[Film] Double World, de Teddy Chen (2020)


Dans un univers fictif comprenant dix nations. Voyant le pays voisin devenir de plus en plus puissant, un seigneur de guerre organise un concours pour révéler les meilleurs guerriers. Entendant la nouvelle, Dong Yilong, un jeune villageois courageux décide de relever le défi malgré les doutes de son village. Ainsi commence le voyage…


Avis de Cherycok :
Teddy Chen n’est pas le réalisateur le plus prolifique de Hong Kong. A peine 12 films en 30 ans de carrière, avec des titres tels que Downtown Torpedoes (1997), Purplestorm (1999), Bodyguards and Assassins (2009) ou encore Kung Fu Jungle (2014). Mais après ce dernier film, il avait complètement disparu de la circulation. Travaillait-il pour la télévision ? Avait-il simplement fait une petite pause dans sa carrière ? Aucune idée, mais en tout cas, le voilà de retour aux commandes d’un gros blockbuster chinois de 43 millions de dollars qui n’aura pas pu être correctement exploité en salles pour cause du COVID-19 (les salles de cinéma chinoises ayant rapidement été fermées). C’est donc via la plateforme iQizi que beaucoup de Chinois ont pu découvrir le film, et sur Netflix pour le reste du monde. Que peut-on espérer pour ce retour aux manettes de Teddy Chen ? Et bien pas grand-chose. Nous ne dirons pas que Double World est un mauvais film, mais nous ne dirons pas non plus qu’il est bon.

Première chose à savoir, Double World est l’adaptation cinématographique du jeu vidéo Zhengtu Online, également appelé Double World, développé par Giant Network. Le jeu, lancé en 2006, est un succès colossal en Chine puisqu’il compte pas moins de 300 millions de joueurs. Un jeu de rôle en ligne massivement multijoueurs (MMORPG) qui a provoqué de nombreuses polémiques à cause de joueurs tellement accros qu’ils sont allés jusqu’à vendre tout ce qu’ils avaient, même leur appartement, afin de pouvoir se payer des items en jeu. C’est vous dire l’ampleur du phénomène. C’est donc en toute logique, comme ce fût le cas pour le film Warcraft, qu’un film voit le jour. Le film est produit par leur propre compagnie Giant Network, mais également la filiale cinéma du géant du commerce en ligne Alibaba et, afin de mettre toutes les chances de leur côté, ils font appel à Teddy Chen pour la réalisation, mais surtout à une star de la K-Pop et de la C-Pop pour incarner le héros, à savoir le jeune chanteur Henry Lau du groupe Super Junior-M. Il a également participé à une paire de films, Final Recipe en 2013 et Mes Autres Vies de Chien en 2019, quelques séries telles que My Sweet City (2013) ou Oh My Venus (2015), et tout un tas de show TV en Chine et en Corée du Sud. En gros, le beau gosse que toutes les midinettes asiatiques aiment. Il est épaulé par Peter Ho, vu dans le Monkey King (2014) de Soi Cheang (également producteur sur Double World) ou dans le Sword Master (2016) de Dereck Yee, la kickeuse Jiang Lu-Xia (Naked Soldier, Bad Blood, Operation Red Sea), et quelques autres plus ou moins connues du cinéma de Hong Kong : Mark Cheng, Bobo Hu Ming ou encore Lo Chung-Him. Double World se veut un gros spectacle d’heroic fantasy, ce qu’il est par ailleurs, mais ce qu’il fait, il ne le fait pas toujours bien.

Double Team va souffler le chaud et le froid. Qui dit gros spectacle chinois dit CGI à outrance. Il se dit même que 80% du film a été tourné sur fond vert, ce qu’on veut bien croire tant le film essaie d’être grandiose dans ses décors. « Essaie » car parfois il y arrive, parfois il n’y arrive pas. Autant certains plans sont magnifiques, et ont clairement de la gueule, autant d’autres sonnent complètement faux, voire font kitch. Même chose pour les CGI de manière générale. Comment est-ce possible d’autant réussir certaines grosses créatures, comme l’énorme serpent ou le gros chien/lion, et de se chier sur une pauvre flamme ou une giclée de sang. Comment est-ce possible d’arriver à rendre une cité aussi belle et se rater sur des grosses boules en pierre. Surtout quand on fait appel à la plus grosse boite d’images de synthèses de Chine. Même chose en ce qui concerne les personnages. Autant le réalisateur arrive à les rendre immédiatement attachants, autant on nage en plein clichés avec le jeune plein d’envies, le vieux baroudeur expérimenté, la jeune fille pleine d’entrain ou encore le méchant vraiment très très méchant. Les scènes d’action ne sont pas en reste avec d’un côté, des affrontements réellement impressionnants, superbement mis en scène comme l’introduction ou la première apparition de la jeune héroïne, et d’autres qui tombent presque, voire carrément, dans le nanar (l’épreuve sur les chaines, le coup du deltaplane lors du final). Et tout va être ainsi, avec quelque chose de bien qui va être désacralisé par la même chose en beaucoup moins bien. Un peu comme si certaines scènes avaient été confiées à un réalisateur talentueux, d’autres à un gros tâcheron, et qu’on avait mixé le tout au montage. Ça en est même parfois un peu déroutant lorsque la violence, matinée de gore, côtoie lors d’une même scène la naïveté absolue.

LES PLUSLES MOINS
♥ Certains CGI très réussis
♥ Certaines scènes épiques
♥ Certains combats réussis
⊗ Certains CGI foireux
⊗ Certaines scènes nanardes
⊗ Certains combats ratés
Même si tout n’est pas à jeter, Double World reste un film très moyen. On ne s’ennuie pas, mais chaque bon point est immédiatement désacralisé par son penchant négatif. On aurait pu espérer bien plus de ce retour de Teddy Chan après six ans d’absence.

LE SAVIEZ VOUS ?
• On retrouve Stephen Tung Wai au poste de coordinateur des scènes d’action. Il a déjà œuvré à ce même poste dans de nombreuses péloches HK telles que Mr Vampire 3, Le Syndicat du Crime, Hong Kong Godfather, Shanghai Grand, ou plus récemment Reign of Assassins, Kung Fu Jungle, The Assassin, ou encore Operation Mekong.
• C’est le leader des effets spéciaux chinois MoreVFX qui s’est occupé des images de synthèse de Double World. Ils ont par exemple fait ceux du récent succès The Wandering Earth et ce sont eux qui ont créé les films d’animation Ne Zha et Legend of Deification.
• Le film a été un succès immédiat en Chine, générant plus de 400 millions de visionnages le premier jour après son lancement.


Titre : Double World / 徵途
Année : 2020
Durée : 1h50
Origine : Chine
Genre : Une presque historique
Réalisateur : Teddy Chen
Scénario : Liu Fen-Dou, Wen Ning

Acteurs : Henry Lau, Peter Ho, Lin Chen-Han, Jiang Lu-Xia, Lo Chung-Him, Bobo Hu Ming, Kira Shi Shi, Mark Cheng, Wang Zi-Yi, Xu Ming-Hu, Zhang Ning-Jiang

 Double World (2019) on IMDb


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Feroner
Administrateur
6 août 2020 20:49

L’heroic fantasy a la chinoise ca fait un peut froid dans le dos. Mais vu que tu es encore plus critique que moi pour ce genre de film je vais peut être me laisser tenter, vu qu’il est sur netflix ca devrait ce trouver facilement en VOSTFR.

Feroner
Administrateur
Reply to  Cherycok
22 août 2020 15:17

A force d’en lire du bien partout j’ai finis par le voir et c’est vrai que c’est un divertissement très sympathique. Les personnages très cliché sont attachants. Le scénario est vraiment basique sans surprise on y croit jamais et c’est pas intéressant. Visuellement c’est vraiment chouette les effets spéciaux comme tu dis sont en mode alternatif et surtout pourquoi de la fumée en CGI ? Pourquoi ces trois buches en feux ne sont elle pas tout simplement réelle ? Le rythme rattrape le scénario pas le temps d’y penser ca n’arrête pas il y a de bonnes idées et de bon combats.
Un divertissement très sympa mais assez creux.

SPOILER SPOILER SPOILER
La gamine qui ce fait torturé puis exécutée devant le héro impuissant ca m’a vraiment étonné il n’y a qu’en asie qu’on peut faire ca dans un film grand public. Si j’y avit plus cru a ces personnage ca m’aurait vraiment remué, ca m’étonnerais qu’il y ai ce genre de truc dans le Mulan de Disney.