[Film] Starry Eyes, de Kevin Kolsch et Dennis Widmyer (2014)

Sarah Walker a un petit boulot sans avenir sous le joug d’un patron qui la prend de haut, elle subit des amitiés superficielles avec des acteurs concurrents et participe à des castings qui n’aboutissent à rien. Après plusieurs auditions humiliantes face à un duo pour le moins bizarre, elle décroche le rôle principal dans leur nouveau film. Malgré le fait qu’ils lui demandent de faire des choses de plus en plus étranges, elle sera prête à tout pour réussir, aveuglée par son fantasme de célébrité.


Avis de Rick :
Tourné en seulement 18 jours après avoir récolté un petit budget via un financement Kickstarter, Starry Eyes est un petit film de genre qui paraît bien professionnel malgré son très faible budget. Pas de CGI, photographie ultra classe, mise en scène propre et maitrisée. Starry Eyes nous propose de suivre le parcours de Sarah Walker (excellente Alexandra Essoe), une jeune actrice qui a bien du mal à vivre sa vie. Rêvant de devenir actrice, la jeune femme passe des auditions, sans résultat, travaille dans un petit fast food pour gagner sa vie, et vit en colocation. Clairement découpé en deux parties, Starry Eyes est un film qui prend son temps au départ. La première partie est lente, mais parvient à nous offrir un climat relativement glauque, oppressant, qui écrase les personnages. Sarah passe des auditions, subit sa vie, essaye de survivre à ses amis, notamment à certaines, actrices également. La compétition est rude, les coups durs aussi, et les phrases assassines et présumées innocentes lancées à la face sont fréquentes. Alors lorsque Sarah passe une audition face à deux étranges personnages et que ceux-ci rappellent après coup, c’est la joie. Sarah s’empresse de partager la nouvelle afin de rendre jalouses les autres. Via ce petit moment anodin qui ne semble être qu’un simple retour des choses, nous comprenons un peu mieux la psychologie du personnage. Oui, Sarah est au final un personnage égoïste, qui ne pense qu’à elle, qu’à son succès qu’elle pense mériter, et les quelques amis qu’elle a avec elle ne sont que des fausses amitiés, un moyen de passer le temps, et si possible, de se valoriser elle-même.

On comprend que le portrait délivré du personnage n’est pas forcément glorieux, et cela ajoute encore une fois un petit côté malsain au film. On se demande d’ailleurs un peu où les deux réalisateurs, également scénaristes de l’œuvre, veulent nous amener. Tout fonctionne bien, puis le métrage amène une scène aussi étrange que totalement clichée et donc un brin risible. Alors forcément, quand la fameuse scène, où Sarah rencontre un producteur qui veut la faire passer sous le bureau est censée être la scène qui fait basculer le film dans l’horreur plus viscérale et visuelle, on ne peut qu’être déçu et le film prend un sacré coup. Mais bon, accrochons nous malgré tout, puisque Starry Eyes, en tant que film un brin schizophrénique, a bien des choses à proposer. Son principal défaut est de changer radicalement de genre mi-parcours via une scène peu subtile et un brin ratée. Car si la première partie est avant tout psychologique et dresse un portrait à la fois de son personnage et du milieu du cinéma de manière peu glorieuse et un brin glauque, la seconde partie vire donc totalement dans l’horreur visuelle, saignante, et oublie donc un peu son ambiance, mais s’avère malgré tout efficace et possède même quelques scènes qui font sacrément mal.

Car Starry Eyes est un vrai film d’horreur, dans tous les sens du terme, juste il s’amuse à clairement séparer l’horreur psychologique de l’horreur physique, et la seconde partie se fait donc moins poignante, moins surprenante également. Elle délivre de très bons moments, mais la folie sous-jacente qui habitait la première partie est absente. Mais ces quelques moments sanglants, qui semblent vouloir aller loin, n’ont pas à rougir, puisqu’ils se font classiques, se refusent les effets numériques, et on a clairement l’impression de voir un métrage des années 80, avec son lot de défauts et de qualités que cela implique, à savoir un propos parfois un peu simpliste voir niais et peu crédible, mais une ambiance poisseuse et des scènes qui ne reculent pas devant l’effet choc. Constance entre les deux parties fortement opposées, la prestation extraordinaire de Alexandra Essoe dans le rôle principal, crédible à chaque instant et totalement habitée par son rôle. Soulignons également la très bonne bande son signée Jonathan Snipes, qui ajoute un petit plus à l’ambiance malsaine du métrage, et qui surprend, surtout qu’il n’avait travaillé jusque là que majoritairement sur des courts métrages et des documentaires. Starry Eyes tient donc dans un sens ses promesses, mais se fait parfois maladroit, notamment dans sa scène pivot. Dommage, mais pas déshonorant pour autant, loin de là.

LES PLUSLES MOINS
♥ Une ambiance malsaine
♥ Alexandra Essoe sublime
♥ La première partie excellente
♥ Une seconde partie saignante
⊗ La scène pivot, un brin ridicule
⊗ Une seconde partie plus simpliste
note8
Starry Eyes contient de bien bonnes choses, et ces deux parties sont intéressantes, même si le passage de l’une à l’autre est cliché et peu subtil.



Titre : Starry Eyes

Année : 2014
Durée :
1h38
Origine :
Etats Unis / Belgique
Genre :
Horreur
Réalisation : 
Kevin Kolsch et Dennis Widmyer
Scénario : 
Kevin Kolsch et Dennis Widmyer
Avec :
Alexandra Essoe, Amanda Fuller, Noah Segan, Fabianne Therese, Shane Coffey, Natalie Castillo et Pat Healy

 Starry Eyes (2014) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

10 Comments

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  1. Je suis tombé plusieurs fois sur ce film et je ne sais pas pourquoi, la jaquette ne m’a jamais donné confiance (ca reste le premier truc qu’on voit) et du coup je n’ai jamais cherché à creuser plus. Je constate que j’aurais peut être du vu que le film semble pas mal. Quand tu me parles de pas de CGI, des 80’s, ca m’attire là par contre ^^

  2. Tu essaies de ne pas spoiler ni expliquer de quoi il s’agit au final mais avec les images et le trailer…je ne peux pas m’empêcher de me demander si y’a pas une histoire de cannibale ou loup garou ou je ne sais quoi^^
    Ce qui, en effet, semble dériver du propos psychologique du début.

    Cela dit j’en ai entendu parler de ce film. Et ça semblait pas mal.
    Hum…encore introuvable chez nous, non ?

  3. Mes images ne spoilent pas le propos du film, j’en ai volontairement viré certaines (pour chaque film je finis en moyenne entre 30 et 50 captures, et après je fais une selection lors de la mise en page). Après pas maté le trailer, je ne les regarde absolument jamais. Je vais juste chercher le lien sur youtube pour le site, je copie colle le code, et voilà 😀
    Mais non, pas de cannibales ni de loup garou, donc ça ne doit pas spoiler tant que ça, ou alors faire croire autre chose, ce qui n’est pas plus mal.
    Il me semble qu’il est toujours inédit en France oui… En fait, pas mal de mes coups de coeur de ces dernières années restent longtemps inédits, ou débarquent discrètement en dvd uniquement (genre The Monster, peu ou pas de promo, pas de Blu-Ray) mais personne n’en parle.

    1. Ben on voit une nana avec plein de dents pointues quoi^^ C’est moi qui suppose un monstre quelconque.

    2. Tss l’émergence de Netflix et compagnie va me rendre inculte en cinéma. Je ne suis pas client des services de streaming, je n’ai même pas Internet illimité, je suis en 4G en attendant qu’on installe la fibre chez moi (le réseau téléphone est tout pourri)
      Et plein de petits films arrivent direct en streaming, sans DVD, sans sortie ciné…

      1. j’ai réglé ce problème en ayant Netflix et amazon video (gratuit vu que je suis “prime”). Et oui, il y a plein de films qui arrivent directement là dessus, dont de plus en plus de réalisateurs très connus (les frères Coen, Scoresese, …)

        1. Mon problème est aussi que je n’ai pas le débit qu’il faut, ni l’illimité comme indiqué^^

          1. Oui forcement mais tu parles d’avoir la fibre ^^

            1. Un jour…
              Je sais pas quand.
              Dans 2 ans peut être

      2. Oui, la capture qui amène vers une fausse idée du film, du coup j’ai laissé ^^
        De plus en plus de films arrivent directement sur Netflix et autres, et ça me fait chier aussi, même si j’ai accès à netflix via un compte familial. Beaucoup de films que j’aimerais posséder au format physique, mais non, donc import souvent anglais ou allemand.

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