[Film] Ghost in the Cell, de Joko Anwar (2026)

Accusé du meurtre de son patron, le journaliste engagé Dimas est emprisonné. Son arrivée dans le bloc C – dirigé d’une main de fer par un gardien sadique – coïncide avec une vague de meurtres atroces de détenus. Et si Dimas avait ramené avec lui une entité incontrôlable ?


Avis de Cherycok :
Depuis quelques années, l’Indonésie est un pays de l’horreur et rien qu’en 2025, sur plus de 200 films sortis, presque 50% étaient des films d’horreur. C’est donc un terrain de jeu inexploité pour quiconque aime fantômes, possessions, jouets démoniaques et gore bien dégoulinant. Donc quand on débute, forcément, on va vers ce qu’on connait, et donc par exemple Joko Anwar, un réalisateur qu’on suit sur DarkSideReviews. On vous a aussi bien parlé de ses films récents, comme par exemple The Siege of Thorn High (2025) ou Grave Torture (2024), mais aussi ses plus anciens comme Kala (2007) ou encore The Forbidden Door (2009). Et si on le suit autant, c’est parce que c’est clairement un des réalisateurs indonésiens les plus intéressants, aux côtés de Timo Stamboel (Macabre, Queen of the Black Magic), Timo Tjahjanto (May the Devil Take You, The Night Comes for Us) ou encore Charles Gozali (The Devil’s Lair, la saga Qodrat), surtout en matière de cinéma horrifique. On vous parle donc aujourd’hui du dernier film en date de Joko Anwar, Ghost in the Cell, prochainement diffusé à l’Étrange Festival 2026 à l’heure où j’écris ces lignes et qui devrait ravir tous les festivaliers qui vont se ruer pour aller le voir.

Si Joko Anwar est un réalisateur aussi intéressant, c’est parce qu’il utilise beaucoup l’horreur et le fantastique pour au final dépeindre les travers de la société indonésienne. Plusieurs de ses films ont d’ailleurs suscité de nombreux débats nationaux comme lorsqu’il parle de la religion. Ses films peuvent parler de la famille, de la précarité, des inégalités sociales, des rapports de pouvoir, d’histoire nationale et de traumatismes non digérés, avec parfois un réalisme social qu’il cache sous le folklore ou le paranormal. Ceux qui ont dit que le cinéma horrifique n’était pas intelligent devraient s’intéresser à la carrière d’Anwar et comprendre que l’horreur peut être politique. Et on retrouve plusieurs de ses thématiques dans le film qui nous intéresse aujourd’hui, Ghost in the Cell donc, possiblement un clin d’œil façon jeu de mots au Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, dans lequel de nombreux genres vont se mélanger, du fantastique au drame en passant par la comédie et même l’action. Au départ, il y a ce journaliste qui écrit un article sur la déforestation massive à Bornéo et du silence collectif qui l’entoure. Le cinéma indonésien des années 80 (et même quelques films HK comme Red Spell Spells Red) nous a fait comprendre que Borneo était une terre de mystère, au folklore local très présent, à base de fantômes vengeurs et autres entités surnaturelles dégommant au besoin des humains de passage. Et notre journaliste semble avoir ramené avec lui, sans le vouloir, un de ces fantômes. Lorsqu’il se retrouve en prison après avoir été accusé d’avoir tué de manière absolument horrible son boss, ce sont les prisonniers qui vont se voir confrontés à cet « esprit » qui semble s’en prendre à ceux qui sont emplis de colère, de haine, à la recherche de quelqu’un à l’intérieur de cette prison. Mais qui ? Pourquoi ? Et comment lutter contre ce qu’on ne voit pas ? C’est tout ce qui va faire le sel de Ghost in the Cell, une bobine généreuse et hautement divertissante devant laquelle on s’amuse autant que Joko Anwar semble s’être amusé à la mettre en boite. Sur son site, l’Étrange Festival définit le film comme un mélange entre « gore élevé au rang d’œuvre d’art, angoisse croissante et déchaînement burlesque », et il n’y au final pas meilleure définition.

Il n’y a pas grand-chose à redire sur la mise en scène de Joko Anwar. Il a de nombreuses fois prouvé qu’il savait ce qu’il faisait, et c’est une fois de plus le cas ici. Les décors de prison, c’est souvent morne, avec en plus des prisonniers arborant tous les mêmes vêtements, mais Anwar va justement se servir de ça pour donner à son film une esthétique très particulière et visuellement très attrayante. La photographie est réellement jolie, et le filtre verdâtre de l’image va permettre de faire ressortir à la perfection les moments ultra gores du film, des excès de violence soudain, pas toujours frontaux dans le déversement des hectolitres de sang, mais avec pour finalité de montrer au spectateur un tableau à la fois complètement macabre et proche de l’art le plus pur. De l’art à base d’os fraichement « déviandés », de tripailles pendouillantes et de corps mutilés, mais de l’art quand même. Car l’art est un moyen comme un autre d’exprimer sa colère tout en la canalisant, et c’est ce que devront faire les personnages du film (danse, champ, création, …), même dans les moments les plus inopportuns, pour que l’aura mystique qui les entoure reste « zen » et qu’ils ne se fassent pas emporter par l’entité surnaturelle qui rode de cellule en cellule. Mais Ghost in the Cell est bien plus qu’un délire aux plans très gores. Avec ses nombreux personnages et la façon dont est gérée la prison, aussi bien dans sa violence gardiens / prisonniers que dans la structure même de la prison (avec différence de traitement en fonction des prisonniers), on comprend vite que le véritable problème n’est pas le fantôme mais la prison elle-même qui est comme une version miniature de la société indonésienne, avec de la corruption, des privilégiés, des rapports de pouvoir, et les affrontements entre les détenus sont bien plus que des querelles de cellules, ils reflètent les luttes d’une société beaucoup plus vaste dans un endroit où pourtant la loi devrait être le maitre mot. Sauf qu’ici, cette loi ne fonctionne plus et c’est au final le fantôme qui va être synonyme de justice avec une survie qui va passer par la nécessité de devenir moins mauvais. Les prisonniers vont devoir apprendre à contrôler leurs pulsions, à prier, à être altruistes à collaborer, et c’est ce qui va amener le ressort comique du film, peut-être le point le plus discutable du film étant donné que, l’humour étant subjectif, il pourrait ne pas plaire à tout le monde. Pourtant, Ghost in the Cell assume complètement cet humour souvent absurde, mais il est vrai qu’un gag peut désamorcer une mort horrible, voire donner l’impression que c’est parfois de trop. Mais ce mélange des genres parfois improbable amène quelque chose de jouissif au film, quelque chose d’imprévisible qui fait qu’on passe un très bon moment du début à la fin.

LES PLUS LES MOINS
♥ Les scènes gores
♥ Une mise en scène soignée
♥ Un casting convaincant
♥ L’humour absurde
♥ La dimension politique
⊗ Un rythme un peu irrégulier
⊗ Une fin précipitée
⊗ Un humour qui va diviser

Avec son fantôme dans une prison, Joko Anwar égratigne une fois de plus la société indonésienne tout en proposant un très bon divertissement où le gore se mêle à l’artistique. Un film généreux, parfois un peu bordélique, mais souvent réellement fun.



Titre : Ghost in the Cell
Année : 2026
Durée : 1h46
Origine : Indonésie / Corée du Sud
Genre : Le gore érigé en œuvre d’art
Réalisateur : Joko Anwar
Scénario : Joko Anwar

Acteurs : Andy Arfian, Abimana Aryasatya, Yoga Pratama, Mike Lucock, Danang Suryonegoro, Lukman Sardi, Kiki Narendra, Bront Palarae, Aming, Tora Sudiro, Morgan Oey


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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