[Film] Sentenced to Hang, de Taylor Wong (1989)


Dans le Hong-Kong des années 40, trois jeunes garçons se jurent fidélité par un pacte entre eux. Quelques dizaines d’années plus tard, pour échapper à un mode de vie modeste et précaire, Ah Huai, Quiang et Ah Jing décident de faire un kidnapping contre rançon. Hélas, l’opération ne tourne pas comme prévue…


Avis de Eric Draven :
« Sentenced to Hang » est tiré d’une histoire vraie : c’est l’une des premières affaires criminelles vraiment sérieuses à Hong Kong. La bande annonce est particulièrement révélatrice à ce niveau-là : réalisée sous forme de micro-trottoir, il est intéressant de constater que seules les personnes âgées se souviennent de ces crimes (qui ont eu lieu dans les années 60). Pour le producteur Johnny MAK, également responsable de « To Be Number One », autre histoire vraie sur l’un des plus grands gangsters de Hong-Kong, c’est l’occasion de rafraîchir la mémoire à tous ceux qui avaient oublié ce drame et d’en faire, par la même occasion, un film coup de poing.

Tony LEUNG, Kent CHENG et Elvis TSUI sont trois amis d’enfance. Chacun essaie de se faire une place à sa manière, malgré un certain mépris autour d’eux (Tony LEUNG est constamment humilié par son patron, Kent CHENG est dénigré par son entourage etc…) et un mode de vie assez modeste. Pour se sortir de cette situation, ils décident de kidnapper le fils d’un riche magnat et de lui demander une rançon en échange. Hélas, tout ne se passe pas comme prévu : ils tuent malencontreusement l’otage. Pour eux commence alors une véritable descente au enfer dans la violence et le meurtre… Déjà auteur de « Triade The Inside Story » avec Chow YUN FAT, le réalisateur Taylor WONG a su s’entourer d’excellents acteurs. Dans les rôles principaux, on retrouve Tony LEUNG (« L’Amant » ou « Le Syndicat du Crime 3 », tourné la même année), Elvis TSUI (« Long Arm of the Law 2 et 3 », autres productions MAK, ou encore « Eternal Evil of Asia » durant sa période catégorie III) et Kent CHENG (le flic pourri de « Crime Story »). Tous les trois sont parfaits : ils arrivent à rendre leurs personnages attachants et humains. C’est une des plus grandes qualités de ce film où tout repose sur leur interprétation et leur aptitude à faire passer des émotions vraiment intenses (et ce malgré leur caractère assez caricatural). Le spectateur suit l’action de leur point de vue et se range naturellement de leur côté, car ils sont présentés comme des victimes d’une situation qui leur échappe complètement et les amène inévitablement vers une impasse fatale. Dans une scène du film, ils prennent la décision du kidnapping à pile ou face : cela renforce cette idée d’un destin maudit, d’une vie qui leur échappe et qu’ils ne contrôlent pas. Heureusement, quelques petites touches d’humour, apportées de temps en temps par les acteurs, viennent équilibrer la (trop ?) grande tension dramatique présente tout au long du film.

Comme la plupart des productions Johnny MAK, la réalisation du film est très soignée (voir à ce titre les superbes « Sword of Many Loves » et « To Be Number One ») : une photographie sombre mais propre, une très belle musique, triste et mélancolique. Elle transcende le jeu des acteurs à la perfection. Sans effet tape à l’œil inutile, le réalisateur préfère se concentrer sur les acteurs et le réalisme de l’histoire. Par rapport à l’ambiance, le premier meurtre dans la forêt m’a étrangement fait penser à une scène quasi identique dans le film anglais « Petits Meurtres Entre Amis » de Danny BOYLE, tourné cinq ans plus tard. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence… La fin est d’une puissance émotionnelle hallucinante, comparable à « Till Death do us Part » de Daniel LEE. Elle offre également une réflexion très juste sur la peine de mort encourue par les criminels à travers les différents problèmes de chaque personnage. Cette séquence est forte, tendue et triste : il est impossible d’y rester insensible. Je pense que c’est pour cela qu’à sa sortie, le film a été classé catégorie III par la censure. A noter que ce film a été le premier à avoir obtenu cette classification pour un film non érotique ou gore. Ces scènes offrent la possibilité à de grands numéros d’acteur : Elvis TSUI va faire un bouleversant adieu à sa mère, Tony LEUNG attendra désespérément sa femme qui ne pourra venir à temps… la musique participe beaucoup au désespoir, à la tristesse de ses personnages. De plus, une mise en scène efficace appuie ce climat de malaise général : la première exécution, seulement suggérée, est vraiment dérangeante, le décor et la photo sont très glauques, la vision d’un des condamnés se pissant dessus et perdant connaissance en entrant dans la chambre d’exécution est purement effrayante et renforce le coté malsain dégagé, etc…

LES PLUS LES MOINS
♥ Trio d’acteurs parfait
♥ Personnages attachants
♥ Grosse tension dramatique
♥ Réalisation très soignée
⊗ Photographie un peu sombre

Ce film est comparable à « La Dernière Marche » ou « La Vie de David Gale » pour la gravité du sujet traité et pour leur tension dramatique énorme. Il mérite aussi d’être vu pour ses acteurs exceptionnels et son final tendu, sans concession. Fortement conseillé !



Titre : Sentenced to Hang / 三狼奇案
Année : 1989
Durée : 1h45
Origine : Hong Kong
Genre : Polar / Drame
Réalisateur : Taylor Wong
Scénario : Stephen Shiu, Johnny Mak

Acteurs : Tony Leung Ka-Fai, Kent Cheng, Elvis Tsui, Stuart Ong, Tien Feng, Carrie Ng, Kiki Sheung, Wang Lai, Yu Kwok-Lok, Wai Gei-Shun, Hui Ying-Sau, Wong Hung

 Sam long kei on (1989) on IMDb


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Auteur : Eric Draven

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