[Film] April Story, de Iwai Shunji (1998)

Uzuki quitte Hokkaidō pour intégrer une prestigieuse université à Tokyo : jeune femme réservée par nature, Uzuki va néanmoins tenter de s’intégrer au monde étudiant, et à la vie quotidienne tokyoïte en général. Pour cela elle dispose d’un atout de choc et de charme : un sourire irrésistible, distillant bonne humeur et rayons de soleil… même sous les pluies les plus difficiles.


Avis de Rick :
April Story est souvent considéré comme un film mineur dans la carrière d’Iwai Shunji. Mineur, et moins bon. S’il est très facile d’affirmer le premier point, il n’en demeure pas moins un beau moment de cinéma. Mais oui, forcément, en sortant en 1998, en étant situé pile entre Swallowtail Butterfly et All About Lily Chou-Chou, April Story a plus une odeur de petite pause légère que du grand film. Ce qui expliquerait sans doute d’ailleurs sa très courte durée, 1h07 seulement au compteur. Mais April Story n’en est pas pour autant ni un mauvais film, ni un film inintéressant, ni une perte de temps. Il s’inscrit, certes de manière plus légère, clairement dans la carrière de son metteur en scène, qui adore nous parler de la jeunesse Japonaise à des moments clés de leur vie. Et ici, le moment clé de la vie de notre héroïne, Nireno Uzuki, c’est le moment où elle quitte sa région natale au nord d’Hokkaido, pour rejoindre Tokyo et y étudier à l’université. Pourquoi Tokyo ? Pourquoi pas, elle n’aura pas non plus la réponse à cette question. Alors oui, comme je le disais, soyons clairs dés le départ, April Story est un film plus léger, moins important, prenant sans doute également moins de risques, étant narrativement et visuellement beaucoup plus simple que d’autres métrages du réalisateur, mais aucunement dénué de qualités. C’est en effet très bien filmé, la musique est douce et plaisante, la photographie très jolie, et une poignée de scènes arrivent néanmoins à sortir du lot.

En réalité, le plus grand changement comparé à d’autres films du réalisateur, c’est son héroïne. Uzuki, jouée par Matsu Takako (que l’on retrouvera bien plus tard et plus adulte chez Nakashima Tetsuya, dans Confessions puis It Comes). Une jeune quittant sa terre natale pour la grande ville, et qui va donc vivre dans un nouvel environnement, où elle ne connaît personne, va devoir apprendre la vie, se faire des amis, s’installer seule. Mais plutôt que de souffrir en silence, de sentir cette solitude comme un fardeau, Uzuki est souriante, tout le temps, en toute circonstance. Elle se laisse parfois embarquer dans des aventures inattendues, comme losqu’elle rejoindra un club à l’université… le club de pèche ! Quand elle rencontrera sa voisine, cachée derrière sa porte comme si le coin étant mal famée, et qu’on lui refusera une invitation, elle ne déprimera pas dans son coin, elle gardera le sourire. Elle positive en réalité, et c’est cet aspect qui transparaît tout le long du film. April Story est un film plus simple, mais aussi plus court, et plus positif. Le réalisateur adopte le point de vue de son héroïne. Même visuellement, il se dégage quelque chose de très doux d’April Story, et fatalement, en situant son intrigue lors de la reprise des cours à l’université en Avril, Iwai Shunji bénéficie de couleurs chatoyantes, de fleurs de cerisiers partout donnant un aspect encore plus doux.

Et du coup, suivre les aventures de notre étudiante est un petit plaisir. Iwai en plus, soigne comme toujours l’enrobage, et arrive à nous fournir une poignée de scènes franchement très réussies, comme la scène des parapluies lors du final. Il rend quelques moments anodins de la vie amusants (ce passage au cinéma), se refuse à aller dans des tons graves, et April Story se savoure en réalité comme un petit bonbon acidulé qui fait plaisir. Simple voir simpliste, mais maitrisé et doux, agréable et court. Sa courte durée d’ailleurs, elle joue en sa faveur, car ce genre d’histoires, elle n’est pas nouvelle dans le paysage cinématographique Japonais, où la jeune fille qui arrive dans la grande ville est souvent synonyme de faux pas, de découvertes, et de romances. Mais ici, le tout est traité de manière simple, directe, et évite certains clichés habituels. Si vous attendez une romance, un bisou au ralenti sous les fleurs de cerisiers, mauvais film, vous serez déçu. Iwai soigne son film, évite soigneusement quelques pièges, parvient même à livrer quelques scènes marquantes, et du coup, malgré sa simplicité, demeure un excellent métrage, qui a en plus le don de marquer une petite pause positive dans la carrière de son réalisateur, et donc un film plus simple et facile à encaisser en cas de marathon de la part des spectateurs.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un film doux et léger
♥ Belle mise en scène
♥ Matsu Takako, convaincante
♥ Quelques moments qui marquent
♥ Très court, 1h07
⊗ Un film plus simpliste
note3
Souvent oublié puisque sortant entre Swallowtail Butterfly et All About Lily Chou-Chou, April Story est un film plus court, plus léger, en apparence plus simpliste aussi, et c’est le cas, même si les personnages peuplant l’aventure montrent une certaine profondeur thématique.


Titre : April Story – 四月物語 – Shigatsu Monogatari
Année : 1998
Durée :
1h07
Origine :
Japon
Genre :
Drame
Réalisation :
Iwai Shunji
Scénario :
Iwai Shunji
Avec :
Matsu Takako, Tanabe Seiichi, Kato Kazuhiko, Fuiji Kaori, Shiomi Sansei et Mitsuishi Ken

 Shigatsu monogatari (1998) on IMDb


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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Oli
Éditeur
10 mai 2022 4:22

Oui, un petit film absolument délicieux, que j’avais chroniqué je crois à l’époque de feu Hkmania. J’etais en pleine période Iwai.