[Semaine Vampires] Jour 7 : Vampire (2011)

Simon, un prof de lycée solitaire, vit avec sa mère psychologiquement fragile. Il est abonné à Side by Cide, un site dédié aux suicides en groupe. Accompagner les gens désœuvrés jusque dans leur dernier souffle de vie est en effet, jusqu’à présent, le meilleur moyen qu’il ait trouvé pour récolter du sang.


Avis de Oli :
VAMPIRE est le premier vrai long-métrage d’Iwai Shunji depuis la disparition de son directeur photo fétiche, Shinoda Noboru, en 2004. Après ce triste évènement, Iwai Shunji n’a en effet réalisé « que » des documentaires ou des courts métrages. Sur VAMPIRE, l’intéressé est donc à la fois au four (ce qui ne veut pas nécessaire dire que le film a fait un bide) et au moulin : écriture, photographie, musique et production sont en effet concentrés entre ses seules mains. Les dents longues, Shunji ? Toujours capable d’enchanter malgré le vide pesant causé par l’absence du géant Shinoda Noboru, Iwai ?

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En ce sens, VAMPIRE est plutôt rassurant : oui, Iwai Shunji est toujours un artiste de premier plan. Son film ne constitue en effet aucunement une redite sur un thème annoncé (le vampirisme), puisque le réalisateur japonais se permet de s’en réapproprier les codes pour, au final, nous livrer un film profondément humain, dont le principal intérêt est le profil psychologique savamment tissé de Simon, un étrange collectionneur de cercueils frigorifiques. Est-il seulement un vrai vampire ? Qu’importe après tout, le principal étant que lui en soit convaincu.

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VAMPIRE défile alors tranquillement sous nos yeux, sur un faux rythme, en laissant planer le doute sur la véritable identité du héros. Iwai Shunji nous propose ainsi de suivre une espèce de « road movie » à pied et en taxi, dans un périple qui n’est pas sans rappeler EYES WIDE SHUT pour son approche grave et drôle des pérégrinations d’un homme pas clair et un brin paumé.

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On sourit, on rit presque parfois. Les plans sont beaux, parfois très recherchés, et on se laisse bercer par la trouble mélodie concoctée par Iwai Shunji. Coincé entre compassion, amusement, surprise et dégoût, le spectateur hésitera sans doute longtemps avant de se forger un avis définitif sur Simon, ce drôle de voleur de vie autoproclamé vampire qui va accumuler les mauvaises rencontres, tout en essayant (dans un dernier élan désespéré ?) de s’intégrer malgré tout à une société qui parait parfois aussi désarticulée que lui.
Comment ne pas s’émouvoir lorsque Simon avoue ainsi, timidement, n’avoir jamais sucé le sang directement à la gorge des gens ? Doit-on y deviner, en pointillé, la confession d’un jeune trentenaire qui porte sa virginité comme un complexe et sa mère comme un fardeau? Pour illustrer ce thème des trentenaires et quarantenaires qui ne se sont jamais émancipés, puisque vivant toujours avec leurs parents, une localisation du long métrage au Japon aurait sans doute été plus parlante. Mais au moins, avec ce film tourné en anglais au Canada, Iwai Shunji cache bien son jeu et n’en dévoile les cartes qu’au compte-gouttes – de sang ?

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Loin d’être exempt de tout défaut (quelques longueurs, un plan semble-t-il repris de THREE EXTREMES: CUT, l’intervention de la police qui ne s’imposait peut-être pas…), VAMPIRE n’en demeure pas moins une œuvre étrange et envoutante, qui bouscule les codes du genre sans pour autant tourner le dos aux thèmes chers au réalisateur, ni même s’embourber dans un anticonformisme imbuvable. Plutôt encourageant compte tenu du fait qu’il s’agit du premier long-métrage d’Iwai Shunji depuis…une éternité, mais ça je l’ai déjà dit.

Note :

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vampire-iwai-shunji-0Titre : Vampire – ヴァンパイア
Année : 2011
Durée : 1h58
Origine : Etats Unis
Genre : tout va de vampire en pire
Réalisateur : Iwai Shunji

Avec : Kevin Zegers, Keisha Castle-Hughes, Amanda Plummer, Trevor Morgan, Adelaide Clemens, Aoi Yû, Kristin Kreuk, Rachael Leigh Cook, Jodi Balfour, Katharine Isabelle, Ian Brown, Samuel Patrick Chu, Gale Van Cott

 Vampire (2011) on IMDb


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Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège).

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