[Film] Bon Cop Bad Cop, de Erik Canuel (2006)


David Bouchard et Martin Ward ne pourraient être plus différents. L’un parle français et est originaire de Montréal, l’autre est un anglophone de Toronto. L’un obéit à la loi, l’autre fait la sienne. Obligés de travailler ensemble sur une enquête dont la juridiction géographique est aussi nébuleuse que les motivations de l’auteur du crime, leurs différences vont à la fois mettre en péril l’enquête et les aider à élucider le mystère…


Avis de Paganizer :
Ah, le Canada ! Ce grand et beau pays d’Amérique du Nord, connu pour abriter à l’Est la Province du Québec où vivent les plus Français des américains ! Pour l’Histoire, c’est en 1608 que l’explorateur Français Samuel Le Champlain fonde la ville de Québec au Canada qui devient dès 1642 une communauté catholique comptant une cinquantaine de Français (C’est la 1ere Guerre Mondiale qui fera apparaitre des oppositions entre le Canada et le Québec, en 1916. En effet, le Québec refuse de soutenir les Britanniques et est alors rejeté par le Canada). En 1760, la ville de Québec, contrôlée par les Britanniques conserve malgré tout une forte entité francophone. C’est en 1774 que la ville obtient officiellement le droit d’exercer la foi catholique et de conserver la langue française. Le québécois est une langue unique en son genre. Ce français du Québec n’est donc ni un dialecte, ni un patois, mais une langue à part entière qui ne cesse d’évoluer. Après cet aparté historique nécessaire pour bien savoir où l’on met les pieds au moment de découvrir le film d’Erik Canuel, parlons un peu du cinéma Canadien, assez peu connu dans nos contrées…

En effet, ce dernier éprouve certaines difficultés à se développer, peu aidé par des distributeurs un peu frileux et le fait que les réalisateurs canadiens sont peu connus en dehors du pays. Ajoutons à cela que les productions canadiennes ne se montrent pas toujours à la hauteur du cinéma distribué de manière internationale et ont, de plus, tendance à se retrouver dans l’ombre de la machine cinématographique et commerciale particulièrement envahissante de leurs voisins États-Uniens ! En dehors des films de Denys Arcand, et du fait que tous les titres américains y sont traduits littéralement (“Pulp Fiction” : “Fiction Pulpeuse”, “Usual Suspects” : “Les Suspects Habituels”, “Dirty Dancing” : “Danse Lascive”…), il est vrai que l’on ne sait pas grand-chose du cinéma Canadien. Les œuvres cinématographiques canadiennes et québécoises restent donc, pour la plupart, assez confidentielles au-delà de leurs frontières. Même si cela tend à changer un peu depuis quelques années, notamment avec des réalisateurs comme Jean-Marc Vallée (“C.R.A.Z.Y”), Alain Zaloum (“C’est Pas Moi !…”) ou encore Erik Canuel, réalisateur de ce “Bon Cop Bad Cop”.
Le film est donc une comédie policière typée buddy-movie qui emprunte beaucoup aux productions hollywoodiennes, même si le métrage pêche un peu par sa réalisation et son scénario. On pourrait du coup penser qu’il s’agit d’un “petit film”, d’une œuvre plutôt “mineure”, bref, d’une réalisation sans grand intérêt voire bonne à jeter… Pourtant, le film fonctionne très bien, et s’appuie sur ses principales forces : L’aspect comédie et les dialogues.

David Bouchard est un flic de Montréal divorcé, qui fume, parle français (ou plutôt le français du Québec), mène ses enquêtes et sa vie personnelle un peu “par-dessus la jambe” et déteste qu’on lui marche sur les pieds ! Martin Ward, quant à lui, est un flic de Toronto, non-fumeur, parlant anglais (enfin, américain !) et qui a tendance à mener ses enquêtes et sa vie personnelle de manière beaucoup trop psychorigide ! Tout comme Bouchard, il déteste qu’on lui marche sur les pieds ! Quand un cadavre est découvert, littéralement “à cheval” sur le panneau marquant la frontière entre la Province du Québec et la Province de l’Ontario, nos deux flics se retrouvent obligés de faire équipe malgré leurs différences !
On est donc ici clairement dans le style typique du buddy-movie à l’américaine (L’Arme Fatale, Tango & Cash, Rush Hour, 48Hrs, Midnight Run…). Sauf qu’ici, en plus de leurs différences de personnalité et de mode de vie, c’est l’opposition entre le canadien francophone et le canadien anglophone qui offre une dimension supplémentaire à l’humour du film. C’est l’occasion de jouer sur les différences qui existent entre les deux bords, à base d’initiation aux coutumes locales et de dérision affectueuse teintée de tolérance (un peu à la manière de “Bienvenue Chez les Ch’tis”, la finesse en plus !).

Bon Cop Bad Cop manie un humour qui peut laisser perplexe de prime-abord… En effet, le film est truffé de “private jokes” à l’usage des canadiens, mais fort heureusement, une large partie des gags et de l’humour reste compréhensible par les non-initiés, car basée sur l’apprentissage de la langue locale et de ses jurons. On note aussi pas mal d’humour de situation, et on pourra aussi apprécier le personnage plutôt hilarant du médecin légiste (interprété par Louis-Joseph Houde, un humoriste québécois célèbre et réputé pour le côté unique de sa façon de parler avec un débit de parole assez impressionnant !). La partie comédie du film est donc très clairement son point fort, tout comme le travail effectué sur la mise en scène, la direction d’acteurs, la photographie et la lumière. L’ensemble se montre d’un niveau très correct. Le travail sur le rythme général du métrage s’avère également plutôt bon, même si l’on note ici et là quelques longueurs et baisses de régime.
Hélas, c’est du côté de l’intrigue policière que le film coince un peu… Non pas que ce soit mauvais, loin de là, mais l’ensemble est tourné un peu comme un téléfilm version “stylée”, consistant à filmer de travers et à utiliser un éclairage vert métallisé pseudo-expressif de manière plutôt abusive, voire systématique, même lorsque rien ne le justifie. L’intrigue reste en effet assez simple et basique, ne prenant que très peu de risques et menant à un méchant sans réel charisme et manquant un peu de piquant et de personnalité, là où on serait en droit d’attendre un grand méchant fort-en-gueule et du genre “badass” !
Pour ce qui est des scènes d’action en elles-mêmes, elles cherchent un peu trop souvent à singer les pratiques et les techniques généralement utilisées dans les productions U.S (Zooms avant et arrière frénétiques, plans raccourcis au maximum pour accentuer le tonus des scènes ; le tout accompagné par du gros son, ici du rock canadien pas dégueu, mais basique…), tout ça au détriment d’une réelle efficacité. C’est d’autant plus dommage que le film a une certaine “patte”, mais il perd de sa personnalité en se complaisant un peu trop dans le mimétisme.

Pourtant, ce méga-succès au box-office canadien mérite largement le détour car il fait un point d’étape sur les relations entre canadiens anglophones et francophones. On y parle français-québécois, anglais, “franglais”… sans oublier les différents accents ! De ce fait, pour s’en sortir et vraiment apprécier le film, il sera nécessaire pour le spectateur d’activer les sous-titres français (à part pour les bilingues… et encore) et de faire marcher son imagination.
Au-delà de la contrée d’origine, c’est aussi la différence de caractère entre Ward et Bouchard, particulièrement gratinée, qui fait le moteur de la comédie ! Ward et son côté smart et un peu pincé (“British” diront certains) et Bouchard, très “Français”, un peu crado, et faisant souvent fi des règles de bienséance et de savoir-vivre en général. Les répliques et l’humour fusent ; les bons mots, comme certaines “jokes” semblent parfois tirées à la mitrailleuse… On se sent vraiment emporté et c’est un régal de voir nos deux “cops” s’engueuler et se rabibocher dans une pure ambiance buddy-movie !
La morale reste en filigrane et met en avant le fait qu’il vaut mieux utiliser nos différences pour accomplir quelque-chose et avancer plutôt que pour créer des conflits. Un message qui passe de façon assez subtile !

Enquête policière à rebondissements, le film se montre souvent hilarant, soulève quelques préjugés et fait la peinture des oppositions. Malgré son intrigue manquant d’originalité et de complexité, l’histoire met bien en avant et en valeur le duo dynamique bilingue. Dans l’ensemble, les acteurs (rôles principaux comme secondaires) sont bons et se montrent à la hauteur en donnant la consistance nécessaire à leurs personnages.
Filmé un peu à la manière “Blockbuster”, le film garde cependant une certaine intégrité, à l’image de nos deux flics. Bon Cop Bad Cop se montre lisible à plusieurs niveaux et est à la fois un divertissement efficace et une étude de mœurs et de culture sur la base d’une comédie souvent jouissive et capable de réelles fulgurances ! Le film baigne dans une énergie et un enthousiasme qui font plaisir à voir et emportent finalement l’adhésion du spectateur !
Au final, malgré le côté simple (voire simpliste) et basique de la partie enquête policière, un méchant un peu quelconque et le charisme parfois un peu limité des deux vedettes, Bon Cop Bad Cop a quelque-chose de réellement attachant, grâce entre-autre à la perpétuelle alternance (et confrontation) français-anglais, aux situations rocambolesques et parfois saugrenues, à la relation dynamique entre les deux flics, aux personnages secondaires hauts en couleurs pour certains, et au rythme général du film qui évite assez habilement les temps-morts et les longueurs (en dehors de quelques scènes un peu plus laborieuses). Un divertissement rythmé, chargé d’humour et d’une bonne dose de testostérone.
Un film qui propose un bon moment de cinéma “exotique” et dépaysant, et offre de réels éclats de rire !

LES PLUSLES MOINS
♥ L’alternance perpétuelle français-anglais
♥ L’humour efficace
♥ Les deux “cops” très sympathiques
♥ Le rythme général
⊗ Partie enquête un peu simple et basique.
⊗ Méchant banal
⊗ Tendance à trop copier le style américain
⊗ Fin un peu trop expédiée.
Une œuvre à réserver cependant aux spectateurs les plus ouverts et les moins réfractaires au côté bilingue, et à ceux qui ne sont pas hermétiques (ou allergiques) au fameux accent Québécois ! A signaler que le succès de ce 1er volet (au Canada principalement, mais aussi en dehors) a permis la sortie d’un second volet en Mai 2017, sobrement intitulé “Bon Cop Bad Cop 2”. Bref, comme diraient les québécois : “Pour ceux qui aiment le genre, Bon Cop Bad Cop est un film “dans les trois X” (fameux, épatant) qui fait vraiment le job, tabarnak !”



Titre : Bon Cop Bad Cop / Good Cop, Bad Cop
Année : 2006
Durée : 1h56
Origine : Canada
Genre : Action/Humour/Buddy Movie
Réalisateur : Erik Canuel
Scénario : Patrick Huard, Leïla Basen, Kevin Tierney, Alex Epstein

Acteurs : Colm Feore, Patrick Huard, Michel Baudry, Patrice Belanger, Sarain Boylan, Hugolin Chevrette, Rick Howland, Erik Knudsen, Sarah-Jeanne Labrosse, Lucie Laurier, Sylvain Marcel

 Bon Cop, Bad Cop (2006) on IMDb









Paganizer

Cinéphage boulimique, fan de cinéma authentique avec une appétence particulière pour les pellicules différentes voire singulières.
A tendance à fuir le cinéma fast-food grand public trop formaté.
Également doté d'un penchant naturel pour les mauvais films sympathiques et les nanars décomplexés et fendards.

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2 Comments

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  1. Le cinema Quebecoi commence a faire parler de lui avec Xavier Dolan et Denis Villeneuve.
    Bon cop bad cop je trouvais le titre du film debile, mais c’est bon j’ai compris.
    Ca a l’air sympa surtout pour le decalage des langues, mais par contre les gros filtres vert degueu est bien moche, les americain adore les filtres moi pas du tout.

  2. Un film vraiment dépaysant, sympa et agréable à suivre malgré cette tendance à “copier sur le voisin” comme je le dis dans la chronique..
    Notamment au niveau des effets de mise en scène et aussi avec ce filtre vert métallisé lors de certains passages (heureusement, ce filtre n’est pas présent tout le long du film !)
    En dehors de ça, le métrage a son style et sa personnalité et vaut le coup d’œil !
    Et puis le cinéma Canadien mérite vraiment d’être défendu et valorisé, parce qu’il a apparemment de bien belles choses à nous offrir !

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