[Film] King Kong contre Godzilla, de Honda Ishirô (1962)

Godzilla est libéré accidentellement d’un iceberg par un sous-marin nucléaire et se dirige vers Tokyo. Une expédition découvre l’île de Faro où vit une tribu indigène vénérant le dieu Kong. Après de nombreuses péripéties, l’expédition ramène King Kong au Japon mais il réussit à s’échapper. Il se met à détruire Tokyo.


Avis de Rick :
Après 7 années d’inactivité suite au Retour de Godzilla en 1955, la Toho voit les choses en grand. Elle fait revenir Honda Ishirô à la mise en scène, Ifukube Akira à la musique, le métrage affiche pour la première fois un beau scope 2.35 et sera filmé pour la première fois aussi en couleurs, et pour poursuivre la voie ouverte par Le Retour de Godzilla, le film sera un versus. Et ça tombe bien, puisque la Toho a racheté les droits de King Kong. Quoi de plus logique dans le fond (vraiment le fond du fond) puisque mine de rien, c’est peu après la ressortie de King Kong en 1952 que Godzilla sera réalisé. Mais quand on s’approche un peu plus du projet de manière logique, ça l’est beaucoup moins, Godzilla faisait 50 mètres, ayant un souffle radioactif, tandis que King Kong est beaucoup plus petit et n’a pas d’attaques particulières. Un combat qui semble totalement inégal, ce qui amena de la part de la Toho quelques changements. King Kong est maintenant bien plus grand, et a des coups de poings super puissants, récupère de l’énergie avec des éclairs… Bon, passons, de toute façon à sa sortie, le film fut un des plus grand succès de la saga… Cela veut-il dire que le film est bon ? Absolument pas, j’ai même envie de dire en toute objectivité que c’est plutôt mauvais. Et qu’en plus, ça commence extrêmement mal, en prenant son temps (trop son temps), en étant peu intéressant, et en étant doté de personnages humains pathétiques. Oui, King Kong contre Godzilla n’a au départ de grand que son titre (et son succès au box office, certes). Analyse d’un ratage, pour la saga, pour les versus, pour Honda, qui néanmoins rattrapera extrêmement bien le coup deux ans plus tard.

Pour autant, si le métrage est un ratage, tout n’est pas à jeter. Le passage en couleur par exemple n’est pas foncièrement mauvais et donne une couche de modernité à la saga après deux épisodes en noir et blanc. Honda sait filmer et nous livre par moment quelques plans intéressants. Seulement à côté, la Toho commence très doucement à amener quelque chose dans la saga : un ton beaucoup plus léger. Les catastrophes sont encore loin, mais l’on sent malgré tout déjà cet élément s’insérer dans le récit dès qu’il le peut pour un résultat qui fera, au choix, sourire ou pleurer. Sur le papier pourtant, se faire affronter les deux stars était quelque peu attrayant. Godzilla avait bien affronté Anguirus, et les films de Kaiju se développant à vitesse folle, il y avait donc du boulot et des versus possibles en pagaille. Mais la Toho a préféré jouer sur la célébrité du singe. Et là encore, il y aura de quoi être déçu, le film n’étant pas un duel au sommet, mais juste un versus comme les autres. Versus qui mettra du temps à arriver, comme souvent certes, mais comme la première partie ne passionne absolument pas. Personnages peu intéressants, rythme lent, scénario peu développé. Godzilla ne représente plus du tout la bête au message anti-nucléaire et n’est qu’un Kaiju de plus. Godzilla est vide, un peu comme ses humains, énervants, peu utiles, qui prennent des décisions stupides. Là vous me direz que de toute façon, vous voulez du Kaijus, des monstres géants qui se foutent sur la gueule. Oui dans le fond, vous avez raison, mais comme il faut attendre 26 minutes pour apercevoir Godzilla (37 minutes pour Kong) et bien plus pour que l’histoire se bouge enfin, et bien il est dur de passer tout le reste sous silence.

Mais le duel et les deux monstres ne viennent pas relever le niveau, l’ensemble se révélant même plutôt stupide, avec un Godzilla affaiblit par l’électricité (depuis quand ?), et un King Kong qui recherchera encore une fille pendant un petit temps, mais sans que cela ne soit utile au récit, au film, à tout. Et si Honda gère plutôt bien le passage de la saga à la couleur, l’effet rend les Kaijus encore plus kitch par contre, faisant ressortir tous les défauts des costumes, et rendant les combats kitch au possible. Sans parler de la gueule du fameux King Kong, risible. On est bien loin du King Kong original, qui datait pourtant de 29 ans plus tôt, ou du King Kong de 1976, certes 14 ans plus tard, mais bien plus réussi malgré quelques incrustations moyennes. Alors oui, on pourra au final rire de tout ça, et le combat en lui-même, au final relativement long, sait au moins se faire généreux, à défaut d’être réussi. Quelques plans sont même réussis lors de la première apparition de Godzilla contre les militaires, avec Honda choisissant souvent des plans larges pour ne pas forcément se focaliser sur les défauts, ou des plans furtifs. Et puis Godzilla pour sa première aventure en couleur a lui une trogne plus réussie que dans les opus enfantins qui suivront où son design évoluera tristement. Du coup, King Kong contre Godzilla est bel et bien un métrage moyen. Pas catastrophique à tous les niveaux, mais propose un duel décevant, des personnages énervants. Pas le pire, mais pas un bon Kaiju. Oh, et il y a un calamar géant aussi, pour la route, et la scène… tient la route !

LES PLUSLES MOINS
♥ Le duel pourra faire rire
♥ La scène du calamar, réussie
⊗ Une première partie looooongue
⊗ C’est bien kitch
⊗ King Kong, raté
note8
Godzilla revient, en couleurs en plus, après 7 années d’absence pour affronter King Kong dans un duel très décevant, et très kitch.



Titre : King Kong contre Godzilla – Kingu Kongu tai Gojira – キングコング対ゴジラ

Année : 1962
Durée :
1h37
Origine :
Japon
Genre :
Kaiju Eiga
Réalisation : 
Honda Ishirô
Scénario : 
Sekizawa Shinichi
Avec :
Takashima Tadao, Sahara Kenji, Fujiki Yu, Arishima Ichirô et Tazaki Jun

 King Kong vs. Godzilla (1962) on IMDb


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Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

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