[Film] Malveillance, de Jaume Balaguero (2011)


César, concierge dans une résidence bourgeoise, est le gardien d’immeuble idéal. Tous les locataires le connaissent sans le voir. A force de générosité, il a su se rendre indispensable auprès d’eux, toujours prêt à rendre service. Mais ce que les locataires ignorent, c’est que César possède aussi la clé de chaque appartement. La nuit venue, il s’immisce dans leurs vies, en particulier celle de Clara, une jeune femme insouciante…


Avis de Cherycok :
Un film de plus que je traine dans ma collection depuis des années et un film de plus que j’aurais dû regarder depuis bien longtemps. Oui, autant le dire de suite, Malveillance est un très bon film et il aurait mérité un visionnage et une chronique depuis longtemps. Auréolé de nombreux prix, Malveillance est un thriller claustrophobique minutieusement construit par Jaume Balaguero, réalisateur espagnol qui a de nombreuses fois fait ses preuves puisqu’on lui doit, entre autres, les films La Secte Sans Nom (1999), Darkness (2002), Fragile (2005), [Rec] (2007), [Rec]² (2009) ou encore plus près de nous Muse (2017). Avec Malveillance, il nous raconte l’histoire de César, un concierge parfait, du moins en apparence, un peu trop serviable pour être honnête, qui va s’avérer être un manipulateur malveillant, le genre de psychopathe qu’on espère tous ne jamais rencontrer. Jaume Balaguero signe ici sans doute son meilleur film, une œuvre froide, puissante, malaisante, servie par des acteurs au sommet de leur art.

Jaume Balaguero réussit le tour de force de nous présenter en à peine quelques plans ses personnages, son décor, son intrigue. En à peine quelques minutes, on découvre le quotidien de César, ses habitudes, sa solitude, l’indifférence que lui portent bon nombre de ses congénères car, après tout, il n’est que concierge dans un immeuble cossu. Tout est en place très rapidement, déjà on éprouve une forme d’empathie pour le personnage, voire de pitié, il ne reste plus au réalisateur qu’à prendre le temps de lancer son piège. Le piège, il est destiné à Clara. Car Clara est souriante, heureuse quelle que soit la situation. Et César ne le supporte pas. Il n’est pas heureux dans sa vie et il a décidé que les gens de son immeuble ne doivent pas l’être non plus. Il prend du plaisir à les voir malheureux, ce qui, dans un sens, est la seule chose qui le rend heureux. Sauf que la jolie Clara lui résiste et César va donc tout faire pour arriver à ses fins. Rien de bien méchant au début, mais, voyant que rien ne fonctionne, il va rapidement se faire de plus en plus envahissant, de plus en plus intrusif. Et César maitrise parfaitement l’art de manipuler les gens sous ses airs serviable et bienveillant.
Mais le piège est également destiné au spectateur. Car là où Balaguero est très fort, c’est que l’empathie qu’on éprouve en début de film pour César, on la garde une bonne partie du métrage, et ce malgré tous les éléments extrêmement malsains qu’il incorpore à son film, malgré les agissements complètement immoraux de César. On arrive à avoir peur que Clara découvre ses stratagèmes alors que ce qu’il est en train de faire est particulièrement affreux. On s’en rend compte très précisément lors de la partie de « cache-cache » dans l’appartement de la demoiselle, au point qu’on réalise immédiatement qu’on ne devrait éprouver aucune empathie pour un psychopathe pareil. Oui, c’est très fort. Et aussi un peu dérangeant.

Si ça marche autant, c’est grâce au talent du génial Luis Tosar (Celda 211, Musarañas) qui incarne César. Absolument parfait en control freak constamment au bord de l’explosion, inquiétant à souhait, le duo qu’il forme avec la resplendissante Marta Etura (Celda 2011, Les Derniers Jours) fonctionne à merveille. C’est d’autant plus perturbant d’apprendre qu’ils étaient ensemble dans la vie lors du tournage du film. Au talent des acteurs, il faut ajouter une mise en scène extrêmement soignée. Tout y est millimétré. La gestion de l’espace est un exemple de précision (rappelons que nous sommes dans un huis-clos dans un immeuble), l’ambiance sonore est excellente (on a parfois l’impression d’entendre du Goblins), et la photographie est maitrisée, claire ou foncée en fonction des personnages qui sont à l’écran, puis entre les deux lorsque César se fait bien trop présent dans la vie de Clara. Le scénario est très bien écrit, de façon à faire monter la pression crescendo au fur et à mesure que le piège se referme sur les personnages, et certaines scènes arrivent à instaurer un gros malaise tant elles virent dans le politiquement incorrect (même si l’ensemble n’est pas exempt d’humour très noir). La fin est d’ailleurs une des plus immorales qu’il m’ait été donné de voir mais on regrettera que le film n’aille pas parfois plus loin (la confrontation avec la fillette par exemple). L’exercice qui consiste à nous raconter l’histoire du point de vue du méchant n’est pas le plus simple qui soit, mais Jaume Balaguero y arrive haut la main.

LES PLUSLES MOINS
♥ Très bon casting
♥ Belle mise en scène
♥ Tendu de bout en bout
⊗ Petit ventre mou
Avec Malveillance, Jaume Balaguero signe une de ses meilleures bobines, si ce n’est la meilleure. Tendu, malaisant, malin, inquiétant, il est surtout extrêmement bien mis en scène et porté par des acteurs parfaits. Un très bon film.



Titre : Malveillance / Mientras Duermes
Année : 2011
Durée : 1h42
Origine : Espagne
Genre : Regardez sous votre lit
Réalisateur : Jaume Balaguero
Scénario : Alberto Marini

Acteurs : Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan, Petra Martinez, Iris Almeida, Carlos Lasarte, Amparo Fernandez, Roger Morilla, Pep Tosar

 Malveillance (2011) on IMDb


Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

14 Comments

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  1. Fragile, du même réal, est bien aussi. Darkness sympa même si un brin trop classique.
    Mais je crois comprendre que tu n’aimes pas trop les films d’horreur avec fantômes et tout ça. Tu préfères les gros méchants humains, non ?^^

    Pas encore vu ce Malveillance. Faudrait que je tente.

    Il parait que Muse est confus et pas terrible par contre.

  2. C’est ca, les trucs de fantomes,pas trop mon trip. J’en ai vu plusieurs hein, mais voilà, ca ne me fait pas peur, ca ne me provoque pas d’émotions particulières, car je n’y rentre pas dedans en general. Et du coup bah ca fait pschitt.
    Malveillance, je te le conseille, vraiment très très bon.

    1. Luis Tosar est un habitué des rôles de mecs flippants.
      C’est un tordu dans Musaranas, même si on ne le voit que dans des flash back pour raconter l’enfance horrible des 2 femmes.

      1. Vi, il a une tête inquiétante quoi qu’il arrive, et là il est parfait pour le rôle

      2. Tu l’as vu Musaranas ou pas encore ?

        1. Non pas encore, il fait partie de ces nombreux films espagnols que j’ai en stock.

  3. Un Balaguero que j’ai depuis sa sortie… mais toujours pas vu, il traîne toujours, et je passe souvent devant quand je dois trouver quoi regarder. Je ne savais pas qu’il avait aussi bonne réputation, c’est bon à savoir.
    Sinon je confirme, Darkness est sympa, mais loin d’être inoubliable. J’avais trouvé pour ma part qu’il n’arrivait pas à digérer ses influences principales (Shining pendant la première heure, Silent Hill pour les idées visuelles sur la fin).

    1. La fin avait quand même de la gueule^^
      Mais ouais de Balaguero je préfère Rec, Fragile, et aussi le téléfilm “à louer” de la série TV “peliculas para no dormir” (De la Iglesia a aussi fait un épisode)

      1. Vi, “La Chambre du Fils”

        1. Tu as vu les épisodes des autres réalisateurs ? Je ne les connais pas.

          1. Non non, je n’en ai vu strictement aucun. J’ai celui de De La Iglesia dans un coin mais jamais vu… C’est comme les MAsters of Horror dans les années 2000, j’en ai vu aucun, pas attiré par le côté “anthologie” de la chose

            1. ça ne change rien le côté anthologie. Tu n’as qu’à faire comme si c’était des films indépendants. Juste plus courts.
              La saison 1, j’en conseille environ 10 sur 13.
              La saison 2, plutôt 4 sur 13^^ (pas mal de trucs un peu nazes dans la saison 2.)

  4. Punaise…
    Ben j’ai pas trop ressenti ce sentiment de complicité avec le concierge hein^^
    Enfin oui on se surprend à compatir au début alors qu’il ne parvient pas à se sentir bien et est au bord du suicide, mais à la fin punaise il a dépassé toutes les bornes, quelle ordure finie !
    ça me frustre un peu qu’il s’en sorte peinard après avoir ruiné la vie de gens comme ça, tranquille…
    Enfin ouais un film n’est pas forcément là pour être bien moral et tout…mais quelque part ça fait chier cette fin^^

    J’avais vu des extraits en fait, certaines scènes m’ont rappelé un truc, comme la désinfection de l’appart et tout.

    1. J’ai pas parlé de ressentir de la complicité hein, mais de l’empathie, c’est pas tout à fait la même chose ^_^ Et oui, je parle d’une des fins les plus amorales que j’ai pu voir, car effectivement, voilà quoi ^^

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