En 1990, Ah Bao, un jeune entrepreneur parti de rien, amasse une jolie somme dès l’ouverture de la bourse de Shanghai. Guidé par son mentor Oncle Ye, dans une Chine en plein boom économique, rien ne semble pouvoir arrêter son ascension.
Avis de Nasserjones :
Le grand retour de Wong Kar-Wai, 10 ans après The Grandmaster avait d’emblée de quoi nous laisser perplexe. Comment lui, l’auteur biberonné au cinéma de Godard, éternel insatisfait, adepte de l’improvisation, connu pour ses tournages avec tout juste des ébauches de scénarios, et se décrivant lui-même comme un réalisateur très lent, allait pouvoir se plier aux exigences du format télé avec ces 30 épisodes entièrement scénarisés (la norme en Chine pour une série) exigés par la production ? D’autant plus que Wong Kar-Wai a décidé de réaliser seul l’intégralité de la série sans rien déléguer. Un tournage marathon étalé sur trois ans avec l’ambition folle de réussir à séduire un public beaucoup plus large, à 10 000 lieux de son public habituel, tout en restant fidèle à lui-même et à sa vision d’auteur. Tout ça avait de quoi faire réellement peur mais contre toutes attentes, Wong Kar-Wai s’en sort miraculeusement bien.

La série démarre sur les chapeaux de roue avec un premier épisode très dynamique et efficace où Wong Kar-Wai nous présente la quasi-totalité des personnages, le contexte historique, la rencontre entre Ah Bao et son mentor Oncle Ye qui va le former et le guider dans sa route vers le succès. Tout les habituels tics de réalisation du réalisateur son bien là : les images accélérés, les voix off commentant les images d’archives, les néons qui se reflètent sur les pares brises et les flaques d’eau et bien sur le glamour. Les trois actrices principales aux styles bien différents sont toutes les trois magnifiques et le héros Ah Bao tiré à quatre épingles apparaît comme une nouvelle version du Tony Leung de In the Mood for Love et 2046 ou le Leslie Cheung de Nos Années Sauvages. Blossoms Shanghai apparaît clairement comme un prolongement des trois films cités où la nostalgie fantasmée des années 60 laisse place à la nostalgie tout autant fantasmée des années 90. Bien sûr, produit streaming oblige, la photographie est un peu plus numérique que d’habitude mais la série respire dans l’ensemble à plein nez le style de Wong. C’est à partir de l’épisode 2 que les choses vont commencer à sentir le roussi. Si visuellement on est à 100 % dans du Wong Kar-Wai, très vite une chose indispensable de l’univers du réalisateur va nous manquer et nous interpeller : mais bordel où est passé l’amour ? Pendant 7 épisodes, soit 5 h 25, donc plus ou moins l’équivalant de trois longs métrages, pas une ombre de romantisme. Une œuvre de Wong Kar-Wai sans amour et romantisme ? Et pourquoi pas un steak frites sans steak ? Le héros que tout le monde nomme respectueusement Mr Bao est jeune, beau, riche, élégant et entouré de belles femmes mais rien ne semble l’intéresser vraiment à part la bourse. Il apparaît d’ailleurs comme un personnage atypique, très généreux, proche de ses amis dont le bien être semble l’intéresser plus que le sien, accro à l’adrénaline que lui procure la bourse mais plus intéressé par le jeu en lui même que par le gain. Ce qui semblait inévitable devient donc finalement inévitable : 30 épisodes c’est beaucoup trop long. Les intrigues secondaires et inutiles se multiplient, on sent que Wong Kar-Wai cherche à gagner du temps et brode comme il peut avant de rentrer dans le cœur du sujet. Soyons honnête sur les trente épisodes beaucoup sont très moyens et les sept premiers vont s’avérer peu passionnants, j’ai même plusieurs fois franchement flirté avec l’ennui. Le style visuel de Wong aide à faire passer la pilule, on sent venir le coup du carré amoureux entre Ah Bao le Golden boy, Ly Ly la femme fatale mystérieuse, la survoltée et bruyante Mlle Wong et la plus cynique Ling Zi mais les épisodes passent et rien ne se passe… Au niveau musical aussi, c’est un peu compliqué. La série fait la part belle à de la pop chinoise sirupeuse sans doute pour plaire au public de Chine Continentale et Wong est obligé d’aller piocher dans les thèmes de ses longs métrages pour sauver les meubles. On retrouve notamment le thème principal de 2046, celui de The Grandmaster et même celui de Nos Années Sauvages sur un ou deux épisodes.

L’épisode 8 marque un tournant dans la série. A travers un long flashback, Wong nous raconte la rencontre entre Ah Bao et Mlle Wang dans les années 80 et la naissance d’un amour qu’on imagine d’entrée compliqué. Enfin, tout ce qu’on aime vraiment chez le réalisateur est là : le romantisme, la mélancolie et ce brin de poésie, enfin la magie Wong Kar-Wai explose à l’écran. A partir de là, la série va enfin décoller. Les épisodes 12, 13 et 14 sont de nouveau des petits bijoux qui rivalisent avec les meilleurs longs du maître. Peut-être pas avec Chungking Express et Les Anges Déchus qui sont mes deux préférés mais avec des films comme Nos Années Sauvages ou 2046 je le pense oui. La série va peu à peu même dépasser toutes mes attentes. Ce que j’envisageais dans le meilleur des cas comme une transposition, voir un prolongement de son œuvre va se transformer en un aboutissement. Pas d’un point de vue formel bien sûr, une série ne pouvant dépasser un film sur ce point, mais d’un point de vue thématique. A travers un autre flashback, Wong nous raconte la jeunesse de Ah Bao en 1978 dans un superbe épisode avec un énorme travail de reconstitution où l’on voit des légions d’ouvriers tous de bleu vêtu, s’échauffant dans la rue avant de commencer leur travail. Wong ne nous raconte pas seulement une success-story dans les années 90 mais, à la manière d’un Jia Zhang-Ke, c’est 20 ans de l’histoire de Chine qu’il nous conte de 1978 à 1997 précisément. Si dès Nos Années Sauvages l’Histoire avec un grand H avait déjà son importance dans son cinéma, elle n’était que survolée rapidement à travers les images d’archives. Ici, avec enfin un budget conséquent, il peut se permettre de recréer des scènes de vie et des rues entières avec moult figurants et décors. Les épisodes 25 à 30 sont eux aussi des bijoux mélancoliques où, en plus de la nostalgie, des amours impossibles ou contrariés, des regrets du temps qui passe, vient se greffer un côté autobiographique. La petite bande d’amis du héros, qui jusque là paraissaient n’être présents que pour apporter un peu de légèreté à la série, apparaissent alors comme une allégorie du groupe d’amis composé de William Chang et Christopher Doyle avec qui il signa ses premiers chefs d’œuvres à Hong Kong. Ce n’est pas un hasard si la série s’arrête donc en 1997 juste après la rétrocession, cette date fatidique qui marqua la fin de l’âge d’or du cinéma Hongkongais, commentée en voix-off par Ah Bao au moment où tout bascule dans sa vie avec un retour en arrière impossible.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Tout ce qu’on aime habituellement chez Wong Kar-Wai ♥ Son style visuel unique ♥ Son romantisme ♥ Sa mélancolie ♥ Son glamour |
⊗ Trop long ⊗ Beaucoup d’épisodes moyens ⊗ Une bande-son mandopop pas terrible |
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| Avec 15 épisodes en moins, Blossoms Shanghai aurait été une masterclass indiscutable mais, en l’état, personne ne peut nier que l’ensemble est mitigé. Wong Kar-Wai avait d’ailleurs lui-même évoqué dans une interview son envie de remonter la série dans une version plus courte et améliorée destinée au marché international. Selon sa sensibilité, chacun en tirera donc ses propres conclusions. Certains retiendront surtout que la série est trop longue et que sur les 30 épisodes la moitié sont très moyens, d’autres comme moi préféreront retenir que sur ces 30 épisodes une bonne dizaine au moins sont des bijoux. Personnellement j’ai adoré. | |

Titre : Blossoms Shanghai / 繁花
Année : 2023 (Saison 1)
Durée : 30 x 45min
Origine : Chine
Genre : Drame
Réalisateur : Wong Kar-Wai
Scénario : Quin Wen
Acteurs : Hu Ge, Xin Zhilei, Tiffany Tang, Ma Yili, You Benchang, Chen Long, Ryan Zheng, Wu Yue




















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