aurait mérité bien plus de reconnaissance à sa sortie. Voir le Voyeur en 2018 en tout cas, c’est encore un très grand moment de cinéma qui fait plaisir.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un psychopathe attachant
♥ La mise en abime
♥ Scénario et personnages très intéressants
♥ Techniquement intelligent
⊗ Peut-être que sa violence est trop datée
note8
Le Voyeur est un film important, et surtout un grand film. Entre son scénario appliqué, ses excellents personnages, ses thèmes, une mise en scène classe et sa mise en abîme sur le cinéma et sur le regard, on a de quoi faire, même 60 ans après sa sortie.



Titre : Le Voyeur – Peeping Tom

Année : 1960
Durée :
1h41
Origine :
Angleterre
Genre :
Thriller
Réalisation : 
Michael Powell
Scénario : 
Leo Marks
Avec :
Carl Boehm, Moira Shearer, Anna Massey, Maxine Audley, Brenda Bruce et Miles Malleson

 Peeping Tom (1960) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

6 Comments

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  1. Encore un film que j’oublie de chercher malgré tout le bien qu’il récolte là ou je passe …

    Et niveau réalisation , aussi en avance sur son temps ou c’est déjà plus classique contrairement à son sujet ?

  2. Pareil, du coup j’ai sauté le pas récemment, et je ne regrette pas. Niveau mise en scène, il y a aussi de très belles choses, niveau plans, profondeur de champ, le subjectif de la caméra. Non franchement, ça tient toujours très bien la route ^^

  3. Merci , tu m’as convaincu , je commence à avoir une petite liste de film à dénicher.
    Vivement lundi , descente fnac , cash converters , etc …

  4. Je pense que tu pourras trouver un dvd franchement pas cher pour ce film, surtout aux cash converters 😉 Je ne sais pas ce que valent les éditions françaises (j’ai une édition US, visuellement à tomber)

  5. Mon lecteur dvd multizone ayant rendu l’âme le mois passé , je suis en effet obligé de me tourner vers du z2 en attendant de lui trouver un remplaçant.
    Message inutile mais je sais qu’ici vous comprendrez toute ma douleur et mon désarroi … (un putain de Denon qui a tenu 14 ans !!)

  6. Je comprends totalement ta douleur. Chery moins vu qu’il est pour le démat !! Combien de fois j’ai racheté dans l’urgence totale un nouveau lecteur face à un ancien qui a cramé, une lentille morte ou j’en passe…

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