[JV] Stray Souls (2023 – Playstation 5)

Daniel est un jeune homme moyen de 18 ans, dans une situation tout à fait banale. Après avoir hérité de la maison de sa grand-mère, qu’il n’a que peu connue, il pense que tout lui réussit, qu’il possède désormais un foyer lui appartenant et l’indépendance qui va avec. Mais sa joie sera de courte durée lorsqu’il se rendra compte qu’il ne semble finalement pas être seul dans cette demeure.


Avis de Rick :
Stray Souls, quand j’ai commencé à en entendre parler, c’est le jeu sur lequel j’ai jeté toutes mes espérances pour le genre survival horror. Après tout, les développeurs voulaient rendre hommage à ce que j’aimais, voulaient jouer sur l’horreur psychologique, en plus d’être allé chercher pour aider à la bande son un certain Yamaoka Akira. Un petit village paumé, des demeures abandonnées, une forêt peu accueillante, un possible culte derrière tout ça, une brume épaisse, oui, sans même la présence de Yamaoka, l’héritage et la volonté de nager dans les mêmes eaux que la saga de Konami, Silent Hill, était énorme et très facile à remarquer. Et ça faisait envie, surtout que le jeune développeur, Jukai Studio, se sert de l’Unreal Engine 5 pour mettre en boite son jeu qui débarquait en Octobre 2023, parfait pour Halloween donc, et parfait puisque je venais de me procurer une Playstation 5. Et puis, la promesse d’un titre horrifique à l’ancienne (vue à la troisième personne, mix entre ambiance, horreur pure et énigmes, et surtout la présence d’armes, et donc, de gameplay), ça ne se refuse jamais, même si comme souvent, placer trop d’attentes dans un titre, c’est souvent synonyme de déception. Calisto Protocole encore récemment en est la preuve. Mais qu’à cela ne tienne, surtout qu’à sa sortie, le jeu n’était pas vendu 60 euros, ni même 80 euros comme c’est la mode chez les éditeurs qui aiment un peu trop l’argent (coucou EA, coucou Sony), mais bel et bien à 30 euros. La chute n’en sera qu’amoindrie en cas de déception. 26 petits giga plus tard, le jeu était lancé, le jour de sa sortie. Et la première chose qui frappe (corrigée depuis avec un patch), c’est qu’il faut réellement jouer en étant collé à sa télévision. Les sous titres sont en effets minuscules. Autant pour les sous titres des dialogues que pour les textes affichés à l’écran des sms envoyés et reçus par notre protagoniste.

Alors, on me dira que c’est un détail, mais lorsque le jeu débute, passé une inquiétante et intriguant cinématique, par un long échange de sms où il va falloir venir se coller à sa télévision pour espérer lire le texte, niveau confort de jeu, ça se pose déjà là. On pourrait même dire que le premier chapitre de l’aventure, l’introduction, met en lumière tout ce qui va, et tout ce qui ne va pas dans le titre, et malheureusement, niveau confort de jeu et gameplay, la balance penche vers le négatif. On nous présente donc notre héros, Daniel, qui vient d’hériter d’une grande maison. Il est tard, il est sur son ordinateur, sa voisine lui envoie des sms, et rapidement, des choses inquiétantes se produisent, nous donnant alors le contrôle du personnage. Que les contrôles soient un peu lourds, pourquoi pas, le genre le veut d’ailleurs. Que la caméra se prenne toujours dans les décors, panique et se mette à faire n’importe quoi lorsque l’on est dans des couloirs exigus ou dans un escalier, c’est déjà beaucoup plus problématique, et ça arrive au bout de seulement quelques minutes alors que l’on doit se rendre au grenier. Lorsque l’on doit évoluer justement dans des endroits exigus, ou zigzaguer entre des éléments, comme justement dans ce grenier, on se heurte au souci de la hitbox de notre personnage, qui parfois, décide de rester coincer contre un mur alors qu’il ne le touche même pas, et va refuser de tourner sur lui-même. Le jeu n’a même pas encore tenté de nous faire peur que manette en main, c’est la déception qui l’emporte. Et ces éléments bien gênants, ils font chier, car à côté, il y a de bonnes choses. Graphiquement déjà.

Non pas que le jeu soit extrêmement beau (après tout, il sort sur ancienne et nouvelle génération), mais son ambiance, via les éclairages, un certain souci de détail également, et bien elle est excellente. Si l’on remarquera par la suite quelques soucis dans l’animation, notamment faciale, peu aidée par des doublages pas toujours convaincants, et surtout des dialogues peu mémorables, de manière générale, Stray Souls est beau. Les effets de lumières notamment, de nuit ou en extérieur, avec la lumière du soleil passant entre les feuilles des arbres, sont bluffant. Plus tardivement dans l’aventure, c’est la brume qui s’invitera dans le titre et sera extrêmement bien rendue. Les décors aussi sont, de manière générale, très soignés, et on sent que les développeurs ont fait attention aux détails. Mais dès ce premier chapitre introductif, les développeurs justement vont aussi tenter d’insérer aussi tôt que possible l’horreur dans le récit. Car après tout, Stray Souls n’est pas un jeu particulièrement long. Si on ne passait d’ailleurs pas des plombes à se perdre dans la forêt du second chapitre, on pourrait même dire que le jeu se boucle en 5 ou 6 heures. Pas si mauvais pour un jeu d’horreur, ça ne tire pas sur la corde et ne s’étire pas inutilement il est vrai, mais lorsque l’on se perds dans certains niveaux, on se dit que malgré tout, le reste est assez court. Heureusement le reste, que ce soit l’exploration de lieux clos, comme un commissariat, ou bien les énigmes, ça s’en sort bien mieux. Les énigmes oui, elles font même plaisir. Certaines sont très simples, d’autres demanderont un minimum de réflexion, mais rien d’insurmontable. À ce niveau, la difficulté est donc très bien gérée.

ça va, vous arrivez à lire ?

Les énigmes ayant eu tendance pendant pas mal de temps à disparaître du genre, les voir ici plutôt bien traitées fait plaisir. Mais il y a l’horreur aussi. Daniel donc, qui hérite d’une maison, se rends compte que tout n’est pas si rose, et que cet héritage, la ville, sa grand-mère, tout cela n’est pas ce qu’il semble être, et qu’il a donc en réalité été amené ici pour une raison bien précise révélée bien plus tard, et ce malgré, dès le début du chapitre 2, soit à peine entre 15 et 20 minutes après le début du jeu, des révélations sur sa relation avec sa voisine, en réalité sa sœur. Daniel va devoir enquêter donc sur sa famille, ses parents, et pour cela, petit détour par le commissariat, et d’autres lieux plus ou moins attendus, avant un final lui aussi plutôt prévisible. Et niveau horreur donc, ça chauffe là aussi clairement le chaud et le froid pour une multitude de raisons, parfois logiques, parfois stupides. Commençons par le positif. Certains ennemis sont cools. Dans le bon sens du terme. Horribles, bien fichus. Le design sonore des ennemis, en général, fonctionne également, les rendant donc crédibles. Le jeu se permet de mettre dans son récit plusieurs combats de boss, contre des créatures souvent énormes, et la première fois, ça impressionne. Dans le même ordre d’idées, malgré la présence de plusieurs armes à feu, on ne croule pas toujours sous les munitions, et parfois, la fuite sera la meilleure option, comme à la bonne époque en réalité. Malheureusement, le positif s’arrête ici. Car à côté, c’est la débandade totale. Stray Souls déjà ne fait jamais peur. Un comble pour un jeu voulant rendre hommage à Silent Hill, même si bon, vu les récents essais de Konami (avec Silent Hill Ascension et Silent Hill the Short Message), on se dit qu’eux aussi ne comprennent pas leur propre saga.

Son ambiance visuelle est réussie, mais niveau peur, il n’y a rien. Sans doute car le jeu échoue à rendre ses personnages attachants ou intéressants, sans doute car malgré une belle variété de niveaux et d’ennemis, rien ne déclenche vraiment la peur. C’est parfois fonctionnel, mais rien à faire. Pourtant le jeu essaye, souvent, et ce dès le chapitre 1, qui sera d’ailleurs niveau peur un ratage total puisque tout cela m’aura fait rire, avec une grand-mère revenante qui vient faire coucou un peu tout le temps. Au début, ça surprend, on se pose des questions. Mais quand tous les quatre mètres, elle fait une apparition derrière un mur ou une porte, en se penchant doucement comme pour dire « coucou », on finit par en rire. Ensuite, on n’est absolument pas aidé, niveau immersion, par les personnages, et par l’écriture des dialogues. Au tout début du chapitre 2, notre sœur nous donne une arme à feu. Daniel objecte immédiatement, prétextant qu’il est contre la violence, ne s’est jamais servis d’une arme. Sauf qu’à peine quatre minutes après, on déambule en forêt, des ennemis débarquent, on tire un coup de feu et voilà que Daniel va crier « Die you monster », et que le bouton d’esquive le transforme en véritable petit soldat surentrainé. Un contraste qui rajoute de l’incohérence générale, et rends donc l’identification impossible, et le tout plus amusant qu’effrayant. Pareil dans le chapitre 3, on vient de traverser l’enfer, on explore un cimetière (glauque et visuellement très soigné), et notre sœur, qui nous a mis en garde et donné une arme, nous presse depuis le début, tout à coup s’arrête et en profite pour nous balancer un petit feu d’artifice. Comme si, à de nombreuses reprises, le jeu n’hésitait pas à briser ses enjeux pour nous mettre en scène des idées qui seraient arrivé aux développeurs sur le coup.

Mais des idées qui ne se marient pas avec le reste. Ah, et bien entendu, on n’échappera pas à quelques jumpscares, dispensables bien qu’efficaces, mais assez rares pour ne pas qu’on le plombe pour cette raison. Il y a donc toujours un décalage entre ce qu’il se passe et l’ambiance générale. Dommage, clairement. Et puis, si on se dira que plus l’histoire avance, plus le tout va se resserrer, et donc que certains égarements seront alors impossibles, voilà que ce sont alors les bugs qui s’invitent dans la dernière partie du jeu, venant carrément la plupart du temps briser l’intelligence artificielle du jeu. C’est flagrant sur les deux derniers ennemis importants que l’on affronte. Le premier sera littéralement perturbé si l’on se situe dans un escalier, comme si l’on devenait invisible, permettant donc au joueur de rester planté là et de vider les chargeurs, tandis que le second et dernier ennemi du jeu sera tellement lent que malgré son côté imposant, il peut être terminé sans stratégie, sans rien, surtout quand il lui arrive de se retrouver bloqué, face à un mur, et donc dos à nous. Au moins, cela permettra aux joueurs de relancer après le générique sa sauvegarde, de rebattre le boss, et d’avoir les différentes fins du jeu sans aucun effort. Quelle déception horrifique dans tous les cas. Pas de peur, des moments parfois ridicules, une écriture maladroite. Reste donc le côté technique, et de manière isolée, quelques trop rares moments. Pas de quoi en faire le jeu de 2023, ni le renouveau de l’horreur ou le successeur de Silent Hill.


GRAPHISMES
Malgré quelques défauts, Stray Souls est plutôt beau, surtout grâce à ses effets de lumière et le soin apporté aux décors.
JOUABILITÉ
Rigide, mais un retour à l’ancienne, avec une esquive, des armes, des énigmes… Dommage que ce soit parfois bien buggé.
DURÉE DE VIE
Le jeu n’est pas très long, mais on se retrouve parfois (le chapitre 2 en forêt) totalement paumé, ce qui allonge artificiellement le jeu.
BANDE SON
Une bande son convaincante, mais peu aidée par un doublage aux fraises.
CONCLUSION
Stray Souls voulait bien faire, avait du potentiel, mais il est déjà sorti sans doute trop tôt, étant bugé bien comme il faut. Mais même sans ça, il souffre de soucis d’écriture (ces dialogues à rallonge souvent risibles), et de mécaniques peu convaincantes (que ce soit dans le gameplay, ou dans ses tentatives de peur). Reste la technique, honorable et créant parfois une belle ambiance.

note8



Titre : Stray Souls
Année : 25 Octobre 2023
Studio : Jukai Studio
Editeur : Jukai Studio, Versus Evil, Alawar
Genre : Ça aurait pu être le nouveau Silent Hill

Joué et testé sur : Playstation 5
Existe sur : PlayStation 5, PlayStation 4, Android, PC, Xbox One, Xbox Series X and Series S
Support : un disque


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve, Shiraishi Kôji et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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