[Film] The Bridge Curse, de Lester Hsi (2020)

Un groupe d’étudiants a testé une légende urbaine sur leur campus durant l’année 2016. Le verdict ? 4 morts et une disparue. 4 ans plus tard, une journaliste effectue un reportage sur les événements et la légende.


Avis de Rick :
Récemment, niveau cinéma de genre qui a des choses à dire, le cinéma Taïwanais a fait fort, nous livrant en l’espace de quelques années Mon Mon Mon Monsters, mais également Detention, qui peut se venter d’être une des meilleures adaptations d’un jeu vidéo. Des films qui sondent la psyché humaine dans ce qu’elle a de pire, en critiquant d’un côté le système scolaire et la jeunesse, et de l’autre une période sombre de l’histoire de Taiwan. Du coup forcément, je suis devenu très curieux, et 2020 semblait être là pour me faire plaisir, avec Get the Hell Out, une comédie où les politiciens se changent en zombies (une bien belle métaphore très actuelle non ?), et The Bridge Curse, qui nous intéresse ici. Un film avec une légende urbaine, un campus, des jeunes pas forcément très intelligent, et une journaliste qui essaye de recoller les morceaux quelques années après de bien tristes événements. Comparé aux autres métrages, on ne va pas mentir, The Bridge Curse fait dans le classique pur et dur. Le principe même de sa malédiction, telle qu’elle est présentée au public au début, n’est même pas franchement nouvelle. Comment ne pas penser au film Coréen Wishing Stairs (troisième opus de la saga Whispering Corridors) lorsqu’il faut monter des marches, de nuit, et qu’à minuit un certain jour, une 14ème marche apparaît, alors qu’il n’y en a normalement que 13 ? Mais comme je le dis souvent, parfois, être classique mais efficace, c’est aussi une très bonne chose, tant que l’équipe derrière le projet sait ce qu’elle fait. Et c’est d’ailleurs pour ça que durant sa première moitié, The Bridge Curse m’a plutôt séduit, en me ramenant à l’époque où la J-horror, c’était bien et encore populaire.

C’est bien filmé, la photographie est agréable, le film utilise divers artifices pour faire monter la sauce sans forcément en faire trop. Obscurité, sons étranges, une chaise qui bouge, le changement de point de vue avec les étudiants qui forcément, se servent de caméras et de leurs téléphones pour immortaliser leur moment de flippe sur le campus en plein milieu de la nuit. Et malgré l’envie claire et nette de juxtaposer deux temporalités différentes via le métrage (en réalité, même trois), jamais le spectateur ne s’y perds, et le film affiche un rythme maitrisé. Alors on peut bel et bien pester contre quelques clichés agaçants du genre qui sont là bien moins maitrisés que le reste. Notamment en ce qui concerne l’écriture des personnages, qui n’ont rien d’exceptionnels, et s’avèrent même pour certains plutôt stupides. De même, on peut dire que certaines situations pour faire peur ne sont pas nouvelles, et utilisées dans ce qu’elles ont de plus classiques. La main qui vient frôler le corps d’un fantôme et ce plusieurs fois, la silhouette floue qui vient apparaître en arrière plan, les caméras de sécurité révélant un élément non présent à l’œil nu. Rien de nouveau, mais la plupart du temps, ça fonctionne plutôt bien. Je dois même avouer qu’un jumpscare, que j’ai pourtant vu venir à des kilomètres, a très bien fonctionné sur moi, tant le film a joué sur l’attente avant de finalement céder à son effet. Et pour ça, je dis félicitations, car rares sont les jumpscares fonctionnant sur moi.

Mais forcément, après un bon 45 minutes qui fonctionnent plutôt bien, et qui sont plutôt bien filmées, le film se lâche alors dans la surenchère. Et là immédiatement, ça fonctionne sacrément moins bien. On a pourtant encore quelques beaux moments, notamment lors de la scène avec tous les mannequins (chose qui a le don de terroriser beaucoup de monde), mais le film se fait beaucoup plus démonstratif, et filme alors son esprit vengeur de manière beaucoup plus frontale, et tout s’écroule. Un fantôme reste crédible quand on le voit peu, qu’il reste dans l’ombre, avant une apparition proprement marquante, comme l’apparition finale de Sadako dans Ring, ou la scène des escaliers dans le premier Ju-On. Mais ici, à force d’accumuler les gros plans, et même tardivement de faire parler son esprit vengeur, The Bridge Curse se tire une petite balle dans le pied. Et à bien du mal à s’en relever, accumulant les bourdes durant ses 20 dernières minutes, malgré le fond de l’intrigue qui se révèle et parvient à surprendre. S’il s’agît là d’une vraie légende urbaine Taïwanaise, bien joué en tout cas, la mettre sur le devant de la scène est intéressant. Le retournement de situation est bien vu également dans ses grandes lignes, à l’exception du tout dernier, prévisible tellement il devient logique. Et c’est dommage en tout cas, car en accumulant les faux pas dans sa dernière partie, The Bridge Curse abaisse fortement le verdict final d’un métrage qui s’il n’invente jamais rien, n’en était pas moins divertissant et agréable.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un film bien filmé
♥ Quelques scènes de tension fonctionnent très bien
♥ Classique mais prenant durant sa première heure
⊗ Trop démonstratif sur la fin
⊗ Parfois, n’évite pas le ridicule
⊗ Assez prévisible pour l’amateur
note2
Finalement assez banal dans son traitement et son imagerie, The Bridge Curse demeure sympathique, notamment grâce à sa première heure maitrisée et rythmée, avant qu’il ne veuille en faire trop dans sa dernière demi-heure et se plante.



Titre : The Bridge Curse – 女鬼橋

Année : 2020
Durée :
1h28
Origine :
Taiwan
Genre :
Fantastique
Réalisation : 
Lester Hsi
Scénario : 
Keng-Ming Chang
Avec :
Ning Chang, Cheng Ko, J.C. Lin, Summer Meng, Vera Yen et Wan-Ru Zhan

 The Bridge Curse (2020) on IMDb


Galerie d’images :

0 0 votes
Article Rating
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments