Peu de temps après la guerre de sécession, et durant le règne de l’empereur Maximilien, des aventuriers à gâchette de tous bords se ruaient au Mexique dans l’espoir de faire fortune. C’est dans ce contexte que Joseph Erin et Benjamin Trane, pistoleros en marge, vont se voir proposer par ledit empereur de protéger un carrosse bien plus précieux qu’il n’en a l’air…
Avis de Sacré Vandale :
Je ne suis pas un fin connaisseur du western américain. Je dois en avoir vu une trentaine à tout casser. Non pas que ceux que j’ai pu voir m’ont déplu, loin de là, mais j’ai toujours été plus attiré par son versant transalpin. Le western dit spaghetti m’a rapidement semblé plus intéressant, plus profond cinématographiquement parlant… et osons le dire aussi : plus moderne. Mais aussi fan de western italien que je suis, il fallait bien finir par passer par ses origines pour ne serait-ce que comprendre toute sa substance et son chemin de croix. C’est avec cette volonté archéologique que je me suis mis cette année à dévorer des westerns hollywoodiens de la grande époque, en m’investissant dans des carrières de réalisateurs jonglant à cette période entre films noirs et westerns. Me voilà alors aux prises avec la carrière du grand Robert Aldrich, et après le visionnage de ce Vera Cruz, il était évident que j’allais lui consacrer un écrit.

Vera Cruz fait partie de ces grands films américains des années 50, avec une production conséquente et une volonté de grandeur digne du studio de tous les excès qu’était (et est encore avec une grande difficulté pourtant) ce fameux Hollywood. Ainsi donc tout semble soigné et appliqué pour faire passer un bon moment au public, notamment via ce technicolor superbe et attrayant. Je prends le temps de le préciser pour ceux qui pourraient se fourvoyer en imaginant qu’il s’agit ici d’un western poussiéreux et dépassé, difficile à regarder en 2026. Disons-le tout de suite : Vera Cruz avait à sa sortie facilement 10ans d’avance. Et encore aujourd’hui il est un pur régal à découvrir. Et s’il vous faut un dernier argument pour vous convaincre de vous jeter dessus avant de lire cette critique, sachez que ce film est la pierre angulaire de ce qui deviendra ensuite le western spaghetti, sous absolument tous ses aspects. La chose est dite, foncez. Maintenant, voici la critique pour ceux qui sont restés. Commençons arbitrairement par la couleur. Non pas que ça soit un critère important (je n’ai pour ma part aucun souci avec le noir et blanc, mais je peux comprendre que ça en rebute certains) il faut bien reconnaitre qu’ici ça donne un cachet incroyable au film. C’est juste incontestablement beau. Contrairement à la plupart des westerns de son époque qui se passaient dans le Colorado ou en Arizona, celui-ci se déroule au Mexique. Et a donc été entièrement tourné là-bas, en certifie le long remerciement aux institutions mexicaines durant le générique de fin. Ainsi nous découvrons des paysages assez différents de l’accoutumée. Plus sauvages, moins désertiques peut-être, plus exotiques. Il y a de nombreux panoramas différents. Comme il s’agit d’une sorte de road movie équestre, les paysages défilent et ne se ressemblent pas. Le film présente une grande variété de décors naturels, toujours dépaysants et grandioses, comme cet exemple évident de pyramide Aztèque que la procession contourne nonchalamment comme s’il ne s’agissait que d’un gros caillou sur son passage. Chaque décor, aussi expéditif soit-il dans l’histoire, marque forcément le spectateur et transforme le film en véritable voyage. Insistons une nouvelle fois sur le fait que la couleur permet de sublimer parfaitement les dits panoramas, avec ces plans d’ensemble éblouissants et ces quelques vues panoramiques juste bluffantes, chargés d’une multitude de nuances. Offrant plus de substance aux paysages et rendant le périple plus palpable. À ce niveau-là aussi le film semble terriblement moderne, grâce à une maîtrise de son environnement qui semble à la merci de son réalisateur, alors que beaucoup de westerns filmés en décors naturels semblaient contraints du fait de leur géographie.

Dans ces panoramas magnifiques, évoluent des personnages tout aussi splendides. Évacuons l’éléphant dans la pièce directement, c’est sur ce point en particulier que l’on ressent l’inspiration que le film a eu sur les westerns italiens la décennie suivante. Le ton est donné très rapidement, les personnages ne seront pas des tendres. Le principal d’entre eux est Ben Trane (Gary Cooper, un ancien déjà bien rodé du genre), un général sudiste cynique et désillusionné, figure classique du cowboy à la force tranquille et au design convenu. Le second (Burt Lancaster) est plutôt son revers agitateur et provocateur, le bandit insolent et imprévisible, vêtu de noir et habillé par un sourire constant exprimant des émotions contradictoires. Les deux fines gâchettes vont devoir faire équipe à la suite d’une rencontre hasardeuse qui donne le ton, et qui installe directement ce contexte de méfiance teinté de respect et d’une amitié/adversité aussi touchante que tragique. La dualité des deux protagonistes se fait sur plus ou moins tous les plans. L’un est plus jeune, plus fougueux et vif, ancien nordiste satisfait. L’autre a de la bouteille, des illusions perdues, possédant un calme professionnel et distancé. Le comportement de chacun sera subtilement justifié par un passif douloureux, renforçant l’attachement qu’on leur porte malgré leur statut d’anti-héros. À force de se côtoyer les deux compères vont apprendre à s’apprécier et à accepter les qualités (et défauts) l’un de l’autre afin d’empocher le pactole. Mais comme il est question d’une grosse somme d’argent et que le monde de l’ouest est impitoyable, les trahisons peuvent affluer n’importe comment. Et que malgré leur amitié respective, ils vont devoir rester sur leur garde, se méfiant l’un de l’autre ainsi que des autres participants alentour. Cette relation, et ce duo de personnages, est une des plus grandes qualités du film. Leurs interactions sont tout simplement cultes, on arrive surprenamment à s’attacher à ces fripouilles égoïstes, et on croit réellement en leur affection malgré que cette amitié soit clairement fragile et semble sur le point de voler en éclat à la moindre friction. Leur complicité et les quelques dialogues philosophiques qu’ils s’échangent ont donc une délicate dimension fataliste et réussissent à impliquer d’autant plus le spectateur. La tension chirurgicale du film passe donc également dans l’intérêt que se portent les deux héros. Et je n’ai pas souvenir d’un autre film qui se sert de ce relationnel pour créer autant d’enjeux, de suspense et d’intensité. Cette relation ennemis/amis est une dynamique que j’adore en fiction, notamment au cinéma. Et ce film est définitivement devenu une référence dans ce domaine. Ce schéma sera d’ailleurs régulièrement utilisé dans le western italien (citons par exemple son plus grand et plus abouti représentant Le Dernier Face à Face, ou encore les habituels Et Pour Quelques Dollars de Plus, Il Mercenario etc etc…) une preuve que ce Vera Cruz a forcément eu une influence directe sur ce mouvement cinématographique.

Comme dans le dit sous-genre, ici on suit des personnages à la moralité douteuse. Qualifiés d’emblée comme des opportunistes. Des tueurs bons à se vendre aux plus offrants, sans scrupules pour s’enrichir. C’est la figure du cowboy qu’on entache, qu’on déforme au vitriol. Dans les années 50 il était plus compliqué de montrer des ordures patentées en tant que protagonistes. Surtout quand ils incarnent malgré eux les USA… Ici pour d’obscures raisons (surement un studio pas vraiment capable de cerner les allégories) on laissa passer ce discours et cette noirceur assumée. Le plus amusant étant d’ailleurs que cette même société de production avait imposé une happy end à Alrich dans son précédent western Broncho Apache, jugeant la fin originale trop violente et sombre. Cette modification avait pas mal déplu à Lancaster, également tête d’affiche du film, et en produisant plus frontalement ce Vera Cruz avec sa société Hecht-Hill-Lancaster (en plus de la United Artist donc) il a sûrement réussi à permettre plus de liberté à ses auteurs. Lancaster a également préféré s’octroyer le rôle de l’électron libre Joe Erin à celui plus traditionnel de Ben Trane, probablement en revanche du lissage de son personnage de Massai, héros de Broncho Apache. Les autres personnages ne sont pas en reste. Également critique des pouvoirs en place, le film se sert du gouvernement Mexicain d’alors pour dénoncer les inégalités sociales et la domination étrangère. Car même s’il est cocasse d’apprendre que le Mexique était à cette époque un empire dirigé par un empereur autrichien, soutenu par l’armée française, et qu’il est plutôt charmant d’entendre des expressions et des politesses à l’accent français dans un western qui se situe intégralement au Mexique… Cette période historique reste une cicatrice importante dans l’histoire du pays, et aboutira à une pelleté de guerres civiles et de massacres où les Etats-Unis auront toujours leur part de responsabilité d’ailleurs ! Soulignons qu’en 54, l’année de sortie de Vera Cruz, les Etats-Unis sortent tout juste de la Guerre de Corée et s’apprêtent à rentrer corps et âme dans l’enfer de la Guerre du Vietnam. Le fait de montrer en fiction des américains opportunistes, plonger en leur âme et conscience dans un conflit qui ne les concerne pas dans le simple but d’un enrichissement personnel n’est bien sûr pas le fruit du hasard. Surtout que très rapidement dans le film, les dits américains ont le choix entre soutenir le camp des rebelles : pauvres mais justes et dignes, ou celui du gouvernement en place : vil mais riche. Naturellement, le but étant de s’en mettre plein les poches, la décision est toute trouvée. C’est un passage charnière dans le film, qui enfonce définitivement le clou de l’immoralité des personnages. Qui ne bronchent pas face aux injustices, qui s’abaissent même à menacer des enfants pour s’assurer la victoire. Une fois encore le film nous hurle en plein visage que nous allons suivre des méchants, malgré leur statut de protagoniste. Étant la seule représentation des Etats-Unis, ces bandits sans pitié et sans morale ne peuvent être qu’une allégorie évidente de la toute-puissance auto-proclamée du pays, fricotant avec les grands de ce monde pour leur satisfaction personnelle.

L’univers mondain des hautes sphères du Mexique démontre cette inégalité totale. La joyeuse troupe de pistoleros dénote avec cet environnement luxueux et pimpant, mais sont accueillis comme des libérateurs. Leurs mauvaises manières sont en décalage avec les coutumes bourgeoises, source de gag et de désaccords malicieux. Mais les vices de chacun sont acceptés et salués tant qu’ils permettent un épanouissement financier réciproque. Le film se donne les moyens pour présenter cette démesure. À l’instar des grands environnements naturels qui suivront, le palais et la salle de bal sont immenses et chargés en détails. L’opposition se fait tout naturellement entre les paysages sauvages et indomptés face à ces infrastructures bling-bling bien trop grandes et abusivement opulentes. Le monde des pauvres est sec, poussiéreux et inhospitalier. Celui des riches et inversement plus confortable, totalement désaxé des difficultés du peuple. On a des fontaines à étages tous les dix mètres, des buffets interminables de mets en tout genre…pendant que ses habitants doivent se contenter de papayes et de misère. Ce passage dans le microcosme bourgeois du Mexique sert également à nous dévoiler les principaux acteurs de cette histoire. Déjà Ben Trane s’affirme un peu plus, tenant tête au mépris des prudes. Alors que Joe garde son rôle de petit bouffon inadapté à ce contexte snob, gentiment vulgaire et provoc. Le fait que le charismatique cowboy prenne partie pour ses roturiers de camarade sert habilement à renforcer et à crédibiliser leur amitié. Il sera dès lors considéré comme un chef, un exemple à suivre car plus accoutumé à ce contexte. Le caractère père de substitution n’est pas loin, et fonction lui aussi très joliment. Chez la noblesse on retrouve évidemment l’Empereur, planant au-dessus des réalités de son pays, un personnage finalement très secondaire, à l’image de son implication dans l’histoire (avec un petit et avec un grand H). Il se contentera d’un marchandage ordurier avec les tueurs, mais aussi d’un spectacle de tir, lunaire mais délicieux. Ici le film nous indique que la violence n’est que spectacle, que des riches avec des armes ne sont qu’amusement et prouesse mégalo. L’empereur aime les armes, il est d’ailleurs très habile avec, mais jamais il n’ira sur le front, après tout ce n’est pas son rôle.

Le marché sera donc d’escorter le carrosse de la comtesse jusqu’au port de Vera Cruz afin qu’elle puisse rentrer à Paris. Mais comme le remarquent les deux cowboys, le carrosse (dont la luxueuse apparence rouge et dorée tranche ironiquement avec les décors mates et inhospitaliers qu’il traverse) semble contenir bien plus que ce noble chargement. Celle-ci les surprenant à fouiller leur apprend que l’or dissimulé dans l’habitacle doit servir à ramener plus de soldats au Mexique afin d’asseoir un peu plus la puissance de l’empereur. La comtesse, elle aussi parfaitement vénale, propose alors aux deux comparses de se partager le butin en secret, indiquant qu’elle a organisé sa fuite sur un bateau à Vera Cruz justement. Nous avons maintenant un trio de magouilleurs à la pérennité fragile, chacun étant prêt à trahir les deux autres. Ensuite interviendra une nouvelle femme fatale, tout aussi mystérieuse et imprévisible, en la personne de Nina la mexicaine voleuse. L’une de ces femmes se rapprochera de Joe, l’autre de Ben, offrant des carrés amoureux divertissants et charmants, avec une dimension ludique. La bande de Joe est quant à elle composée de bandits tout aussi impitoyables et égoïstes, dans la digne tradition des ordures à sale gueule de ce cinéma. Et même s’ils sont montrés comme étant parfaitement détestables, subsiste une sensation de camaraderie délectable. Encore une réussite du film qui réussit via tous ses personnages à mettre le spectateur dans des émotions contradictoires, faisant de lui le témoin d’un microcosme de bêtes sauvages prêtes à se dévorer entre elles au moindre écart… Et malgré leur dimension amorale et sans scrupule, chaque spectateur aura ses petits chouchous, aussi salopards et indignes soient-ils. Peut-être le personnage de Charles Bronson, habile de l’harmonica (tient tient, une autre référence sans doute), ou encore le sadique campé par Ernest Borgnine (sorte de version plus jeune et sans-pitié de son personnage de La Horde Sauvage). Des bandits violents et cruels, des femmes manipulatrices et vénales, une armée distinguée mais méprisante, un duo de héros intransigeants et égoïstes…un cocktail détonnant et vraiment inhabituel pour un western traditionnel.

Des alliances vont se créer, se défaire, se réfléchir, s’imposer… Une sorte d’impasse à la mexicaine psychologique, très efficace et prenante. Les plans changent à chaque fois, les intervenants sont de plus en plus nombreux et impliqués. On sent qu’au fil de l’histoire, il sera de moins en moins possible que tout se déroule sans encombre. Même si une légère paranoïa, inhérente à ce genre de récit, plane doucement parmi les multiples tensions du film, l’histoire reste rythmée et relativement fun. Vera Cruz est palpitant, et ne verse pas dans le thriller moralisateur et dirigiste. Le monde est impitoyable ainsi que ses acteurs, il nous le montre d’emblée, et même si leur psychologie est au centre du scénario, il s’agit avant tout d’un récit d’aventure. Un peu comme pouvait le faire Le Trésor de la Sierra Madre, qui se servait de sa structure aventureuse pour plonger dans la psyché de ses personnages. Je trouve que sur ce point, Vera Cruz est encore plus habile. Et jongle prodigieusement avec les codes du film western épique, avec tout son langage cinématographique adéquat, tout en prenant à partie toute la substance éminemment réaliste et concrète des enjeux psychologiques qu’un genre pourtant si codifié entraîne forcément pour peu que le spectateur décide d’y voir autre chose qu’un simple divertissement. Un dosage si parfait qu’il choque encore aujourd’hui par son efficacité.

Car Vera Cruz reste, techniquement parlant, un objet cinématographique qui sublime son univers et ses différents propos. Aldrich sait parfaitement comment filmer ses espaces. Ils sont constamment sublimés, crédibles, étourdissants de détails. Chaque décor porte une ambiance bien à lui, et ils sont nombreux. Le film enchaîne les plans larges, les plans d’ensemble, on a même le droit à quelques travelings panoramiques juste incroyables, qui procurent un effet wow de plus en plus intense à chaque nouvelle seconde que dure le plan. Ces moments où une immense armée se dévoile soudainement, tout en longueur et en nombre, sont précurseurs de ce que deviendra le cinéma hollywoodien et sa démesure assumée. Et c’est également durant ses nombreuses scènes d’action que le film possède une réalisation brillante. La caméra sait toujours exactement où se placer. Bien que les armées sont nombreuses, et que les affrontements fusent, l’action reste toujours lisible. Donnant pour sûr une sensation de chaos, mais jamais de confusion. Sous cet aspect, le long métrage ne cherche pas le réalisme. Les héros pistoleros sont clairement au-dessus des autres en termes de précision, d’habileté et de maîtrise du colt. Encore une fois les dignes pionniers de ce que seront les héros impurs mais charismatiques des westerns italiens, avec leur part de toute puissance épique. Les coups de feu sont, à l’instar des détonations italiennes, assourdissants et enfumés, pour accentuer la violence et rythmer d’autant plus l’action. Nous sommes loin de ces westerns et films policiers encore trop récurrents à l’époque dont les armes offrent un ressenti de pistolets en plastique. Cependant nous n’en sommes pas encore au stade des effusions de sang et des explosions de chair…en 1954 c’était encore tabou. Il faudra attendre que le versant spaghetti mette pleinement les pieds dans le plat.

Même si le caractère néanmoins impitoyable de ce Vera Cruz a sans aucun doute ouvert la voie en déplaçant légèrement le curseur de la violence acceptable dans les westerns. Même si sa violence est moins sèche et radicale qu’un Django par exemple, elle reste omniprésente. Il suffit ne serait-ce que de son climax final pour le confirmer. Grosse scène de massacre exutoire et enragé, elle porte à elle seule tous les ressentiments et les vices de ces personnages. Les trahisons se sont succédées, les dommages collatéraux aussi. Chacun est obligé de choisir son camp, et pour la plupart il s’agit de leur propre pomme. Aboutissant inévitablement à un affrontement final…dans un affrontement final. Une finalité superbement tragique et intense. Ultime écho évident au western des 60’s, enfonçant avec panache les derniers clous de la référence absolue pour Sergio Leone et ses comparses. Je vous assure que c’est à un point où on se demande si les italiens ont vraiment inventé quelque chose… Et croyez-moi ça me fait du mal de le dire en tant qu’énorme fan du genre ! Jamais je n’aurais cru voir dans un western purement américain un enchaînement de plans typiquement italiens, avec un montage aussi vif, durant un face-à-face à l’iconisation très Leone dans l’âme. Des gros plans sur les colts et sur les mains qui s’en approchent dangereusement, sur les yeux des antagonistes débordant de douleurs et de rage…Ça en est la représentation parfaite. Nous sommes là face à une conclusion grandiose et somptueuse, le genre de fin qui arrive à clore une histoire captivante de la meilleure manière possible et avec une beauté dramatique admirable. Le seul petit reproche qu’on pourrait faire à cette fin serait le revirement moral d’un des personnages qui manque peut-être un peu de développement et de subtilité, mais qui reste néanmoins parfaitement crédible et logique. Mais vu la maestria d’une telle histoire, on aurait préféré suivre ce chamboulement psychologique avec la même pertinence. Mais c’est du chipotage.

Il est finalement très simple et naturel de résumer Vera Cruz, tant il semble parfait sur plus ou moins tous ses aspects. Ce fut une découverte tout bonnement sublime. Il était fascinant à suivre et tout aussi divertissant à analyser. Pour tout amateur de western spaghetti, chaque référence saute aux yeux et surprend par sa modernité. Du début à la fin on vibre, on enchaîne les surprises, alors qu’il s’agit d’un scénario qui a plus de 70ans !!! Sa fin est certes plutôt prévisible (et c’est clairement voulu) la surprise demeure dans sa radicalité assumée et son caractère avant-gardiste à tous les égards. Bien que le film coche toutes les cases du divertissement de son époque (action, comédie, romance, épique, punchlines bien senties…), on sent tout du long une profondeur et une justesse incroyable. Comme si l’œuvre se servait de son statut populaire et accessible, pour proposer une complexité admirable en sous texte et des messages politiques forts et étonnamment critiques envers les USA. Si l’on a pris le temps de découvrir le sympathique mais perfectible Broncho Apache avant le visionnage de ce Vera Cruz, on se rend d’autant plus compte de sa volonté de purification par le feu, d’éveil des consciences tout en jouant le jeu du spectacle et de l’épique. Une œuvre engagée en soi.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Tous les personnages ♥ La dimension politique et critique ♥ Des décors somptueux et dépaysant ♥ L’action et tous les effets “waouh” ♥ Son statut avant gardiste sidérant ♥ Aussi fun que profond |
⊗ Un revirement qu’on aurait aimé un peu plus dilué |
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| Vera Cruz est un bijou absolument culte du western, abouti en tout point et terriblement en avance sur ton temps. Il cristallise tous les codes du western traditionnel en les sublimant pour proposer quelque chose de dense et de profond, jamais vu en son temps. Véritable patient zéro du western spaghetti, il est une œuvre immanquable pour tout fan de ce cinéma, et pour tout cinéphile quel qu’il soit d’ailleurs ! | |

LE SAVIEZ-VOUS ?
- Paraît-il que Charles Bronson et Ernest Borgnine ont profité d’une pause dans le tournage pour aller s’acheter des cigarettes tout en restant en costume de leur personnage. Ils furent arrêtés par la police mexicaine qui les prit pour de véritables bandits. L’équipe du film a dû intervenir pour éviter que ça n’aille trop loin.
Titre : Vera Cruz
Année : 1954
Durée : 1h34
Origine : U.S.A
Genre : Western
Disponibilité : DVD / Blu-ray
Réalisateur : Robert Aldrich
Scénario : Roland Kibbee, James R. Webb, Borden Chase
Acteurs : Gary Cooper, Burt Lancaster, Denise Darcel, Cesar Romero, Sara Montiel, George Macready, Jack Elam, Ernest Borgnine, Charles Bronson, James McCallion











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