[Film] The Isle, de Kim Ki-Duk (2000)


Maya vit seule avec son père dans une campagne perdue des Philippines. Ce dernier lui apprend à chasser au fusil et à survivre dans ce milieu hostile comme un homme. Un jour, alors qu’elle se promène seule avec son fusil et son chien, elle tue un aigle pour le dîner, sauf que l’aigle en question est une espèce protégée et qu’aux Philippines, on ne rigole pas avec ça. Cette famille va donc se retrouver avec la police sur le dos.


Avis de Oli :
THE ISLE est un film unique – même si certaines de ses thématiques trouveront un écho mystérieux dans le joli THE BOW, en 2005 (pour plaisanter on pourrait presque y voir une préquelle). Kim Ki-Duk y met donc en scène deux personnages écorchés vifs : que ce soit l’homme en cavale, ou cette mystérieuse femme solitaire et muette, tous deux semblent avoir été durement marqués par le passé. Aussi ils vont bientôt ressentir une attirance certaine l’un pour l’autre, entre déracinés de la société, et une relation passionnelle et ambiguë va naître sur la lisse surface de l’eau.

Fais-moi mâle…
Cette eau si calme en apparence, génialement mise en scène, contraste avec la violence des sentiments qu’éprouve chacun des protagonistes de l’histoire. Plastiquement superbe, celle-ci pourra néanmoins choquer certains spectateurs en raison de la violence de certaines situations – sans parler de certains actes très durs pratiqués sur des animaux, thème graphique (cinématographique ?) récurrent chez Kim Ki-duk, absolument nauséabond et que je ne m’explique pas.

A la vie, à l’amore…
Mais la violence n’est finalement pas si gratuite, puisque c’est quand les mots viennent à manquer pour exprimer leurs sentiments que certains parlent par la douleur et se mutilent pour parvenir enfin à crier leur amour. Car en définitive THE ISLE ne parle pas d’autre chose que d’amour. De la dépendance qui s’installe immanquablement lorsque celui-ci s’accompagne d’intenses élans passionnels. De la maladresse chronique qui frappe, fait souffrir quand celui-ci n’est pas maitrisé – voire peut-être carrément ignoré…depuis de trop longues années ?

Kim Ki-duk nous livre donc une drôle de partie de « péché à la ligne », et entre les quelques apparitions nocturnes terrifiantes de l’actrice principale, des coups de sang, coups de gueule et coups de couteau, des élans passionnels, violents voire déraisonnés, quelques plans magiques filmés tout en discrète retenue et d’autres débordant de sauvagerie charnelle, le plus souvent on ne sait pas vraiment à quel « sein » se vouer…et vous pouvez oublier ceux de Hee-Jin, elle risquerait de vous écorcher vif.

LES PLUSLES MOINS
♥ Des personnages bien écrits
♥ Plastiquement superbe
♥ L’ambiance générale
⊗ Le traitement fait aux animaux
Arrivé à la fin du film, et si vous mordez à l’hameçon tendu par Kim Ki-duk, vous ne pourrez qu’adhérer au message du réalisateur : la femme est bien une île pour l’homme.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le film a acquis une certaine notoriété en raison de scènes horribles qui ont fait vomir ou s’évanouir certains spectateurs lors de la première du film au Festival du film de Venise. En effet, il y a quelques scènes controversées dans le film. Les deux scènes impliquant des tentatives de suicide avec des hameçons ont fait frémir le public et certaines critiques. Il y a également de nombreuses scènes de cruauté envers les animaux, qui, selon le réalisateur Kim Ki-duk, étaient toutes réelles.

• The Isle a été nominé au Lion d’or de Saint Marc (meilleur film), lors de la Mostra de Venise 2000. Il a remporté le Corbeau d’or, lors du Festival international du film fantastique de Bruxelles 2001. Suh Jung a remporté le Prix de la meilleure actrice lors du Festival international du film Cinemanila 2001 et lors du festival Fantasporto 2001


The Isle est sorti chez Spectrum Films coffret Blu-ray avec le film Rough Cut au prix de 30€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En plus du film, on y trouve : Documentaire Les Enragés du Cinéma Coréen de Yves Montmayeur, Documentaire Kim Ki-Duk par Antoine Coppola, Interview de Kim Ki-Duk et du cast, Présentation des films par Panos Kotzathanasis, Modules promotionnels, MereJ et Bande annonce.



Titre : The Isle / Seom
Année : 2000
Durée : 1h25
Origine : Corée du Sud
Genre : Péché à la ligne
Réalisateur : Kim Ki-Duk
Scénario : Mikhail Red, Rae Red

Acteurs : Suh Jung, Kim Yoosuk, Park Sung-hee, Jo Jae-hyeon, Jang Hang-Seon, Kim Yeo-jin

 L'île (2000) on IMDb


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Auteur : Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège).
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Rick
Administrateur
14 juin 2014 11:45

Des moments durs, des moments poétiques, pour moi le meilleur de Kim Ki-Duk (bien que je n’ai pas encore tout vu). Ça avait été un choc la première fois que je l’avais vu. Excellente chronique Oli 🙂

Oli
Oli
Reply to  Rick
14 juin 2014 16:15

Ce que j’aime, chez le Sud-Coréen Kim Ki-duk, c’est que contrairement à ses nombreux compatriotes, lui il ne passe pas le tiers du budget de ses films dans les coupes de cheveux et les implants capillaires de ses acteurs et actrices.

Matt
Matt
5 octobre 2021 17:06

Ah merde j’ai le DVD dans un coin, je comptais le voir, mais c’est quoi ces histoires de sales traitements aux animaux ? ça a tendance à me poser problème ça…

Je suis loin d’avoir vu beaucoup de films de lui. Je suis surtout fan de Printemps, été,…etc^^

gael
Reply to  Matt
5 octobre 2021 23:18

J’ai trouvé ça sur un site
« poissons scarifiés ou asphyxiés, grenouille écorchée vive, chien battu et oiseau noyé »

Je l’avais vu à l’époque de calorifix, je n’avais aucun souvenir de ça, j’ai surement du penser de façon naïve que c’était fake. je voulais me faire sa filmo avec ma compagne, mais je pense finalement zappé celui-ci, je l’avais pourtant vraiment aimé, l’age d’or du cinéma coréen.

Cherycok
Administrateur
Reply to  Matt
6 octobre 2021 7:57

Ah ben il semble que, depuis toujours, on fait moins de chichi avec les animaux en Asie. C’est triste mais ils semblent parfois avoir moins de considération pour eux…

Matt
Matt
Reply to  Matt
6 octobre 2021 13:22

Bah après…je me pose pas forcément la question si des chevaux ont été blessés dans un film de chevalerie. Alors que ça doit arriver.
Donc je me doute que dans certains films, des animaux ont morflé. Mais bon…si ça se voit pas trop…
Le problème c’est s’il y a des scènes ou quelqu’un se défoule en défonçant un animal, c’est super frontal, aucune ambiguïté, torture explicite, là moi je me casse en général…

Cherycok
Administrateur
Reply to  Matt
6 octobre 2021 14:02

Ca c’est le genre de videos qu’on voit sur FB ^^ Plus sérieusement, je suis d’accord avec ça. J’aime pas bien non plus quand des animaux sont réellements maltraités pour les besoins d’un film. Les acteurs sont consentants eux, les animaux non