[Film] The Longest Nite, de Patrick Yau (1998)


Mr K et Mr Hung, chacun à la tête de gangs rivaux, tentent de se rapprocher afin de mieux gérer leurs affaires à Macao. Toute la racaille de la ville semble être au courant, surtout depuis qu’une rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre : un contrat aurait été lancé pour obtenir la tête d’un des deux leaders. L’espace d’une nuit, Sam, un flic corrompu jusqu’à l’os et aux ordres de mafieux, tentera d’enrailler toute tentative d’assassinat. Jusqu’à ce qu’il croise la route d’un drôle de type à l’air absent, errant sans raison visible dans les rues de Macao, un vieux sac de sport Adidas en travers de l’épaule…


Avis de Cherycok :
1er juillet 1997, date de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine. Une date très importante pour la population mais aussi pour l’industrie cinématographique locale qui va se retrouver toute chamboulée. 1997, c’est l’arrivée de la nouvelle vague de polars hongkongais sous la houlette de la Milkyway Image, la boite de production indépendante de Johnnie To. Vont se succéder A Hero Never Dies, Expect the Unexpected, The Longest Nite, Where a Good Man Goes, Running Out of Time, The Mission, Fulltime Killer et bien d’autres. Intéressons-nous aujourd’hui au cas The Longest Nite (1998). Un film culte pour bon nombre d’amateurs de peloches HK, pour certains même le meilleur de la firme, mais qui n’aura pas eu sur moi l’effet escompté. Oui, The Longest Nite m’a déçu, j’en suis le premier surpris. L’aurais-je vu trop tard ? Peut-être. Une chose est sûre, c’est que je ne vais pas me faire des amis…

La conception de The Longest Nite aura été un peu particulière. Son réalisateur Patrick Yau, même s’il est crédité seul au générique, n’aura réalisé que cinq scènes du film avant de se faire écarter par Johnnie to et Wai Ka-Fai. Les deux comparses réécrivirent la quasi intégralité du scénario et Johnnie To reprit les rênes de la réalisation, un peu comme l’avait fait Tsui Hark lorsqu’il avait réalisé The Big Heat en 1988. Ils délocalisèrent l’action à Macao et profitèrent de l’ambiance particulière à ce moment-là sur l’ancienne colonie portugaise. Le film était attendu, la presse locale ayant même écrit des articles sur la boule à zéro que Lau Ching-Wan (Big Bullet, Lifeline) arbore dans le film, et le score au box-office fût plutôt correct, tout comme les critiques de la presse locale et internationale qui étaient plutôt bonnes. Mais aurais-je dû voir le film plus tôt, à la même période où j’ai découvert tous les autres films cités en introduction ? Est-ce que le fait d’avoir vu plein d’autres films avec des flics qui collaborent avec la pègre locale (la saga Infernal Affairs, moult bobines coréennes, …) bien avant ce Longest Nite ne m’ont pour le coup pas un peu gâché le film ? Avais-je déjà peur de ne pas aimer ? Peut-être… Mais même en occultant cela et en prenant le film tel quel, il y a pas mal d’aspects qui selon moi sont gênants pour offrir un vrai plaisir de cinéma.

Tony Leung Chiu-Wai (A Toute Epreuve, Chungking Express) et Lau Ching-Wan sont tous les deux des acteurs qui ont prouvé maintes fois leur solidité quel que soit le genre de personnages qu’ils avaient à interpréter. Mais ici, ça ne fonctionne pas. Tony Leung Chiu-Wai ne semble pas être à sa place et son personnage aurait mérité un acteur avec un charisme différent, avec une gueule bien plus cassée. Lau Ching-Wan de son côté semble offrir le strict minimum et son personnage passe très rapidement en second plan. Il manque également cette alchimie entre les deux protagonistes qu’on retrouve parfois dans certains films du genre et le manque total de développement des personnages ne permet à aucun moment une once d’empathie pour l’un ou pour l’autre.
L’ambiance noire, violente, claustro et même parfois craspec, fait son petit effet. Mais la mise en scène de Patrick Yau / Johnnie To est remplie d’effets visuels gratuits, qui n’ont souvent pas lieu d’être, et qui rendent au final la réalisation de certaines scènes plutôt brouillonne. Certes, il y a de bonnes idées, comme cette scène finale avec les miroirs (même si déjà vu dans Mon Nom est Personne ou La Dame de Shanghaï), point d’orgue de leur confrontation. Mais c’est déjà trop tard à cause d’une révélation divulguée trop tôt dans le film. Et quelle idée de faire ce remix dégueulasse du magnifique thème de Midnight Express !?! Malgré tout, le film reste agréable à regarder et sa courte durée permet au moins d’aller rapidement dans le vif du sujet et de ne pas s’ennuyer. Mais clairement oui, c’est une grosse déception.

LES PLUSLES MOINS
♥ L’ambiance générale du film
♥ Peu de temps mort
⊗ Manque de développement
⊗ Mise en scène brouillonne
Au risque de m’attirer les foudres de bon nombre de passionnés de films HK qui voient là un des meilleurs polars de l’ex-colonie britannique, The Longest Nite n’est pas la claque annoncée. Plombé par un scénario qui a du mal à être crédible, des personnages creux et un sacré manque de consistance, la déception était quasi-totale.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Nomination au prix du meilleur acteur (Tony Leung et Lau Ching-Wan), meilleur réalisateur, meilleur montage et meilleur scénario, lors des Hong Kong Film Awards 1999, mais aucun prix remporté.
• Prix du film du mérite lors des Hong Kong Film Critics Society Awards 1999.


Titre : The Longest Nite
Année : 1998
Durée : 1h24
Origine : Hong-Kong
Genre : Macau by night
Réalisateur : Patrick Yau
Scénario : Szeto Kam-Yuen, Yau Nai-Hoi

Acteurs : Lau Ching Wan, Tony Leung Chiu Wai, Maggie Siu, Jimmy Lee Fong, Lo Hoi-Pang, Mark Cheng, Ching Siu-Lung, Sunny Fang, Lam Suet, Wong Tim-Lam

 Am faa (1998) on IMDb


Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

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5 Comments

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  1. Pour moi on n’est pas loin du chef d’œuvre. Le film a un vrai côté viscéral, hors du temps… Tout cela m’a donné envie de le revoir !

    1. J’étais sur que tu allais intervenir ^_^ Je n’ai jamais ressenti le côté vicéral moi. Je ne suis pas arrivé à rentrer dans le film pour toutes les raisons que j’évoque.

      1. Mais je sais que tu savais que j’allais intervenir, ahahah ! THE LONGEST NITE c’était quand même mon film culte de la grande époque Hkmania, ce fut même mon avatar pendant très longtemps.

        Zut je vais verser une petite larme de nostalgie…

        1. Oui oui je sais bien. Mais à l’époque déjà, je ne l’ai jamais regardé car, après avoir vu la bande annonce, je ne le sentais pas, je ne savais pas trop pourquoi. Contrairement à plein d’autres Milkyway (bons ou mauvais) ou là je me suis lancé sans me poser de questions. Alors, s’il faut, j’aurais aimé à l’époque hein. S’il faut, pas. Mais voilà, là je suis ressorti super mitigé. Iris n’a pas trouvé ça exceptionnel non plus. D’où ma grosse déception…

  2. Je m’en souviens plus beaucoup mais j’avais trouvé ca bien mais trop stylisé comme pas mal de film HK de cette époque.

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