[Lecture] Le Cinéma Japonais Contemporain – Ecrans Editions phase 2

LE CINÉMA JAPONAIS CONTEMPORAIN

Allez soyons francs, le cinéma japonais contemporain souffre d’un désamour caractérisé. Et il y a de très bonnes raisons à cela. Regardez donc le rayonnage de vos pourvoyeurs préférés en dvd. D’un côté des Auteurs, proclamés références d’une cinématographie qui n’existe presque pas par des intellectuels genre ceux du Cercle. De l’autre des similis films tournés pour satisfaire une fanbase acquise autour d’un succès cross-média ou d’une endive à mèche. Pas de quoi, visiblement, faire un tour complet d’un cinéma assez riche. Mais suffisamment pour se faire une fausse idée, assez alarmante, d’un état de production. D’ailleurs en étant réaliste, même en faisant le tour de la production, il y a de quoi avoir – un peu – peur. La faute à un système bancal, dominé par des comités de productions multi-média et une cinéma indépendant ramassant des miettes de financements. Et un des intérêts de cette seconde publication des éditions Ecrans est de justement se faire l’écho de ces deux polarités, mettant en parallèle mainstream et indépendant, l’un contre l’autre, l’un par rapport avec l’autre avec leurs faiblesses et forces. Mais plutôt que de bêtement exposer une situation, l’ouvrage choisit la voie du traitement thématique, s’adressant tout autant aux néophytes qu’aux amateurs un peu plus éclairés. Avec ce que cela peut comporter comme failles.

La plupart des articles s’adressent clairement à un public le plus large possible – pour des raisons éditoriales compréhensibles – et se veulent donc informatifs, presque didactiques par moment. Si je dois reprocher quelque chose à ce livre, c’est bel et bien ce point précis. Prenons par exemple l’article sur les comédies signé Morgan Brehinier. Le postulat de base est pertinent, mais part malheureusement dans le listing et le résumé sans développer réellement les processus du comique à la japonaise telles que le non-sens, les jeux de mots, les stéréotypes. Un défaut qui se retrouve de façon récurrente dans d’autres articles tels que celui sur le cinéma d’horreur et d’épouvante et celui sur la passerelle télé-cinéma. Voyez là un reproche venant d’un mec qui ne recherche plus vraiment ce genre d’étalage de titres mais plutôt des analyses thématiques plus pointues qu’informatives. Néanmoins, dans l’état, les articles cités plus haut ne sont pas mauvais. C’est même plutôt plaisant d’enfin trouver un article sur les comédies, genre foncièrement boudé par les afficionados en dehors de quelques titres. Même l’approche historique, pourtant maintes fois lue / abordée, sur le cinéma d’horreur et d’épouvante signé Bastian Meiresonne se déguste tranquillement, grâce à des titres de paragraphe dignes de notre Oli et un approfondissement utile de quelques notions comme le V-cinema, l’apport du média tv, ou un détour vers les conséquences pan-asiatiques de la vague post Ring. Dommage que là encore une partie plus analytique ne soit pas lancée mais ce n’était pas réellement l’angle d’approche choisi par l’auteur.

C’est alors au détour de l’article de Benjamin Thomas sur La nature à l’écran que surgit cette rigueur analytique. Si vous deviez acheter Le Cinéma Japonais Contemporain que cela soit pour cette étude précise, détaillée et documentée, de la place de l’élément nature vis-à-vis du groupe et de l’individu. Si cette piste n’est pas neuve, l’auteur l’expose brillamment en remettant plein de choses en contexte dont une approche urbanisto-religieuse. L’article suivant soufre donc de la comparaison alors que le texte signé Tom Mes et Damien Paccellieri arrive à bien cerner la place de la femme dans l’industrie cinématographique japonaise et contextualise l’apport des festivals comme le PIA, la figure de la femme au cinéma ou l’apparition de la super 8 dans les 80’s (et la dv de nos jours). C’est d’ailleurs aussi d’évolution technologique dont il question dans le postulat de l’article de Nolwenn Le Minez sur la petite lucarne : des séries télévisées au septième art. Le changement apporté par la télévision et cette nouvelle méthode de consommation / productions de fictions en tous genre et pour tous les gouts – disons plutôt tranches d’âge ou sexe. Un peu trop informatif, l’article a le mérite de présenter clairement cette face de la production japonaise et d’expliquer la passerelle qui existe maintenant entre le média tv et le média cinéma. C’est dommage que seule la conclusion commence à questionner sur les limites, et les apports, de ce media-mix. Le dernier article, quant à lui, aborde le sujet connu des Maux de la société japonaise et la façon dont ils sont abordés dans le cinéma local. Sans etre original, l’article a le mérite de parler de quelques réalisateurs qui sont me sont chers et aborde la vague hip-hop récente, ce qui fait que je suis conquis, malgré le coté, ici encore, listing de films par thème abordé.

L’ouvrage se termine par un résumé de différents points / problématiques abordés dans les articles précédents et questionne sur le devenir d’une production face aux tristes séismes / tsunami de mars 2011, ainsi que par une interview du parrain du livre : AOYAMA Shinji.

Je ne suis surement pas le lectorat cible de cet ouvrage un peu trop généraliste à mon gout. Mais dans l’état, l’initiative dans la paysage francophone d’un tel livre est louable et mérite votre attention ne serait ce que par son caractère unique. Surtout que les thèmes abordés sont bien choisis et couvrent un bon panel de la production japonaise, du mainstream à l’indépendant, en mettant en avant quelques problématiques importantes. J’aurai personnellement voulu un livre constitué à 100% d’analyse comme le pertinent texte de Benjamin Thomas. Mais c’est un peu égoïste de reprocher à cette seconde publication d’Ecrans éditions que de ne pas traiter en profondeur un sujet tel que le cinéma contemporain japonais. Car finalement le livre prend à chaque fois le temps de mettre, au-delà du listing ou de l’information didactique, des pistes de réflexion en perspective. Un bel ouvrage donc, dans tous les sens du terme, dont les éditions Ecrans ont soigné l’aspect avec de belles illustrations pleine page (et une couverture avec la magnifique MIYAZAKI Aoi – le fanboy en moi s’écroule de bonheur). Dommage que quelques coquilles, qu’une relecture plus attentive aurait pu éviter, se remarquent ici et là.

A puisque pour finir, j’aime bien polémiquer, j’aimerai attirer l’attention de l’équipe des éditions Ecrans sur la petite phrase suivante signée Nolwenn Le Minez : « TSUTSUMI Yukuhiko, connu au Japon comme le pape du cyberpunk ». Vous aviez du sacrément abuser de sake pour laisser passer ce genre d’héresie. 😀
La seule boulette, en somme, d’un ouvrage sympathique, qui prouve au delà de toute considération sur le fond meme qu’il y a encore, en France, des éditeurs et rédacteurs assez curieux et courageux pour oser aborder une cinématographie de niche et savoir la présenter au grand public. Quoi ? l’amateur éclairé sera forcément un peu déçu ? bah oui, mais l’amateur éclairé est un raleur de toutes façons.

Le Cinéma Japonais Contemporain
Edité par Ecrans Editions
2012
Prix de vente conseillé : 22 Euros
Disponible dans les bonnes librairies et sur le site http://www.ecrans-editions.com (paiement paypal accepté, envoi rapide et soigné testé et approuvé)

SOMMAIRE

. Mort et vif : le cinéma d’horreur et d’épouvante japonais
par Bastian MEIRESONNE

. La nature à l’écran
par Benjamin THOMAS

. Femmes de lumière : regards sur le cinéma japonais
par Tom MES et Damien PACCELLIERI

. Rires et compagnie : la douce folie des comédies
par Morgan BREHINIER

. La petite lucarne : des séries télévisées au septième art
par Nolwenn LE MINEZ

. La société japonaise en quelques maux
par Damien PACCELLIERI

. Entretien Dix questions à AOYAMA Shinji
par Damien PACCELLIERI

yume

Un bon film doit comporter : sailor fuku, frange, grosses joues, tentacules, latex, culotte humide, et dépression. A partir de là, il n'hésite pas à mettre un 10/10. Membre fondateurs de deux clubs majeurs de la blogosphere fandom cinema asitique : « Le cinema coréen c’est nul » World Wide Association Corp (loi 1901) et le CADY (Club Anti Donnie Yen).

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3 Comments

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  1. Domo arigato !!!

    (La rumeur prétend, que la couv’ n’a été choisie que dans le seul but d’amadouer d’emblée le féroce critique, qui veille en toi)  

    ^^ 

  2. Très sympa ce compte-rendu. Il permet de véritablement prendre conscience des tenants et aboutissants de ce livre, de s’en faire une idée “correcte” (pas le bon mot mais l’autre me reste sur le bout de la langue) aussi bien pour l’amateur éclairé ou non. Ce livre est une très bonne initiative.
     
    > « TSUTSUMI Yukuhiko, connu au Japon comme le pape du cyberpunk »
    Par contre celle-la, elle restera. 😉

  3. Très bonne initiative en effet, je pense que je vais me le prendre, même si je risque d’être un peu déçu, ce genre d’ouvrage est assez rare pour que je le laisse passer.

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