[Film] Zoulou, de Cy Endfield (1964)

Janvier 1879. Le Natal, en Afrique du Sud. Des Zoulous massacrent une colonne britannique alors que le Pasteur Witt et sa fille discutent avec leur roi d’un traité de paix avec l’Angleterre. Réfugiés à la mission de Rock’s Drift, ils se trouvent au centre d’un combat entre une centaine de soldats et des milliers de Zoulous.


Avis de Cherycok :
J’avais beaucoup aimé Les Sables du Kalahari, film de 1965 réalisé par Cy Endfield que Rimini Éditions avait sorti en blu-ray chez nous il y a quelques mois. Nous allons nous intéresser aujourd’hui au plus gros succès du réalisateur, Zoulou, injustement boudé aux Oscars alors que mondialement reconnu comme son chef d’œuvre, succès aussi bien critique que public. D’autant plus que lui aussi arrive chez nous sous la houlette de Rimini Éditions dans une bien belle édition. L’occasion de (re)découvrir ce qui est bien plus qu’un simple film de guerre historique, sorte de Fort Alamo version sud-africaine, sans le patriotisme dégoulinant de John Wayne et avec un certain respect de l’ennemi qu’il met en scène. C’est également le premier grand rôle de Michael Caine. Mais c’est aussi et surtout un classique régulièrement cité parmi les plus grands films d’action de l’histoire du cinéma et, même si Zoulou a vieilli sur certains points, il n’en demeure pas moins d’une force impressionnante encore aujourd’hui.

Après une jolie carrière aux États-Unis avec des films comme Fureur sur la Ville (1950) ou Corruption (1950), Cy Enfield se fait rapidement blacklister. Dénoncé comme communiste, il devient persona non grata et se voit obligé de s’exiler au Royaume-Uni au début des années 50 pour continuer sa carrière. Adorant mettre en scène les situations de crise, il alterne les genres tout en mettant en avant sa vision de la société, mettant souvent en scène son acteur fétiche et ami Stanley Baker. Ensemble, ils vont mettre en boite Zoulou, Endfield à la mise en scène et Baker à la production. Ils décident de mettre en image la bataille de Rorke’s Drift dans laquelle environ 150 soldats britanniques, dont des malades et des blessés, ont défendu un poste de ravitaillement transformé en hôpital en résistant aux assauts de plusieurs milliers de guerriers zoulous le 22 et 23 janvier 1879 en Afrique du Sud. Sauf que le duo ne veut pas en faire un film de propagande comme pouvait l’être Fort Alamo de John Wayne quatre ans auparavant. Ils sont tous les deux de gauche, ils détestent le racisme et veulent mettre une certaine nuance dans leur film en le rendant le plus réalisme possible. Comme il a été tourné en majeure partie en Afrique du Sud en plein Apartheid dans un climat politique extrêmement tendu, ils ont dû être filous pour déjouer ce que les autorités locales imposaient pour engager de vrais figurants Zoulous et surtout les traiter équitablement. Comme la période était en plus à la décolonisation, Endfield et Baker ont d’autant plus tenu à traiter les zoulous avec dignité. On est ici loin des sauvages comme on a déjà pu le voir. On nous les montre comme de fiers guerriers, organisés, craints, tactiques, plein de bravoure. On y voit leur organisation, leurs traditions, leurs chants, … On n’hésite parfois pas à détruire les clichés et à même les montrer tactiquement supérieur au grand peuple civilisé que sont les soldats du Royaume-Uni. Ici, tout est nuancé dans un film qui, à aucun moment, ne célèbre l’Empire britannique et qui préfère saluer le courage de deux peuples et la reconnaissance qu’ils finissent par avoir l’un envers l’autre.

Selon les dires, Zoulou ne respecte pas à la lettre l’histoire et prend quelques libertés pour accentuer le contraste entre les personnages. Mais il respecterait scrupuleusement la chronologie des faits, les différentes attaques Zoulous et la tactique défensive mise en place par les Britanniques. On nous tease très rapidement l’attaque d’envergure Zoulou, mais elle n’arrivera au final qu’à mi-film. Toute la première heure est consacrée aux préparatifs du petit camp, à la mise en place des défenses, aux craintes, aux différents camps qui se forment (ceux qui veulent fuir et ceux qui veulent combattre). On nous présente les personnages principaux, et en particulier l’excellent duo Stanley Baker / Michael Caine qui mènera la défense de ce siège de deux jours. La deuxième moitié du film sera consacré aux différentes attaques Zouloues et à l’épuisement des forces britanniques, de plus en plus acculées, poussés dans leurs derniers retranchements, de moins en moins nombreux. Zoulou est un film de grande envergure, avec quasiment un millier de figurants Zoulous recrutés pour l’occasion afin de donner aux attaques un côté épique. La mise en scène et la photographie du film sont tout bonnement superbes. Les paysages sont grandioses et la photographie arrive parfaitement à retranscrire l’immensité des lieux, et surtout ô combien ce poste de ravitaillement que les britanniques défendent est insignifiant face à ces centaines voire milliers de guerriers zoulous qui semblent surgir de partout. Endfield arrive avec une grande aisance à insuffler à son film une tension dramatique qui ne cessera de grandir tout du long, une tension accentuée par la bande son mélangeant sonorités africaines et sonorités héroïques plus habituelles, donnant l’impression que les 2h15 passées du film en durent à peine 1h30. L’affrontement physique finit par devenir un duel psychologique entre les deux camps, avec un film qui questionne clairement sur la futilité de cette guerre qui s’apparente au final plus à un carnage et à une tragédie humaine qu’à une histoire de victoire / défaite. Oui, Zoulou est un film puissant, qui marquera peut-être moins les esprits aujourd’hui qu’il ne l’a fait à l’époque mais qui n’a clairement rien perdu de sa superbe.

LES PLUS LES MOINS
♥ La mise en scène
♥ Visuellement superbe
♥ Un excellent casting
♥ La nuance apportée au propos
♥ Une tension très bien gérée
⊗ Certains effets un peu vieillots

Zoulou est un film puissant, qui choisit la nuance pour parler d’un triste évènement de la guerre anglo-zouloue de 1879. Le film, salué par la presse et le public de l’époque, est clairement la pièce maitresse de la filmographie de Cy Endfield.


ZOULOU sort le 3 juin 2026 en édition double DVD (14.99€) et double Blu-ray + livre (29.99€) chez Rimini Éditions. Il est disponible à l’achat ICI.

1920 x 1080 – HD – Anglais DTS-HD Audio Stéréo/ Français DTS HD Audio Mono – Sous-titres français.

En plus du film, on y trouve : Le livre « Zoulou, un récit d’aventure exaltant » de 92 pages écrit par Stéphane Chevalier, Analyse du film par Florent Fourcart (spécialiste de l’histoire du cinéma), Interview de Sheldon Hall (historien du cinéma), Making Of en deux parties, la musique de Zoulou.



Titre : Zoulou / Zulu
Année : 1964
Durée : 2h18
Origine : Royaume-Uni
Genre : Fort Alamo sud-africain
Disponibilité : DVD / Blu-ray
Réalisateur : Cy Endfield
Scénario : John Prebble, Cy Endfield

Acteurs : Stanley Baker, Michael Caine, Jack Hawkins, Ulla Jacobsson, James Booth, Nigel Green, Ivor Emmanuel, Paul Daneman, Glynn Edwards, Neil McCarthy


5 1 vote
Article Rating

Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires