[Film] La Rose de Fer, de Jean Rollin (1973)

Lors d’un mariage, deux jeunes gens sont attirés par leur regards, lui, poète rencontre la jeune fille de ses rêves. Elle est belle et innocente. Lui est un jeune poète à l’esprit de Bohême. Il récite un poème et ils se retrouvent ensuite dans le jardin d’une grande maison où a lieu ce mariage. Les amoureux se donnent rendez-vous un dimanche matin pour faire du vélo dans une gare de marchandises et finissent leur randonnée dans un cimetière où le jeune homme y tire son inspiration dans le silence. Entre deux poèmes ils courent à travers les tombes. Ils s’embrassent et finissent par descendre à l’intérieur d’une tombe où ils vivent pleinement leurs passions. La nuit les surprend en sortant du caveau. Les malheureux n’arrivent plus à trouver la sortie. Ils sont fascinés par ce lieu de mort mais deviennent peu à peu déments, pensant qu’ils ne trouveront jamais la sortie et que cette nuit sera éternelle.


Avis de Rick :
En seulement quatre ans, Jean Rollin aura réalisé quatre films, sur des vampires. Il tombe alors sur le cimetière d’Amiens en Picardie, et en tombe amoureux. Il écrit alors une courte nouvelle, puis l’adapte en scénario. Le concept est simple : une nuit, un lieu, deux personnages. Un homme rencontre une jolie jeune femme lors d’un repas de mariage, et tombe amoureux immédiatement. Il lui propose un rendez-vous le jour suivant. Commence alors une journée en amoureux, à se balader, avant que les deux tourtereaux n’arrivent dans le fameux cimetière. Ils s’y retrouvent enfermés une fois la nuit tombée. Commence alors le film, le vrai film de Jean Rollin, une nuit d’errance poétique au milieu des tombes, des caveaux, des squelettes, de la mort et donc, par extension, de la vie.

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Beaucoup considèrent La Rose de Fer comme étant le film le plus personnel de Jean Rollin, et également comme étant son meilleur film, son chef d’œuvre. Difficile de ne pas leur donner raison, et ce dès la sublime scène d’ouverture, où l’on découvre Françoise Pascal sur une plage bien connue des fans de Rollin, caressant une rose de fer déposée là par les vagues, le tout sur une musique douce et poétique de Pierre Raph. Les moments suivants, servant à mettre en place les deux personnages principaux, s’avèrent pourtant moins prenant, mais toujours poétique, notamment grâce au hasard, puisqu’en se levant un matin pour tourner dans une gare abandonnée, l’équipe trouvera une épaisse brume sur les lieux. Brume donnant un aspect surréaliste, poétique, coupé du temps. Nos personnages évoluent, coupés du monde, coupés du temps, et se retrouvent alors dans le cimetière.

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Avant même la tombée de la nuit, Jean Rollin filme son cimetière comme un personnage à part entière, et le peuple de quelques personnages, humains eux, mais forts étranges, à l’image de ce petit bossu (joué par Rollin lui-même), ou ce clown venant poser des fleurs sur une tombe ornée de chapeaux… de clowns. Si l’image du clown est souvent présente dans l’univers de Rollin (les deux personnages fuient dans Requiem pour un Vampire en étant maquillés en clowns, le clown est le gardien dans Les Démoniaques l’année suivante), il lui donne ici une signification poétique totalement surréaliste, et réussie. Si l’on pourra toujours pester contre certains dialogues prononcés de façon théâtrale et bien trop distante, à la tombée de la nuit, le film prend alors son envol. Jean Rollin soigne sa mise en scène comme jamais, livrant à chaque plan un véritable tableau, une peinture agréable à l’œil. Les déambulations de ces deux personnages principaux, en proie à la folie, si elle se fait extrêmement lente, ne semble pas longue. Car outre sa mise en scène travaillée, sa photographie magnifique, son décor très bien trouvé, Rollin a un autre atout dans sa poche. Deux autres même finalement. Le premier, ce sera l’actrice Françoise Pascal, totalement investie dans son rôle.

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Toujours dans le bon ton, la jeune actrice semble totalement habitée par son personnage. Le peu de lignes de dialogues à sa disposition mettront en avant le côté poétique de son basculement dans la folie, inversant ainsi son rôle avec celui de son petit ami. La peur pour ces lieux gagnera l’homme, tandis que la femme sera comme fascinée, voir possédée. Encore aujourd’hui, la jeune femme garde un excellent souvenir de ce tournage, de cette expérience, et de son travail avec Jean Rollin, parvenant même à rire des conditions de travail (un tournage principalement de 18h à 6h du matin, une scène nue sur la plage avec une température glaciale). L’autre atout est son scénario, puisque Rollin, même si son scénario tient en quelques lignes, soigne la narration de celui-ci, et surtout place au bon moment des instants plutôt magiques, comme la chute dans la fosse où les personnages se retrouvent au milieu des squelettes, ou la danse de Françoise Pascal dans les allées. Ou tout simplement justement ces quelques instants imagés où l’actrice déambule nue sur la plage. La Rose de Fer regorge de moments poétiques de cet acabit, jusqu’à ce final surprenant. Le scénario, en allant à l’essentiel sans chercher à expliquer quoi que ce soit (le personnage devient-il fou ? Est-elle possédée par un esprit ?), y trouve sa plus grande force. Sans doute l’un des meilleurs films de son auteur.

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LES PLUSLES MOINS
♥ Une ambiance poétique prenante
♥ Des plans magnifiques
♥ Françoise Pascal
♥ Un propos intéressant qui n’en fait pas trop
⊗ Quelques défauts dans le son
note8
Rollin signe un film pour se faire plaisir, et livre un moment poétique très réussi. Lent, poétique, anti commercial, La Rose de Fer est un de ses meilleurs films.

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Rose de ferTitre : La Rose de Fer

Année : 1973
Durée :
1h20
Origine :
France
Genre :
Fantastique
Réalisation : 
Jean Rollin
Scénario : 
Jean Rollin
Avec :
Françoise Pascal, Hughes Quester, Natalie Perrey et Mireille Dargent

 The Iron Rose (1973) on IMDb


Galerie d’images:

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Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

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11 Comments

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  1. Bonjour à tous,
    Je visite souvent ce blog et ne laisse jamais de com’, mais comme ce film a été tourné dans ma ville je voulais apporter deux trois précisions.
    Tout d’abord le nom du cimetiere nest pas le cimetière d’Amiens mais le cimetiere de la madeleine à Amiens (d’ailleurs Jules Verne y est enterré), et quelques scènes sont tournées à Amiens à savoir la cathédrale d’Amiens (qui est magnifique) et le quartier saint leu devenu populaire grâce à une émission que d’aucuns qualifieraient de (passez moi l’expression) “putassiere”, et dont je tairais le nom.
    Pour le film en lui-même, comme rare sont les films tournés à Amiens j’ai été curieux de le voir, et je vais n’être d’aucune aide, mais je me suis franchement ennuyé, je n’ai pas adhéré au style de pierre Rolin que l’on m’avait tant Conseillé, une seconde vision peut être s’impose.

  2. Et c’est dommage que tu ne laisses jamais de commentaire, car c’est toujours sympathiques les discussions ^_^

    1. Oui c’est vrai, d’autant plus que je suis un nostalgique de Hkmania ou je postais pas mal il y a une bonne dizaine d’années si ce n’est plus

       

  3. On peut ne pas adhérer, c’est tout le partit pris des réalisateurs flirtant avec le surréalisme, le poétique et l’expérimental qui savent dès le départ que l’unanimité n’est pas pour les jusqu’auboutistes. Rollin l’a vécu dès la sortie de son premier long métrage en salle, avec des réactions vives et des critiques désastreuses qui le suivront à chaque sortie de film. Les critiques de Rick réhabilitent le génie du cinéaste. Mais il n’en demeure pas moins que ça ne touche pas tous les publics 😉 , dussent ses films être tournés à Amiens 🙂

    1. Tout à fait, pourtant je suis très ouvert niveau culture (quoique 98% des films qui passent au cinéma et de la musique en radio ne me plaisent pas ^^). Et Rolin sur le papier avait tout pour me plaire, mais pour le coup je ne suis pas réceptif, dommage, mais je sais apprécier un artiste qui à son univers et qui l’assume jusqu’au bout, je lui tire meme mon chapeau, d’ailleurs son style m’a beaucoup fait penser à Jesus Franco (peut être qu’on va me jeter des pierres) auquel je n’accroche pas non plus :-/

      1. “quoique 98% des films qui passent au cinéma et de la musique en radio ne me plaisent pas ^^”

        Bienvenue au club !!!!

        1. Comme je vous plais, je serait plutôt dans l’excès inverse tout m’intéresse.

  4. J’arrive tardivement dans la discussion (ah les réveils tardifs)

    Bonjour à toi Xtof. Et merci de ton commentaire, et de tes précisions. Rollin tout comme Franco ont en effet des styles bien à eux, bien spéciaux. On ne pourra dans un sens pas leur reprocher de faire les choses à leur façon, après c’est sûr qu’il faut adhérer. Et je comprend parfaitement que ce ne soit pas le cas. J’ai découvert Rollin tardivement en me disant qu’il fallait au moins que j’en vois un! J’étais tombé sur une bonne pioche, j’ai continué, après je n’ai pas tout aimé, loin de là, il y en a de bien mauvais à mes yeux, mais j’ai trouvé l’exploration de son univers intéressante.

    Le parallèle avec Franco est intéressant, surtout qu’ils ont tous les deux bossés pour Eurociné à une époque, et ont tous les deux eu de gros déboires avec eux (je ne sais plus quel film, Eurociné avait voulu resortir le film 10 ans après et a demandé à Rollin de tourner une nouvelle fin pour ajouter des morts vivants et le faire passer pour un nouveau film…). Franco c’est un peu pareil, il y a à boire et à manger chez lui, il y a quelques films que j’adore (beaucoup), d’autres que je déteste (énormément, de toute mon âme).

    1. Si j’en crois le glossaire établi par Nanarland, Eurociné serait, je schématise hein, le The Asylum français c’est ça? Bon les requins en moins hein …. De quoi faire flancher Chery sur la filmo de Rollin (c’est bon, je retire, arrêtez avec vos cailloux)

      1. Pour bien comprendre Eurociné, il faut se pencher sur le film Le Lac des Morts-Vivants, signé sous pseudo par Rollin, tourné dans des conditions catastrophiques…. absence de scénar, vieille caméra trouvée je ne sais où qui ne filmait jamais à la bonne vitesse, qualité de production néant. Le film devait être réalisé justement par Franco, qui genre 3 jours avant le tournage s’est barré, se disant sans doute qu’il n’y avait aucun intérêt.

  5. C’est pas réellement le genre de ciné qui m’interesse, donc y’a peu de chance que j’y jette un oeil ^^

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