[Film] Secret Service Of The Imperial Court, de Tony Liu (1984)

La faiblesse morale du souverain laisse la voie libre aux ambitions de l’eunuque impérial. La police secrète est chargée de ses basses œuvres, au grand désarroi de Chao Pu-Fun, l’un des membres les plus émérites.


Avis de John Roch :
Secret Service Of The Imperial Court est le dernier film que Tony Liu réalise pour la Shaw Brothers. Tout comme pour The Lady Assassin l’année précédente, le réalisateur s’inspire de faits historiques, plus particulièrement l’arrivée au pouvoir de Wang Zhen. Eunuque devenu régent du jeune Zhu Qizhen, Wang Zhen a indirectement régné sur la Chine en ayant sous son influence le jeune empereur qui a accédé au trône à l’âge de 8 ans et a dirigé une sorte de police secrète chargée de réprimer toute forme de rébellion. Dans l’histoire de la Chine, la lutte entre les eunuques et les officiels de la cour sont à l’avantage de ces derniers qui ont laissé des traces écrites négatives sur leurs adversaires. Ces descriptions ont fait des eunuques de grands méchants de la littérature Chinoise, mais aussi du cinéma, comme dans le film dont il est question ici. A l’image de The Lady Assassin, Secret Service Of The Imperial Court est un film plus sérieux que ce que Tony Liu a tourné pour la Shaw Brothers, bien plus même car ici le réalisateur a quelque peu mis la pédale douce dans la frénésie de sa mise en scène, se concentre bien plus sur son histoire et abandonne les quelques traces de délires encore présents (notamment la dernière partie) dans The Lady Assassin. Ce qui ne veut pas dire que Tony Liu ne mène pas son récit tambour battant pendant 1h23 et abandonne son rythme fou, c’est même tout le contraire et Secret Service Of The Imperial Court s’impose comme un excellent métrage aux nombreuses qualités.

Ce qui frappe dans Secret Service Of The Imperial Court, c’est la densité et la profondeur de son histoire. Si en surface elle s’avère classique dans le déroulement d’un complot organisé par l’eunuque Wang Zhen pour prendre petit à petit le pouvoir, dans le fond le film fait preuve d’un excellent développement de ses personnages. En résulte un film à la puissance émotionnelle inattendue, où les protagonistes se retrouvent tiraillés entre l’honneur, le sens du devoir et du sacrifice, les valeurs familiales et la survie de clans entiers, dans ce qui peut être perçu comme un drame familial où chaque membre de celle-ci se retrouve face à des choix moraux qui donnent lieu à de nombreux rebondissements au sein d’un récit dont le coté tragique ne fait que de monter en puissance au fil des 1h23 que dure le métrage. Une durée un peu courte qui laisse quelques personnages sur le carreau, mais l’ampleur et la densité du scénario emporte l’adhésion. Ici Tony Liu est plus calme que d’accoutumé dans sa mise en scène. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne soit pas réussie pour autant, car si elle est moins frénétique que par le passé, du moins dans les scènes d’expositions, elle n’en reste pas moins classe.

Tony Liu iconise ses personnages dans une série de plans tous aussi beaux les uns que les autres, dans les décors toujours superbes de la Shaw Brothers, en plus de s’inspirer du cinéma Japonais lors des duels au sabre. Car il y a très peu de combats à mains nues dans Secret Service Of The Imperial Court, tout juste quelques passes ici et là et dans le final, mais globalement on est plus face à un film de sabre pur jus, où l’on sent l’influence du Chambara dans la mise en scène et dans les jets de sang qui giclent à chaque coups d’armes blanche, mais aussi de la saga Baby Cart dès lors que le héros emmène son fils dans ses nombreux affrontements. Car oui, si Tony Liu laisse plus de place à son histoire et à ses personnages, il n’en oublie pas d’en mettre plein les yeux et de ce côté on est servi. Les combats sont nombreux, violents, bien chorégraphiés et toujours mis en scène avec panache. Secret Service Of The Imperial Court est une étonnante surprise, un film qui mélange habilement combats et drame. Mais c’est surtout sur ce dernier point que le métrage surprend réellement, l’histoire est dense, tragique, et bien que quelques-uns aurait mériter plus de développement, les personnages participent grandement à la portée émotionnelle d’un incontournable du studio Shaw Brothers.

LES PLUSLES MOINS
♥ Visuellement superbe
♥ La mise en scène
♥ Un récit dense, tragique, à la portée émotionnelle inattendue
♥ Les personnages très bien écrits
♥ Le rythme de folie
♥ Les combats
⊗ Quelques personnages qui auraient mérité un peu plus de développement.
Quel énorme surprise ce Secret Service Of The Imperial Court. Si Tony Liu signe ici un nouveau film au rythme de folie, aux combats nerveux et à la mise en scène qui enchaine les plans tous aussi classes les uns que les autres, le métrage n’en oublie pas son histoire. Le récit est dense, tragique, rempli de personnages qui font face à des choix moraux à la portée émotionnelle que l’on ne pensait pas retrouver ici. Un grand film de Tony Liu et un grand film de la Shaw Brothers.

Secret Service Of The Imperial Court est sorti chez Spectrum Films en combo Blu-ray avec le film The Lady Assassin au prix de 30€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En plus du film, on y trouve : Présentation de Arnaud Lanuque, Interview de Lau Wing par Frédéric Ambroisine, Interviews de Jason Pai Piao, Lawrence Wong, et Lau Wing , la bande-annonce, le film The Lady Assassin et ses bonus.



Titre : Secret service of the imperial court / Jin yi wei
Année : 1984
Durée : 1h23
Origine : Hong Kong
Genre : Wu xia pian dramatique
Réalisateur : Tony Liu
Scénario : Tony Liu et Kuo-Yuan Chang

Acteurs : Ka-Yan Leung, Kuan-Chen Hu, Tony Liu, Feng Ku, Frankie Chan, Lau Chan, Lik Cheung, Philip Ko, Pei-Chi Huang, Miao Ching

 Qing gong qi shi lu (1983) on IMDb


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Auteur : John Roch

Amateur de cinéma de tous les horizons, de l'Asie aux États-Unis, du plus bourrin au plus intimiste. N'ayant appris de l'alphabet que les lettres B et Z, il a une nette préférence pour l'horreur, le trash et le gore, mais également la baston, les explosions, les monstres géants et les action heroes.
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Cherycok
Administrateur
5 octobre 2022 12:07

Celui là (et donc The Lady Assassin), je me les ferais péter à l’occaz chez Spectrum. Peut etre ma prochaine commande, on verra, quand le porte monnaie sera un peu plus renfloué. Car j’adore la période des 80’s de la Shaw Brothers et donc il faut que je vois ces 2 là

Feroner
5 octobre 2022 13:50

J’ai trouvé ça très agréable du rythme de bon combats. L’histoire est intéressante mais un peut trop tarabicoté et comme souvent avec la Shaw Brothers ils en font trop niveau dramatique. Pas besoin de 36 massacre pour le ressentir et le sacrifice final est vraiment absurde.

Dr_Gonzo
Dr_Gonzo
10 octobre 2022 9:16

J’ai bien aimé, il y a un petit côté baby cart dans le film. Le rythme est assez infernal et reste très sérieux dans son approche au contraire d’autres films de son réalisateur. Je trouve tout de même les combats moins frénétiques de part son sujet plus sérieux, du coup j’ai tendance à préférer la folie de Holy flame et Bastard swordsman à ce niveau là. On retrouve cette hystérie tout de même dans le combat final que j’ai adoré.

Le film reste globalement plus sage et sérieux que les autres films de Tony liu que j’ai pu voir de cette époque, le côté dramatique est exacerbé dans certaines scènes. Certains plans sont vraiment magnifiques au niveau de la photo ou de la composition.

Même s’il ne m’a pas autant marqué que ça, c’est un film très plaisant à regarder qui va à 200 à l’heure, court et efficace. Le casting est très bon, j’ai l’impression de voir Ku Feng dans tout les films de la Shaw tellement il est souvent présent.