[Film] A Man Called Hero, de Andrew Lau (1999)

Hero Hua vit en Chine en compagnie de son ami Sheng et de la sœur, dont il est amoureux. Ses parents sont assassinés par des trafiquants d’opium et Hero, afin de se venger, les abat froidement. Il fuit vers New-York laissant Sheng ainsi que sa fiancée. Seize ans plus tard, en 1929, Sheng se rend à New-York en compagnie de Sword qui n’est autre que le fils de Hero


Avis de John Roch :
The Stormiders ayant été un hit au box office Hongkongais, ce succès ne pouvait pas rester sans suite. Suite qui n’en sera pas une du film susmentionné, qui par ailleurs arrivera tardivement mais dont le succès sera exploité sous forme de série télé, bien que les géniteurs restent les mêmes. On retrouve donc à la production BOB et la Golden Harvest, Andrew Lau revient à la réalisation, Centro aux effets spéciaux, Manfred Wong au scénario qu’il adapte à nouveau d’un manhua de Fung Wan : A man Called Hero dont la publication se sera étalée sur une quinzaine d’année. Ce qui est intéressant, c’est que l’une des raisons du déclin du cinéma HK a été la surexploitation de certains genres. Donnée qui n’a visiblement pas servi de leçon aux producteurs qui ne laissent pas le temps au public de souffler puisque A Man Called Hero sortira à peine un an après The Stormriders. Il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud comme on dit. Une production rushée donc, et une année pour adapter une œuvre publiée sur quinze ans, la réaliser, et livrer des CGI dans un pays où les techniques d’effets spéciaux digitaux sont encore balbutiants, ça paraît peu et cela se ressent à l’écran. Et là où The Stormriders pouvait encore un peu tenir la route, A Man Called Hero se plante sur à peu près tout. Sorti à l’époque en France dans une version allégée de 20 minutes, le métrage est aujourd’hui visible dans sa version intégrale. Si on peut saluer l’effort, autant le dire tout de suite, ces minutes supplémentaires ne changent pas le plomb en or et ne réhabilitent en rien le film.

Si il est considéré comme le frère jumeau de The Stormriders, A Man Called Hero ne l’est pas tant que ça. On retrouve bien toute l’équipe derrière la caméra mais aussi devant puisqu’une partie du casting est là, dans le fond la volonté est la même, à savoir livrer un néo wu xia pian blindé d’effets visuels supposés spectaculaires, mais il s’en éloigne assez pour ne pas en être qu’une copie. Mais ce qui est sur, c’est qu’ils ont une chose en commun : un scénario confus quoique à coté, celui de The Stormriders restait compréhensible dès lors que le récit restait centré sur ses personnages principaux. Dans la forme, rien de bien compliqué. Le héros de A man Called Hero, qui s’appelle Héros comme le titre du film l’indique, fuit la chine pour les États-Unis après avoir vengé la mort de ses parents en assassinant un dealer d’opium. 16 ans plus tard, son fils, Épée, se rend à New York pour retrouver son père qui est ici aussi recherché pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Lors de son périple, le fiston va croiser la route de différents personnages qui vont lui raconter l’histoire de son père et ce qui a mené à sa disparition. Dans le fond en revanche, il faut s‘accrocher. Car chaque rencontre que va faire Épée va se traduire par un flashback, et chaque flashback va mettre en place une sous intrigue. Et c’est là le principal problème de A Man Called Hero. Si l’on met de coté des facilités scénaristiques parfois trop grosses pour être vraies, le métrage ne sait jamais où il va en terme de scénario. Chaque sous intrigue va laisser la place à une autre, puis la précédente va revenir sans prévenir, avant qu’une autre ne reprenne le dessus. Ainsi les enjeux ne sont jamais clairement définis et changent tout le temps : film historique sur les conditions des Chinois exploités aux USA, drame familial, histoire d’amour tragique, lutte contre un groupuscule raciste, guerre entre deux écoles d’art martiaux pour obtenir la technique ultime pour être le combattant parfait… A Man Called Hero est un film en apparence riche mais qui se perd et ne sais jamais où il va, tout ça pour qu’au final, rien ne soit réellement résolu.

Si scénaristiquement parlant, A Man Called Hero est un sacré bordel, la pilule aurait pu passer si les autres aspects du métrage étaient réussis, mais là aussi c’est un échec. Déjà le film est chiche en action, ce qui aurait pu passer si l’histoire avait été un tant soit peu plaisante à suivre mais, vous l’aurez compris, ce n’est pas le cas. Le peu de scènes d’action sont en plus mal foutues. Andrew Lau peine à convaincre avec des moments mal filmés, mal montés et trop courts. Il y a pourtant plus de scènes d’actions disons réalisées à la dure que dans The Stormriders mais cette fois, si l’action ne convainc pas, ce n’est pas la faute à un abus de CGI mais bel et bien à la mise en scène (jamais Yuen Biao n’a été aussi mal mis en valeur). En parlant de CGI, pas de miracle. Produit en une année, difficile de rendre des effets digitaux qui tiennent la route et ceux-ci sont catastrophiques même pour un film de l’époque (et même pour un film HK), on fait même un bond en arrière par rapport à ceux de The Stormriders, notamment dans un combat final qui brûle les yeux que ce soit en terme de montage ou de visuel. Si Andrew Lau n’est pas à l’aise avec les scènes d’actions, il en va de même pour celles d’expositions. On n’échappe pas une nouvelle fois à une mise en scène parfois tape à l’œil avec les effets clipesques qui vont avec, mais en dehors de cela elle s’avère aussi être paresseuse et plate. De fait, on ne ressent jamais rien devant A Man Called Hero, et le peu de moments dramatiques qui auraient pu délivrer un minimum d’émotion sont gâchés par la platitude de la réalisation. Qui a-t-il a sauver de A Man Called Hero ? Pas grand-chose car rien ne fonctionne. Pas plus la reconstitution de New York qui se limite à une rue, que son scénario fourre tout et sans queue ni tête, ni les scènes d’actions ratées ou celles censées provoquer l’émotion sans y parvenir. Reste un casting en béton rempli de têtes connues et de futures stars en devenir, et quelques passages tout de même sympas. C’est peu, et si de son coté The Stormriders, peu importe que l’on aime ou qu’on déteste, reste un film important car il a redonné un souffle au cinéma HK en son temps, A Man Called Hero est quant à lui un métrage à oublier.

LES PLUS LES MOINS
♥ Le casting
♥ Yuen Biao
♥ Malgré tout, certaines scènes sont sympas
⊗ Des CGI horribles
⊗ Des scènes d’action peu nombreuses et ratées
⊗ La mise en scène pas folichonne
⊗ Un scénario qui ne sait jamais ou il va, sans enjeux précis et ou rien n’est résolu
⊗ Trop de sous intrigues qui se mélangent sans cohérence
Pour ce second néo wu xia pian, Andrew Lau loupe le coche et livre avec A Man Called Hero un métrage complètement raté sur tous les points. Si The Stormiders a son importance dans le cinéma HK, celui-ci est à oublier tant il est dispensable et pas loin de la catastrophe intégrale.

A Man Called Hero est sorti chez Spectrum Films en combo Blu-ray avec le film The Stormriders au prix de 30€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En plus du film, on y trouve : une Présentation de Arnaud Lanuque, des interviews de Andrew Lau, Manfred Wong, et Comfort Chan, le making of, une rencontre avec Panos Kotzathanasis et la bande-annonce du film



Titre : A man called Hero / Jung wa ying hong
Année : 1999
Durée : 1h56
Origine : Hong Kong
Genre : A man called Zero
Réalisateur : Andrew Lau
Scénario : Wing-Shing Ma et Manfred Wong

Acteurs : Ekin Cheng, Nicolas Tse, Yuen Biao, Shu Qi, Pei-Pei Cheng, Anthony Wong, Francis Ng, Kristy Yeung

A Man Called Hero (1999) on IMDb


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Auteur : John Roch

Amateur de cinéma de tous les horizons, de l'Asie aux États-Unis, du plus bourrin au plus intimiste. N'ayant appris de l'alphabet que les lettres B et Z, il a une nette préférence pour l'horreur, le trash et le gore, mais également la baston, les explosions, les monstres géants et les action heroes.
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