[Film] Christy, de David Michôd (2025)

Inspiré d’une histoire vraie, Christy retrace l’ascension tumultueuse de la boxeuse Christy Martin, qui est passée de l’anonymat à la célébrité. La légendaire ténacité de Christy sur le ring cache en réalité des combats plus intimes avec sa famille, son identité et une relation toxique qui pourrait bien se transformer en une question de vie ou de mort.


Avis de Rick :
Bien que sorti en Mars 2026 en France, soit bien en retard puisque j’avais pu le voir l’année dernière, Christy a fait couler beaucoup d’encre. Malheureusement, pas pour le film et ce qu’il raconte, mais pour ce qu’il se passe à côté, certains voulant mettre l’échec du film sur le dos de débiles polémiques. Alors, si Christy a été un monumental flop à cause des dites polémiques, le monde est bien stupide (et si tel est le cas, je vais finir par refuser de parler cinéma avec quiconque me parlant de politique). Mais cet échec, on peut aussi l’expliquer plus simplement, 2025 ayant souvent été une année décevante déjà niveau chiffres, et quand on voit que les rares cartons sont des films comme Minecraft et Lilo & Stich, on se dit de toute façon que le public est à la ramasse. Mais on peut aussi dire que le distributeur, également producteur du film, a été sans doute beaucoup trop ambitieux. Si Christy n’a dans les faits pas coûté si cher, 15 millions de budget, on peut néanmoins s’interroger de sortir un biopic sur la boxe féminine, mettant donc en avant Christy Martin, que le grand public ne connait pas du tout, dans un parc de salles aussi grand, plus de 2000 écrans. Oui, le distributeur a été ambitieux, et surtout un poil crédule, surtout quand on voit que peu de temps avant, c’est Dwayne Johnson qui s’est aussi cassé les dents sur un biopic sportif, alors que son nom a plus tendance à ramener du monde en salles que celui de Sydney Sweeney. Bref, mettons les chiffres et polémiques stériles de côté et parlons cinéma. Christy, c’est donc un film sur la boxe, et j’adore ça, que ce soit la boxe féminine (Million Dollar Baby, 100 Yen Love) ou masculine (Rocky, Raging Bull, Blue), peu importe que l’histoire soit vraie ou pas. Et puis il y a toujours quelque chose d’inspirant dans ces histoires, qui déroulent donc quasiment toute les mêmes procédés narratifs, avec les entrainements, la montée, la chute, et le potentiel retour, la victoire. Christy, que l’on connaisse ou non l’histoire vraie derrière (ce n’était pas mon cas) ne va pas venir chambouler la formule, en nous racontant donc le parcours de Christy Martin, de son tout premier combat à son retour sur le ring après moults complications.

De même, Christy est un biopic forcément très académique dans sa façon de faire, et dans sa manière de nous raconter son histoire. Il n’y a pas forcément de mal à cela, mais forcément, il faut s’y attendre, et l’accepter. Ce qui ne veut pas dire que son côté académique et son côté prévisible sont des freins pour livrer un bon biopic, et donc, une bonne œuvre de cinéma. Car Christy est un bon film. Sur pas mal de points. Même s’il souffre également du syndrome habituel de ce genre de film, sans doute un brin trop long et étirant des moments parfois sans doute peu utiles, au détriment au final d’autres. Par exemple, on pourra citer le gap de quatre années dans la vie de Christy, juste après sa première grande victoire médiatisée, pour reprendre des années plus tard alors qu’elle est déjà au sommet. Evidemment, peut-être que dans la vraie vie, Christy Martin n’a fait qu’accumuler les victoires sans jamais rencontrer de résistance ou de faits marquants dans son intrigue, mais c’est un peu dommage et ça donne un côté parfois précipité à certains événements, comme si l’on lisait un livre mais qu’il manquait un chapitre. Mais comme je l’ai dit, ces défauts, certains étaient attendus, et avec un long métrage de 2h15, bien qu’un poil trop long, on pouvait aussi se douter que Christy aurait ce genre d’ellipses. Heureusement oui, à côté, c’est du tout bon, autant dans la mise en scène propre de David Michôd que de l’interprétation surprenante de Sydney Sweeney, qu’importe ce qu’en pensent ses détracteurs, mais aussi de Ben Foster à ses côtés dans le rôle de son entraineur et mari. Les deux acteurs, parfois méconnaissables d’ailleurs, donnent de leur personne dans leur rôle, autant physiquement que psychologiquement, pour une histoire qui si, dans les grandes lignes, reste prévisible de A à Z, s’est en réalité rapidement éloignée de mes attentes dans tout ce qui concerne les à-côtés. Car Christy est autant un film sur la montée de Christy Martin sur le ring que de sa vie privée compliquée avec son mari manipulateur, abusif, et qui aura par ailleurs tenté de la tuer, sans jamais montrer le moindre remord.

C’est ce que l’on appelle amener le concept de relation toxique au niveau supérieur. Certains diront que par certaines thématiques, Christy est un pur film de 2025, avec sa mise en avant d’une relation LGBT par moment, et forcément un méchant homme au centre de toute cette histoire. Oui, sauf qu’étant une histoire vraie, on ne va pas faire comme certains et réécrire l’histoire. Surtout qu’au final, le message est bel et bien ailleurs. Christy, c’est le portrait d’une femme, qui a tenté de faire plaisir à tout le monde, pour être conforme à ce que sa famille voulait, a refusé à plusieurs reprises l’aide des seules personnes qui se préoccupaient réellement d’elle, et a donc endurée des choses horribles pendant des années en se forçant presque à croire que c’était la meilleure chose à faire, la voie à suivre. Même si le métrage prend souvent des allures de drame assez noir dans sa seconde heure, le récit de cette boxeuse demeure finalement inspirant, comme souvent dans le genre, et on en ressort satisfait. Le film prouve lui que Sydney Sweeney reste une actrice à suivre, que Ben Foster est capable du meilleur quand on lui fait jouer des salauds (dire que je l’avais, je crois, découvert dans 30 Jours de Nuit, où il jouait, tiens, un salaud), et qu’un biopic assez balisé et prévisible dans ses grandes lignes peut quand même nous transporter grâce à son sérieux et ce qu’il a à nous raconter à côté. Et puis, si Christy ne figurera pas dans les plus grandes réussites artistiques de l’année malgré tout, je préfère voir un biopic sérieux sur une personnalité dont j’ignore tout comme ici plutôt qu’un biopic sur une personnalité beaucoup trop médiatisée et dont la moitié du contenu est déjà connu de tous. Car le cinéma, c’est aussi la découverte, la prise de risque, foncer vers l’inconnu. Et ce même si, comme la grande partie des biopic, Christy est un film que l’on voit, que l’on apprécie, mais que l’on ne reverra pas forcément.

LE MEILLEUR LE PIRE
♥ Un biopic prenant
♥ La partie dramatique, surprenante
♥ Sydney Sweeney donne tout ce qu’elle a
♥ Ben Foster en enfoiré, toujours crédible
⊗ Mais prévisible et académique oui
⊗ Peu surprenant dans sa partie sur la boxe
note2
Christy est un biopic qui alterne entre la boxe et le drame, et s’il se fait prévisible sur le premier point tant ce genre d’histoire est connue, il fait mouche sur le reste, sous la caméra experte de David Michôd et les poings de Sydney Sweeney.


Titre : Christy
Année : 2025
Durée :
2h14
Origine :
Etats Unis
Genre :
Biopic sportif
Réalisation :
David Michôd
Scénario :
David Michôd et Mirrah Foulkes
Avec :
Sydney Sweeney, Ben Foster, Coleman Pedigo, Merritt Wever, Ethan Embry, Jess Gabor, James Self, Katy O’Brian, Bill Kelly et Chad Coleman


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Lucio Fulci, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve, Shiraishi Kôji et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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