[Film] Saccharine, de Natalie Erika James (2026)

Une étudiante en médecine mal dans son corps se met à consommer une étrange gélule pour perdre du poids, libérant une force surnaturelle qui envahit de plus en plus son quotidien.


Avis de Rick :
Saccharine était attendu au tournant par certains puisqu’il s’agît du nouveau métrage de Natalie Erika James. Révélée en 2020 avec son premier long métrage, Relic, elle aura accepté ensuite la commande pour Paramount que fut la préquelle de Rosemary’s Baby, l’inutile Apartment 7A, même si on pouvait, du moins visuellement, y trouver ci et là quelques éléments intéressants. Chose que l’on ne pouvait pas dire sur son scénario. Mais c’était une œuvre de commande. Avec Saccharine, la réalisatrice, également scénariste, retrouve sa liberté, et tourne donc en Australie un film portant sur un tas de sujets variés et passionnants, comme les troubles de l’alimentation, le surpoids, l’obsession du corps, mais aussi le cannibalisme d’une certaine manière, les esprits, le tout dans un milieu médical qui pourrait rappeler Grave de Julia Ducournau. Un peu de Grave donc, un peu de The Substance, ou plutôt du body horror au sens large, et notre rapport au corps et au regard des autres. Une réussite pour le retour aux affaires de la réalisatrice ? Alors, c’est clairement meilleur qu’Apartment 7A, c’est bourré de belles idées de mise en scène, d’idées de scènes traversant le récit et parvenant à marquer la rétine, et de manière générale, c’est un métrage facile à regarder et débordant de bonnes intentions, mais au scénario parfois fragile, notamment car il aborde tout un tas d’idées, passant de l’une à l’autre, en amenant de nouvelles sur le tapis, quitte à ne pas toutes les développer, et que l’on peut parfois se demander où le point de vue de Natalie Erika James veut nous emmener, ce qu’il veut nous dire. Alors évidemment, comme simple film d’horreur, simple divertissement qui veut nous bousculer par ses images et ses concepts, est-ce si grave que ça ? C’est dommage, car ça donne au métrage un côté inabouti parfois, mais bon, au moins, on peut toujours dire que Saccharine, contrairement à d’autres métrages qui ne racontent rien, ne tentent rien, pas même de choquer, tente au moins des choses.

Ce qui est déjà pas mal. Nous suivons Hana, étudiante en médecine, lesbienne qui vit sa petite vie sans faire chier le monde (certains devraient en prendre de la graine), mais qui est complexée par son corps, puisqu’en surpoids. Elle tente bien, de temps en temps, d’en perdre, en se préparant un petit carnet pour noter ses efforts, en jetant certaines nourritures qui ne vont pas aider (ouais, les donuts en général hein), en allant à la salle de sport, mais rien n’y fait. Manque de motivation, d’investissement, elle aime trop la nourriture. Mais deux petits éléments vont venir lui donner un coup de pouce pour vouloir changer. Le premier donc, c’est qu’elle craque totalement pour Alanya, qui propose un planning de 12 semaines à la salle pour se remettre en forme, et ses retrouvailles avec Melissa, ancienne amie ayant perdue du poids et qui lui propose forcément de tester un médicament, rare et cher, qui l’aurait aidé, car on sait bien que dans le body horror, il y a toujours une tentation, et un élément qui va venir apporter une solution avec quelques contreparties. Hana ne tarde pas à le découvrir, puisque ses études en médecine lui permettent même d’analyser le médicament pour en connaître le contenu, et que les effets secondaires se font très rapidement voir, mais pourtant, Hana décide de créer ses propres petites pilules malgré tout. Pourquoi ? L’obsession sans doute, il ne faudra pas trop se poser de questions de toute façon. Dans son fameux médicament donc, de la cendre. Donc oui, des cendres humaines. Ça tombe bien, puisqu’à l’école, Hana et ses amies étudient le corps humain avec des cadavres. Ce qui lui permet donc de continuer à prendre son médicament, dont les résultats sont efficaces, il est vrai, mais surtout catastrophiques niveau effets secondaires, puisqu’Hana se retrouve poursuivie par l’esprit des cadavres qu’elle consomme, notamment celui qu’elle et ses amis appellent Bertha. Plus Hana mange, puis elle va maigrir, mais plus Betha, visible uniquement dans les reflets, va grossir.

Ce qui donne, niveau horrifique, une poignée de scènes hyper efficaces, et parfois pas forcément qui mettent à l’aise. Les attaques de Bertha fonctionnent, les apparitions dans les reflets savent faire leur petit effet, les multiples gros plans sur la nourriture, plus souvent dévorée que dégustée, font aussi leur petit effet. Saccharine nous donne, à intervalle régulier, son lot d’images marquantes, et son récit, malgré une durée de quasiment deux heures, ne prend que peu de détours, avant un final qui alterne quelques belles idées (les poubelles) et d’autres qui semblent juste là pour choquer avec un gore frontal et réaliste. En tant que film d’horreur, ça fait plus qu’honorablement le boulot, quelques scènes marquent, le récit reste fluide, le facteur choc est bel et bien présent, quelques plans sont de vrais bonnes idées. Scénaristiquement par contre, oui, c’est bancal, et on ne sait pas trop où Saccharine veut en venir. Qu’il faut faire ce que l’on veut sans écouter les autres ? Ne pas se soucier du regard des autres ? Que l’obsession mène souvent à des résultats catastrophiques ? Qu’une mauvaise alimentation, c’est mal ? Que manger des humains, ce n’est pas très éthique (no shit Sherlock) ? Peut-être que le vrai souci en fait, c’est juste que Saccharine encapsule en 1h50 trop de thématiques pour pleinement en accepter une seule lecture possible ? Heureusement, c’est assez solide comme film pour que le métrage se regarde et fonctionne, sauf si l’on est, évidemment, trop pointilleux. En tout cas, sur moi, ça a fonctionné.

LE MEILLEUR LE PIRE
♥ En soit, beaucoup de thématiques fortes
♥ De belles idées de mise en scènes
♥ Quelques pures scènes horrifiques
♥ Des images parfois marquantes
⊗ Un trop plein d’idées, de thèmes
⊗ Un final un peu facile (gratuit ?)
note2
Saccharine va diviser, et certains vont forcément chercher la petite bête vu les sujets qu’il traite (le surpoids, la nourriture, le regard des autres, le cannibalisme), mais en pur métrage horrifique, il délivre des images qui marquent la rétine et fonctionne sur la durée, malgré ses facilités.


Titre : Saccharine
Année : 2026
Durée : 1h53
Origine :
Australie
Genre :
Horreur
Réalisation :
Natalie Erika James
Scénario :
Natalie Erika James
Avec :
Midori Francis, Danielle Macdonald, Madeleine Madden, Robert Taylor, Showko Showfukutei, Octavia Barron Martin, Anna Adams, Annie Shapero, Louisa Mignone et Joseph Baldwin


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Lucio Fulci, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve, Shiraishi Kôji et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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