Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il rencontre et séduit une jeune femme tout aussi paumée que lui, Marilyn. Tous deux multiplient les cambriolages et les braquages. Mais un jour le jeu tourne mal et ils se retrouvent auteurs d’un meurtre.
Avis de Cherycok :
J’avoue, je connais très mal le cinéma policier français de la première moitié des années 80 qui connaissait un nouveau souffle. Je connais leurs titres, de Garde à vue à La Balance en passant par Le Choix des Armes, mais à part Brigade des Mœurs, un ou deux Belmondo, et peut-être un ou deux autres, il est vrai que c’est un territoire avec beaucoup de choses à découvrir pour moi. L’arrivée chez Arcadès Films de films tels qu’Urgence (1985) et Tir à Vue (1984) est l’occasion de se replonger dans cette période du cinéma français que beaucoup semblent avoir oublié et qui regorge sans doute de petites pépites, ou tout du moins de bons petits films. Et on va donc commencer aujourd’hui avec Tir à Vue, premier film de Marc Angelo dont l’échec commercial a « obligé » le réalisateur à se réfugier à la télévision pour enchainer les téléfilms et autres épisodes de séries. Un film certes très imparfait mais qui, compte tenu du contexte politique de l’époque, a pas mal de chose à dire.

Lorsque le film sort en 1984, ça fait un ou deux ans que le climat sécuritaire en France est très tendu. Le gouvernement de Mitterrand de 1981, qui avait suscité un immense espoir de changement social, commence à vaciller et impose une période de rigueur avec une politique d’austérité. C’est l’explosion du chômage des jeunes dans les milieux défavorisés qui ne croient plus en l’état et qui ont du mal à imaginer un futur. En parallèle, d’énormes tensions naissent entre ces jeunes et la Police après que cette dernière ait fait usage à plusieurs reprises de leurs armes contre des jeunes. Des faits divers qui ont défrayé la chronique et ont alimenté de nombreux débats dans les médias, mais aussi à l’Assemblée Nationale, sur la légitime défense de la Police. Si le film s’appelle « Tir à Vue », c’est qu’il y a une raison. En plus de ça, 1984 est l’année où le Front National réalise un score historique aux élections européennes, pas moins de 11%, accentuant un discours sur l’insécurité qui est désormais sur toutes les lèvres, aussi bien de la population que des politiques. Bien qu’on puisse regarder Tir à Vue sans connaitre la situation électrique de l’époque, en avoir connaissance permet de le voir sous un autre angle et d’appréhender certaines scènes différemment. Et donc Tir à Vue, c’est quoi ? C’est une histoire de voyous, d’un jeune homme en révolte contre la police et le gouvernement, une histoire comme tant d’autres à cette époque mais qui marque par son côté sombre, nihiliste et même mélancolique. On y suit donc deux paumés, deux jeunes marginaux que le hasard va réunir, et qui vont s’improviser Bonnie and Clyde, vivant de larcins, de braquages, de cachettes et de sexe. En face d’eux, un duo de policiers, l’un usé et humain, désabusé car coincé dans un système qui le dépasse, l’autre plus agressif, raciste et homophobe, bien plus en adéquation avec le climat social du moment. L’une des forces du film, c’est que le manichéisme s’efface un peu. On a d’un côté des gamins perdus et de l’autre des policiers dépassés, des personnages caricaturaux qui enlèvent clairement de la subtilité à Tir à Vue mais qui pourtant s’inscrivent bien le propos du film.

Le casting pêche un peu. Même si le duo Laurent Malet / Sandrine Bonnaire est intéressant, cette dernière n’est pas toujours bien dirigée et ses scènes de dialogue manquent de spontanéité. De plus, on a l’impression que certaines lignes sont juste là pour essayer de mettre des formules fleuries que le public va s’approprier et faire devenir culte. Sauf qu’elles semblent finalement un peu à côté de la plaque. C’est la même chose avec le personnage de policier Michel Jonasz, qui balance des saloperies aussi bien au personnage arabe du film qu’à celui ouvertement homosexuel, et qui ne semble pas du tout à l’aise avec ce côté sombre de son personnage qui est censé refléter la tendance du moment de la Police avec la montée du Front National. A contre-emploi, Jean Carmet est peut-être au final celui qui retient le plus l’attention, avec son personnage de la vieille garde désabusé, plus en phase avec son époque, fatigué par la bêtise humaine, et qui apporte quelque part un peu d’humanité à l’histoire. Il cherche à arrêter notre duo de jeunes paumés pour les protéger de ses collègues et de sa hiérarchie qui seront clairement sans pitié avec eux. Le final, préférant le tragique au spectaculaire, va d’ailleurs clairement dans sa direction. Tir à vue est un film sombre, âpre, et sa mise en scène va dans ce sens. Rien n’est ici stylisé, elle nous présente un Paris gris, froid, jamais accueillant, aux ruelles qui ne donnent pas envie qu’on s’y aventure, aux cages d’escaliers qui ressemblent à des coupe-gorges. Même l’appartement dans lequel trouvent refuge nos deux tourtereaux est glauque, empêchant les diverses scènes de sexe d’être un minimum érotique, comme si le film nous faisait comprendre qu’il n’y a rien de glamour à leur situation, que cette liberté dont ils jouissent n’est qu’une illusion, et que l’épée de Damoclès qu’ils ont dessus de la tête finira par leur tomber dessus. D’ailleurs, dès que le premier policier est tué, le film devient très prévisible, sans réels rebondissements et, couplé aux quelques longueurs du film, cela empêche de maintenir la tension tout du long, ce qui risque de possiblement perdre quelques spectateurs qui s’attendent à quelque chose de plus percutant. Percutant, Tir à vue sait l’être pour son côté brut de décoffrage, mais clairement pas dans son rythme pas toujours bien géré.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Des personnages pas manichéens… ♥ Sombre et pessimiste ♥ La mise en scène brute de décoffrage ♥ Le parallèle avec son époque |
⊗ … mais trop caricaturaux ⊗ Un ventre mou ⊗ Certains dialogues peu naturels |
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| En brossant le portrait de ces deux âmes perdues issus d’une jeunesse no future qui s’improvisent Bonnie and Clyde, Tir à Vue est un polar âpre qui reflète bien son époque. Le résultat est maladroit, un peu poussif, mais pourtant des plus intéressants. | |

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TIR A VUE est disponible à partir du 17 mars 2026 en blu-ray 16.99€ chez Arcadès Éditions. Il est disponible à l’achat ICI. 1920 x 1080p HD – 16/9 – Version française DTS HD Master Audio 2.0 – Sous-titres français et français pour malentendants. En plus du film, on y trouve : Le Cinéma Français en garde à vue : Le polar des années 80 (18min), Un Bonnie & Clyde moderne : A propos du film Tir à Vue (8min). |
Titre : Tir à Vue
Année : 1984
Durée : 1h31
Origine : France
Genre : Polar pessimiste
Réalisateur : Marc Angelo
Scénario : Yves Mourot
Acteurs : Laurent Malet, Jean Carmet, Sandrine Bonnaire, Michel Jonasz, Claudia Coste, Marie-Françoise Frelat, Helena Henriksson, Sonia Laroze, Frédéric Berthereau

















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