[Film] Les Banlieusards, de Joe Dante (1989)


Les voisins d’une communauté tranquille de la banlieue américaine voient débarquer de nouveaux arrivants particulièrement mystérieux. Les résidents du quartier assouvissent leurs curiosité en espionnant leurs nouveaux voisins qui sont rapidement perçus comme de dangereux individus.


Avis de Cherycok :
Lorsqu’on demande à quelqu’un de nous donner des titres de films de Joe Dante, il y a de fortes chances que Gremlins (1984) et sa suite Gremlins 2 (1990) soient les premières réponses qu’on obtienne, avec parfois Piranhas (1978). Et souvent, quand on demande d’en citer d’autres, c’est la panne sèche. Pourtant, lorsqu’on creuse un peu plus en profondeur, on y découvre de très chouettes films, certains moins connus, mais tout aussi intéressants tels que le premier film de la saga Hurlements sorti en 1981, Explorers (1985), L’Aventure Intérieure (1987), Panic sur Florida Beach (1993) ou plus près de nous Burying the Ex (2014). Mais il y en a un autre, sorti en 1989, méconnu chez nous, qui pourtant a rapidement acquis le statut de film culte aux États-Unis, c’est The ‘Burbs, Les Banlieusards chez nous, dans lequel Joe Dante dézinguait, 15 ans avant la série Desperate Housewives, ce fameux modèle américain, rêvé de beaucoup, de banlieues où tout le monde se connait, parle dans le dos des autres, surveille le moindre fait et geste du voisin.

Le principe de départ est très simple. Dans une banlieue qui semble parfaite sous tout rapport, avec ses belles maisons, ses habitants souriants, ses pelouses parfaites, tout n’est pas aussi rose qu’il n’y parait. Chacun épie son voisin, certains envoient leurs chiens faire leurs besoins sur la pelouse du voisin, certains voisins sont parfois un peu encombrants. Mais malgré tout, tous aiment la vie ici, dans ce petit coin tranquille, au point de vouloir même y passer les vacances afin de s’y reposer. Oui mais voilà, il y a un mois, des nouveaux voisins sont arrivés, les Klopek, rachetant une maison un peu à l’abandon. Ils ne sortent de chez eux que la nuit, personne ne semble les avoir rencontrés, les rares fois où on les aperçoit à travers la fenêtre, ils semblent bizarres et, pire que tout, ils ne tondent même pas leur pelouse ! Il n’en faut pas plus que pour chacun se fasse une petite idée de ce que peuvent bien faire ces nouveaux voisins, l’un montant le bourrichon à l’autre, et lorsqu’un vieux voisin un peu aigri ne donne plus signe de vie, semblant même avoir abandonné son chien, tout le quartier pense que les Klopek sont de dangereux psychopathes. Il ne reste plus qu’une chose à faire : s’assurer qu’ils ont raison. Joe Dante est un sale gosse du cinéma hollywoodien, ce n’est pas nouveau, et lui et le scénariste Dana Olsen vont s’appuyer de leur expérience personnelle, surtout ce dernier (qui a grandi dans une banlieue similaire), pour s’amuser avec tous les clichés de ce genre de banlieues américaines soit-disant bien sous tout rapport. Sauf que contrairement à Desperate Housewives qui reprend le même principe, Les Banlieusards flirte constamment avec le fantastique afin de toujours créer le doute, aussi bien chez les personnages que chez les spectateurs.

En effet, le film va jusqu’aux 5 dernières minutes laisser planer le doute : est-ce que, oui ou non, cette famille est bien composée de psychopathes comme se mettent à le croire les habitants de cette banlieue au point d’en arriver à des extrémités pour avoir la réponse ? Et c’est une des grandes forces du film, jouer sur ce doute et petit à petit rendre ses personnages complètement barjots, exacerbant pour le coup tout ce que Dante critique sur cette population souvent hypocrite, mesquine. Ce regard irrévérencieux, on le retrouve dans l’humour du film, tantôt presque potache, tantôt assez discret au détour d’une ligne de dialogue où les personnages vont parfois évoquer des choses horribles juste sur des suppositions. Ces personnages bien barrés sont interprétés par un casting de choix mené par un Tom Hanks déchainé avant son heure de gloire dans les années 90. Mais il se fait souvent voler la vedette par un Bruce Dern génial en ancien militaire barré et un Rick Ducommun constamment en surjeu mais pourtant ô combien drôle. Grâce à une très bonne mise en scène et des cadrages astucieux pour renforcer le côté inquiétant de cette famille « étrange », la première heure du film tire clairement son épingle du jeu. Dante s’amuse avec ses personnages et se moque d’eux tout en ayant à leur égard une grande tendresse. Bien que le ton ne soit pas aussi corrosif qu’on aurait pu l’espérer, il sait se montrer cinglant, en appuyant fort sur certains clichés pour alimenter sa satire. La dernière partie continue sur cette lancée mais aurait dû être bien plus incisive pour réellement être mémorable. On aurait aimé que Dante pousse le bouchon encore plus loin dans l’acerbe, dans le cynique, et qu’il laisse planer le doute lors du final. Mais malgré tout, Les Banlieusards est une très bonne petite comédie dans laquelle Joe Dante laisse parler son irrévérence.

LES PLUSLES MOINS
♥ Très bon casting
♥ Bien écrit
♥ De bons gags
♥ La première heure
⊗ Humour pas assez méchant
⊗ Un final un peu en deçà

Film mineur dans la filmographie de Joe Dante pour certains, Les Banlieusards n’en demeure pas moins un très bon divertissement où la folie du réalisateur se mêle à un humour parfois corrosif et plutôt jouissif.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le tournage tombe en plein durant une grève des scénaristes en 1988. Le scénariste Dana Olsen ne peut ainsi pas officiellement retravailler le script sur le plateau, bien qu’il apparaisse dans un petit rôle dans le film. Pour cette raison, Joe Dante encourage ses acteurs à improviser pour améliorer les dialogues.

• Le caniche-nain de Walter, Queenie, est interprété par le même chien qui jouait Precious dans Le Silence des agneaux (1991).

• Les plans de la rue ont été tournés sur le terrain arrière d’Universal. Cette rue a été utilisée pour de nombreux films et émissions de télévision, notamment Desperate Housewives (2004). Certains des bâtiments ont changé au fil du temps, mais la maison de Walter est le seul bâtiment du terrain qui n’a pas changé du tout.

• Tous les membres de la distribution et de l’équipe ont passé un bon moment à travailler sur le film, à tel point que Tom Hanks a personnellement acheté des lunettes de soleil à tout le monde et a laissé un mot de remerciement personnel à tous les membres de la distribution et de l’équipe.



Titre : Les Banlieusards / The ‘Burbs
Année : 1989
Durée : 1h42
Origine : U.S.A
Genre : Desperate Housewives
Réalisateur : Joe Dante
Scénario : Dana Olsen

Acteurs : Tom Hanks, Bruce Dern, Carrie Fisher, Corey Feldman, Rick Ducommun, Wendy Schaal, Henry Gibson, Theodore Gottlieb, Courtney Gains, Gale Gordon

 Les banlieusards (1989) on IMDb


5 1 vote
Article Rating

Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
S’abonner
Notifier de
guest

2 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Inline Feedbacks
View all comments
Dr_Gonzo
Dr_Gonzo
8 juillet 2022 14:10

Excellent film, dommage pour la fin, il me semble que c’est le studio qui s’en était mêlé et Dante n’avait pas trop eu le choix.
Je suis pas un grand fan de Tom Hanks mais je l’aime bien dans ce film.
Ce film est devenu culte au Etats-Unis mais pas vraiment chez nous.