[Film] Ip Man 3, de Wilson Yip (2015)


En 1959, Ip Man vit à Hong Kong avec sa femme et son deuxième fils. Vivant de ses cours de wing chun, il va se retrouver à protéger l’école de son fils d’un promoteur américain prêt à tout pour acheter le terrain. Il va alors voir apparaître un rival, Cheung Tin-chi, aussi doué en wing chun, un chauffeur de pousse-pousse qui a envie lui aussi d’ouvrir son école.


Avis de Cherycok :
Ip Man 3 aura mis cinq ans à sortir. Donnie Yen ne voulait plus reprendre le rôle de Ip Man à cause du trop grand nombre de films centrés sur ce personnage qui ont vu le jour depuis le début de la saga. Mais le chèque a dû être suffisamment conséquent pour que finalement, ce 3ème opus soit mis en chantier. Et puis, avec l’arrivée au casting de Mike Tyson, Donnie y a vu la possibilité de réaliser un rêve de gosse en l’affrontant. Après deux premiers opus qui ont ravi tous les fanas de films d’arts martiaux (et beaucoup d’autres) et qui en général font l’unanimité, nous allons donc parler aujourd’hui de cette nouvelle suite, premier opus qui divise un peu les foules. Pour certains, c’est le meilleur de la saga. Pour d’autres, c’est l’opus le plus faible. Malgré toujours d’excellentes scènes de baston, je le situe pour ma part clairement dans la deuxième catégorie.

Ip Man 3 va donc prendre place à la suite du deuxième opus. On continue de s’intéresser à l’histoire de Ip Man, de manière assez romancée, et il va être confronté ici à un nouveau dilemme. En effet, un promoteur américain veut acheter le terrain sur lequel se situe l’école du fils de Ip Man et va tout faire pour convaincre le directeur de l’école de le lui vendre. Tentative d’intimidation, d’incendie des locaux, Ip man et ses disciples se lancent comme « mission » de surveiller l’école, 24h sur 24h, afin de renvoyer chez eux les malotrus qui cherchent à nuire au bâtiment. Cela va déteindre sur la vie familiale du maître et sa femme Cheung Wing-Sing va devoir assurer toute seule les tâches de la vie quotidienne. Ip Man va faire la rencontre de Cheung Tin-Chi, un porteur de pousse-pousse sans le sou dont l’enfant est également scolarisé dans cette école et dont le rêve est d’ouvrir sa propre école de Wing Chun et de défier Ip Man pour savoir qui serait le meilleur maitre. Lorsque les hommes de main du promoteur se mettent à kidnapper des enfants à la sortie de l’école, Ip Man va devoir gérer plusieurs choses à la fois : récupérer les enfants donc, faire comprendre à cet américain qu’il est grand temps d’arrêter de faire une fixette sur cette école, mais aussi s’occuper de sa femme lorsqu’ils découvrent qu’elle est atteinte d’une grave maladie…
Ip Man 3 va beaucoup plus se centrer sur le côté personnel de Ip Man, sur ses émotions, sur sa relation avec sa femme, sa prise de conscience et le changement de mentalité qui en découle. Cela va influer sur la construction du film. La première partie suit le schéma classique des deux premiers films, mais une grosse partie de la seconde moitié va être plus intimiste, beaucoup plus posée. On va y voir Ip Man profiter de sa famille, des petits plaisirs de la vie, mais aussi des moments plus tristes, plus douloureux. Et c’est en partie à cause de ça que le film va diviser.

Ip Man 3 va s’embarquer dans plusieurs sous intrigues mais ne va en développer réellement aucune. Le résultat va s’avérer parfois lourdingue et on sent qu’elles ne sont là que pour amener des combats qui arrivent pour le coup comme un cheveu sur la soupe. Clairement, les différentes intrigues vont manquer de liant, voire carrément de finesse comme toute cette partie du scénario qui n’est là que pour amener l’affrontement, trop court malheureusement, entre Donnie Yen et l’ancienne superstar de la boxe Mike Tyson. Le combat en lui-même est d’excellente facture. Sammo Hung cède sa place à Yuen Woo Ping et le travail de ce dernier est tout aussi impressionnant. Mais le dénouement de ce combat est assez improbable, dans le sens où les actions de l’américain auraient mérité bien plus qu’un bravo, bisou, au revoir. Problème aussi pour l’affrontement final entre les deux maitres de Wing Chun. Ceux du premier et deuxième opus avaient une tension palpable et un véritable poids psychologique. Dans ce troisième volet, on est plus dans le concours de celui qui a la plus grande. L’enjeu y est bien moins impactant et cet ultime affrontement procure bien moins d’émotions. Seul celui contre le boxeur thaïlandais, qui brille par sa mise en scène, tire réellement son épingle du jeu.
Ip Man 3 va se démarquer des deux précédents opus par sa tendance à virer vers l’histoire d’amour intimiste dans sa dernière partie. Cet arc narratif se fait parfois trop lisse et manque clairement de finesse tant la finalité est courue d’avance. On pourrait saluer l’effort d’essayer d’amener un peu de nouveauté à la saga, mais le film perd clairement l’essence des deux premiers opus qui ont fait la renommée de la saga. On sort du film un peu déçu avec cette impression d’avoir assisté à un spectacle un peu forcé, comme s’il appliquait un cahier des charges sans avoir essayé d’y insuffler l’âme de la saga. Par contre, le public semble avoir adhéré puisque le film a rapporté pas loin de 160M$ à travers le monde pour un budget de 36.

LES PLUSLES MOINS
♥ Donnie Yen toujours au top
♥ Des combats réussis
♥ Visuellement réussi
⊗ Des sous intrigues inutiles
⊗ Déroulement de l’histoire forcé
Malgré des combats toujours excellents, ce troisième volet de la saga Ip Man déçoit sur bien des aspects. Le résultat reste malgré tout des plus agréables, mais l’ensemble est redondant et clairement moins travaillé.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Même si seul Yuen Woo-Ping est crédité en tant que chorégraphe des scènes d’action, ce dernier a révélé lors d’interviews que plusieurs scènes ont été chorégraphiées par Donnie Yen lui-même qui improvise souvent lors du tournage des scènes de combat, rajoutant des séquences qui n’étaient pas prévues au départ.
• Ce n’est pas un hasard si on voit le personnage de Bruce Lee danser dans le film puisque ce dernier a été champion national de Cha Cha en 1958 à Hong Kong.
• La femme de Donnie Yen a publiquement exprimé la peur que Donnie Yen soit blessé par Mike Tyson lors de leur combat. Au final, c’est l’inverse qui s’est produit puisque c’est Donnie Yen qui a fracturé un doigt de Mike Tyson.


Titre : Ip Man 3
Année : 2015
Durée : 1h44
Origine : Hong Kong
Genre : Et ça continue encore et encore
Réalisateur : Wilson Yip
Scénario : Edmond Wong, Chan Tai-Li, Jill Leung

Acteurs : Donnie Yen, Lynn Hung, John Zhang Jin, Patrick Tam, Karena Ng, Kent Cheng, Mike Tyson, Leung Kar-Yan, Louis Cheung, Danny Chan, Lo Meng

 Ip Man 3 (2015) on IMDb


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Feroner
Éditeur
7 avril 2020 12:05

Comme je l’ai déjà dis c’est mon préféré mais c’est vrais que la partie avec Tyson et les promoteurs n’est ni intéressante ni crédible elle ne sert qu’a rajouter des combats, mais vu le niveau c’est pardonné.
J’aime bien ce coté intimiste surtout que c’est très bien réalisé et interprété et j’ai rarement vu de très bon combats dans un film aussi touchant et fin.

Feroner
Éditeur
7 avril 2020 15:19

Ce final sans enjeu classique c’est un façon de faire la morale a ce petit jeune trop ambitieux, lui montrer que les art martiaux sont un art de vire et pas un truc qui sert a être connu a faire de l’argent ou encore moins a dominé les autres.
On peut trouvé ca ennuyeux moraliste mais ca me plais cette morale et pour une fois un film de kung-fu qui ce finit pas avec un méchant qui est mis au tapis ca amène un peut d’originalité.
Ce duel est grandiose.

Grandgrigou
Grandgrigou
7 avril 2020 16:59

Pour ma part, je serais clairement “team Cherycok”. Celui-ci m’a clairement déçu comparé aux deux premiers. Dans le ton, la niaiserie des sentiments, c’est clairement un film chinois alors que les précédents étaient plus Hong-kongais. Les combats font toujours leur effet mais l’enrobage m’a gonflé…

Feroner
Éditeur
7 avril 2020 17:12

Des niaiseries il y en as dans tout les pays HK France Chine USA, mais j’en ai pas vu dans ce film.
Les Chinois sont plus des spécialistes de la réécriture historique ou dans le patriotisme qui vire au nationalisme.

Rick
Administrateur
7 avril 2020 21:08

Pour le moment je ne suis Team personne, je m’étais arrêté au second opus (et j’avais vu l’autre opus avec Anthony Wong, que j’avais bien aimé d’ailleurs). Il faudrait que je finisse la saga avec les 3 et 4 un de ces jours quand même.