[Film] Event Horizon, de Paul W.S. Anderson (1997)

2047. Le vaisseau spatial “Lewis & Clark” s’apprête à regagner sa base quand l’équipage reçoit l’ordre de gagner la station Daylight pour embarquer le physicien William Weir, avec lequel il doit repartir en direction de Neptune. Quelques années plus tôt, Weir avait conçu un engin spatial révolutionnaire capable de se déplacer plus vite que la lumière mais qui disparut corps et biens aux abords de Neptune. La mission du “Lewis & Clark” consiste à repérer l’épave de l'”Event Horizon”, à déceler les causes de sa mystérieuse avarie et à récupérer les éventuels survivants.


Avis de Cherycok :
En matière de cinéma, il est parfois bon de se replonger dans ces œuvres cultes du passé qu’on avait ratées à l’époque pour une raison ou une autre. Parce que comme le dit toujours la célèbre Madame Balance, il n’est jamais trop tare pour rattraper son re-tare. C’est après ce double jeu de mots bien moisi que je vais vous parler de Event Horizon qui fête cette année ses 20 bougies, sans doute le meilleur film de Paul W.S. Anderson, réalisateur ô combien adulé de chefs d’œuvres tels que Mortal Kombat, Alien vs Predator, Resident Evil, Les Trois Mousquetaires ou plus récemment du « fabuleux » Pompéi. Vous aurez sans doute senti une certaine ironie dans ma dernière phrase. Pourtant, Event Horizon, malgré une production très chaotique, est un vrai bon film, très référentiel, qui aura au fil des années acquis un statut de film culte. Le meilleur film de son réalisateur ? Sans aucun doute tant ce huis-clos spatial possède d’indéniables qualités au point d’avoir même influencé la célèbre saga de jeux vidéo Dead Space.

Event Horizon tenait très à cœur à Paul W.S Anderson, au point que ce dernier a tout simplement refusé de tourner la suite de Mortal Kombat, Alien 4 et X-Men pour se donner corps et âme à son projet. Le but était de transposer le principe de la maison hantée dans l’espace, à l’intérieur d’un vaisseau, et d’y amener une ambiance particulière, un peu cradingue, pleine de tension et très gore. Clive Barker (Hellraiser) fut même consulté lors de la préproduction afin de prodiguer quelques conseils pour mettre en place l’univers du film. Tout semblait se dérouler comme il le fallait jusqu’à ce que la Paramount raccourcisse la durée de production afin de sortir le film quelques semaines avant leur très gros titre de l’époque, Titanic de James Cameron. Et c’est là que les soucis ont commencé et que Anderson et son équipe ont dû mettre les bouchées doubles afin de sortir le film un tant soit peu à temps. Mais comme un problème n’arrive jamais seul, voilà que Paramount refuse le montage initial d’un peu plus de 2h15 imaginé par le réalisateur. Ce ne sont pas moins de 45 minutes qui seront coupées au dernier moment, essentiellement des scènes horrifiques et de carnage dans la deuxième moitié de la bobine, ramenant l’interdiction du film de 17 à 13 ans. Le film sort enfin, et c’est un échec commercial, rapportant 47 millions de dollars pour 60 millions de budget. Réhabilité depuis grâce à un très joli succès vidéo, remportant même le prix du public au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles en 1998, Event Horizon est une grosse série B de SF bien troussée.

Malgré ses vingt ans d’âge, le film n’a pas pris une ride. Que ce soit les scènes dans l’espace, les décors intérieurs ou les vaisseaux de manière générale, ça a sacrément de la gueule. Il n’y a qu’à voir le design de l’Event Horizon calqué sur le modèle de la Cathédrale Notre Dame pour s’en convaincre. Paul W.S. Anderson pose un climat de paranoïa ambiante qui va crescendo, à l’aide d’une ambiance bien lourde, un peu crade et d’une grande noirceur. Il arrive à maintenir tout du long un certain suspense, une aura très tendue sur les choses très étranges qui se passent sur le vaisseau au point d’arriver à en faire sursauter certains devant leur écran. Le concept de l’univers parallèle / démoniaque / enfers y est très bien exploité, avec une atmosphère légèrement mystique un peu à la manière du très sympathique Pandorum (2009) avec lequel il possède certaines similitudes (tiens tiens, Pandorum, un huis-clos SF / horreur produit par Anderson…). Le scénario fait preuve de rythme, de rebondissements, rendant le film très prenant, et la mise en scène de Anderson est de haute volée, avec une excellente utilisation de la lumière et des ombres renforçant le coté inquiétant du métrage. Le tout est desservi par un excellent casting, avec un duo Laurence Fishburne (Matrix, The Colony) / Sam Neill (L’Antre de la Folie, Jurassic Park) qui fonctionne à merveille, ce dernier étant totalement habité par son rôle dans la seconde moitié du film, livrant une prestation à glacer le sang.

[SPOILER ALERT] Là où Event Horizon ne fait pas l’unanimité, c’est dans son final que certains jugeront raté. Et pour cause, les choix qui ont été faits risquent de diviser dans le sens où l’ensemble est très tiré par les cheveux. Les 45 minutes de coupe y sont sans doute pour quelque chose et se ressentent même à de nombreuses reprises. Pour autant, malgré cet aspect fouillis, ce final fait preuve d’une certaine originalité en ne succombant pas à la facilité du monstre habitant les lieux. Le monstre est bien là, mais il n’est pas représenté de manière classique. C’est le mal dans sa forme la plus brute, tout droit sorti des enfers, rappelant par moment la saga Hellraiser, ne serait-ce que par son hommage à la puzzle box ou encore ces effets gores bien crades (le mec suspendu par des crochets, le maquillage de Sam Neill dans la dernière partie, …). On sent bien le travail de préprod de Anderson avec Clive Barker et on regrette réellement ces 45 minutes coupées tant l’univers de ce dernier est intéressant (pour peu qu’on ait l’estomac accroché). Une version longue était d’ailleurs prévue fût un temps en DVD mais, selon les dires du réalisateur, ces 45 minutes manquantes seraient perdues à tout jamais empêchant le spectateur appréciant le film de voir la vraie version prévue à l’origine.

LES PLUS LES MOINS
♥ L’ambiance sombre
♥ Les décors
♥ Le casting
♥ Les effets gores réussis
⊗ Un final trop précipité
Event Horizon est un film d’horreur sur fond de huis-clos spatial qui vaut le détour. Certes les 45 minutes coupées au montage donnent une impression d’inachevé dans la deuxième moitié du film, mais ne boudons pas notre plaisir devant une telle ambiance, une telle tension, une telle efficacité.



Titre : Event Horizon / Event Horizon : Le Vaisseau de l’Au-Delà
Année : 1997
Durée : 1h36
Origine : U.S.A / Angleterre
Genre : Le vaisseau de l’horreur
Réalisateur : Paul W.S. Anderson
Scénario : Philip Eisner

Acteurs : Laurence Fishburne, Sam Neill, Kathleen Quinlan, Joely Richardson, Richard T. Jones, Jack Noseworthy, Jason Isaacs, Sean Pertwee

 Event Horizon - Le vaisseau de l'au-delà (1997) on IMDb
























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Rick
Administrateur
7 juin 2017 0:47

Bien d’accord avec ton avis, je me le refais d’ailleurs bientôt, tu m’as motivé. Même si oui clairement, la dernière partie est précipitée à cause des coupes et certains éléments sont limites pour moi. C’est quand même dingue de voir le boulot que fournissait Anderson dans les années 90 et de voir ce qu’il fait à présent, il y a un de ces fossés !

Oli
Oli
7 juin 2017 11:36

Yes! Je suis content de voir ce film chroniqué ici. Je l’ai vu il y a peu (deux mois environ), et j’avais trouvé ça bancal mais… sympa. Le film dégage vraiment quelque chose. Comme beaucoup d’autres films “maudits”.

jinchu
jinchu
8 juin 2017 14:46

“…Paul W.S Anderson, au point que ce dernier a tout simplement refusé de tourner la suite de Mortal Kombat, Alien 4 et X-Men pour se donner corps et âme à son projet”.

on est passé loin de la catastrophe alors….

Rick
Administrateur
8 juin 2017 15:33

Event Horizon est au final meilleur que Mortal Kombat 2 (cte catastrophe) et que Alien 4 (cte catastrophe à mes yeux).