[Film] They Will Kill You, de Kirill Sokolov (2026)

Une jeune femme doit survivre toute une nuit au Virgil, le repaire mystérieux d’une secte démoniaque qui se révèle rapidement être un piège mortel. Les adeptes, eux, comptent bien faire de la malheureuse leur prochaine offrande…


Avis de Cherycok :
J’ai découvert le réalisateur russe Kirill Sokolov avec son premier film sorti en 2018, Why Don’t You Just Die, attiré par le titre et par une bande annonce plutôt alléchante annonçant une comédie noire et sanglante. Le résultat fût sans appel, j’avais adoré ce divertissement déjanté, maitrisé de bout en bout, inventif sur bien des aspects, surprenant dans ses rebondissements. Alors du coup, je suivais Sokolov du coin de l’œil, et même si son deuxième film, No Looking Back (2021) était moins réussi, son troisième et dernier film en date, They Will Kill You, son premier film hollywoodien, je l’attendais de pied ferme. La question était de savoir si le bougre, friand d’effets gores, d’humour méchant, n’allait pas être bridé par des producteurs qui allaient lui dicter ce à quoi devait ressembler son film pour être le plus aseptisé possible. Le premier trailer a rapidement rassuré les amateurs d’action fun pleine de sanquette et, bien que pas parfait, They Will Kill You est un pur divertissement bourrin, sanglant et fun comme promis, et punaise ça fait du bien de voir un film qui se lâche et un réalisateur qui semble avoir pu faire ce qu’il a voulu malgré un budget plutôt confortable de 20M$US qui aurait pu faire que certains financiers veuillent quelque chose de plus « sage ».

On retrouve dans They Will Kill You cette énergie brute propre au cinéaste, mais transposé ici dans un huis clos sanglant à l’intérieur d’un grand bâtiment plein de logements, le Virgil. On va y suivre Asia Reeves, une jeune femme qui s’infiltre dans le Virgil, un luxueux gratte-ciel new-yorkais, à la recherche de sa sœur disparue, Maria. Elle va rapidement découvrir que les résidents de cet immeuble cachent quelque chose de bien plus sombre que l’argent ou l’influence. Kirill Sokolov reprend la désormais classique thématique du survival de classe qu’on a pu voir récemment dans Parasite, Ready of Not et sa suite, tout en y injectant son amour pour le gore qui tâche, de l’action savamment bien mise en scène, et son humour noir et méchant qu’on retrouve depuis son premier film. La narration de son film est très tarantinesque, avec un découpage qui se rapproche beaucoup d’un Kill Bill, revenant sur divers personnages sous formes de flashback pour que le spectateur en apprenne plus sur eux, sur pourquoi ils en sont là. Mais le coeur du film, c’est clairement le personnage d’Asia Reeves, interprété par une Zazie Beetz (Deadpool 2) tout bonnement habitée et qui va offrir une performance assez exceptionnelle, aussi bien en termes de jeu pur qu’en termes d’action. Bien que les dialogues soient un peu trop cools pour faire naturels, Zazie Beetz est constamment émotionnellement cohérente, même lorsque le chaos s’abat autour d’elle (et par elle). Certes, le scénario ne lui offre pas vraiment de matière en termes de développement de personnage, mais elle compense par une performance féroce et un engagement sans faille dans ce rôle extrêmement physique qu’elle a tenu à tenir du début à la fin. Les racontars disent qu’elle était tellement impliquée qu’elle finissait ses journées complètement exténuée, s’obligeant à faire des siestes pour offrir la performance la plus pure possible. Elle gère parfaitement ce rôle très exigeant, elle sait rendre l’action parfaitement lisible, et il n’est pas impossible que They Will Kill You lui permette de devenir une future « star » de films d’action. Le reste du casting tiens également bien la route et que ce soit Patricia Arquette, Tom Felton ou Heather Graham, ils s’en donnent à cœur joie, semble s’amuser comme des petits fous à incarner ces personnages un brin barrés, quoi qu’un peu trop stéréotypés.

Bien que le scénario du film passe souvent au second plan, Kirill Sokolov arrive à créer un petit monde intrigant et grotesque suffisant pour que l’enchainement de séquences d’action, dans lesquelles le personnage d’Asia va déchainer toute sa violence, se tienne. Et quelle action ! Et quelle violence ! Les scènes de combat sont savamment chorégraphiées, avec un réalisateur qui les filme en plans fluides et ininterrompus, évitant autant que possible les astuces de montage rapide utilisées pour masquer la misère. Là, on est dans quelque chose de viscéral, de brutal, de souvent très inventif, mais aussi de très slapstick avec de nombreux gags qui viennent s’immiscer là où on ne les attend pas forcément. On y retrouve également du bon gros gore qui tâche, avec des membres coupés dans tous les sens, des têtes explosées, des corps charcutés, des yeux sortis de leurs orbites, dans la joie et la bonne humeur, avec un film qui privilégie les effets pratiques autant que possible pour un rendu plus palpable, plus éclaboussant. On est quelque part à mi-chemin entre des combats sortis d’un film de Hong Kong et la violence graphique d’un film de Nishimura, avec un excellent travail sonore où chaque craquement d’os, chaque corps transpercé, chaque explosion de violence est appuyée par un bruitage parfaitement adapté, pour un résultat vraiment électrisant. Kirill Sokolov soigne tous les aspects de la mise en scène, de la photographie aux couleurs criardes parfois proche d’un giallo, au montage qui maintient un rythme haletant, en passant par cette caméra géniale qui s’amuse à utiliser des angles impossibles. Pourquoi au final une note « que » de 7/10 ? Eh bien parce que They Will Kill You a malgré tout quelques petits problèmes. On regrettera par exemple que cette lutte des classiques que le scénario met en place ne soit au final que peu exploitée. On constate rapidement que, par exemple, les employés de cet immeuble un peu particulier sont presque tous des gens de couleur, mais le film n’en fait rien car le film ne s’arrête jamais assez longtemps pour explorer un peu plus en détail la thématique. Et puis They Will Kill You, aussi fun et jouissif qu’il est, reste malgré tout un peu répétitif. [SPOILER ALERT] Le fait que les ennemis reviennent sans cesse à la vie est certes fun, façon respawn dans les jeux vidéo, il n’empêche que cela installe parfois une certaine redondance [FIN SPOILER ALERT]. Heureusement que le film a la bonne idée de ne durer que 1h35, l’empêchant de passer du redondant au soporifique.

LES PLUS LES MOINS
♥ Très bonne mise en scène
♥ La performance de Zazie Beetz
♥ Des scènes d’action jouissives
♥ Les effets spéciaux practicals
♥ L’humour noir
⊗ Manque de développement
⊗ Un peu répétitif

They Will Kill You est un pur divertissement, techniquement brillant, qui y va à fond dans l’excès et qui n’a d’autre prétention que de proposer une bobine fun, sanglante et bourrine. Ça ne révolutionne certes rien, mais qu’est-ce que c’est fun !



Titre : They Will Kill You
Année : 2026
Durée : 1h34
Origine : U.S.A / Afrique du Sud / Canada
Genre : Bourrinage gore et fun
Disponibilité : DVD / Blu-ray / 4K / VOD
Réalisateur : Kirill Sokolov
Scénario : Kirill Sokolov, Alex Litvak

Acteurs : Zazie Beetz, Patricia Arquette, Myha’la, Paterson Joseph, Tom Felton, Heather Graham, Willie Ludik, David Viviers, Gabe Gabriel, Viktoria Korotkova, James Remar




















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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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