[Film] Summer of 84, de François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell (2018)


1984. Davey Armstrong, un adolescent de quinze ans, soupçonne son voisin policier d’être le tueur en série qui fait les manchettes partout dans les médias. Davey, avec ses trois meilleurs amis, s’embarqueront dans une enquête qui les mettra rapidement en danger.


Avis de Rick :
Vous n’en avez pas marre vous de la vague de films (ou séries) jouant sur la nostalgie des années 80 ? Vous savez, Super 8, Ça, Stranger Things, Ready Player One, Turbo Kid. Oui on en bouffe à tous les râteliers. Et perso, moi, j’en ai un peu raz le cul, puisque j’ai l’impression qu’au bout d’un moment, l’hommage à cette époque (qui aura bercée mon enfance hein) n’est plus un hommage sincère, mais juste un élément marketing de plus. Les années 80 font vendre, c’est comme ça. Du coup dans les faits, Summer of 84 ne me tentait pas tant que ça, jusqu’à ce que mes yeux se posent innocemment sur la bande de réalisateurs derrière le film. Et vous savez quoi ? Des fois, il suffit de peu pour passer de « meeeeh encore les années 80 » à « je ferme ma gueule et je regarde ». 1h45 après avoir découvert les réalisateurs, la vision du film s’achevait. Il faut dire que depuis 2015, j’attendais le retour de ces réalisateurs derrière la caméra. Ces réalisateurs, ce sont François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell. Une bande de trois Canadiens qui ont derrière eux un gros paquet de courts métrages, et surtout un long métrage qui aura fait sensation en festival. Et qui a une place dans mon petit cœur nostalgique. Ce film, c’est Turbo Kid. Et au lieu de se lancer dans un Turbo Kid 2 de suite (il est prévu), les trois réalisateurs à la place signent ce Summer of 84, un film qu’ils n’écrivent pas mais qui prend place dans la même mouvance nostalgique du moment, et dans la même mouvance de leur premier film. Si ce n’est qu’en réalité, Summer of 84 est l’exact opposé de Turbo Kid, tout en ayant la même saveur. Et j’ai même envie de dire que le film réussi un exploit : celui de jouer sur la nostalgie tout en ayant dans sa poche un atout de taille, à savoir une justification pour placer son intrigue dans les années 80, autre que l’hommage facile.

En tout cas, dés les premiers plans, inutile de le nier, Summer of 84 rappelle immédiatement les productions Spielberg, avec sa bande de 4 collégiens, et nous rappelle que les réalisateurs aiment vraiment les BMX, comme ce fut le cas déjà dans Turbo Kid. Cerise sur le gâteau, Le Matos, qui signait déjà la superbe bande son du dit film, revient et livre une OST franchement encore une fois excellente, bien que différente. Car si Summer of 84 contient de l’humour, parfois beaucoup, il n’est pas franchement une comédie. Davey, le personnage principal, jeune adolescent de 15 ans faisant parti de la bande de potes, soupçonne le voisin d’en face, policier, d’être le tueur en série qui kidnappe et tue des enfants. La bande va alors tout tenter pour découvrir si Davey a raison, et trouver des preuves. Le film va alors alterner quelques moments de la vie quotidienne des quatre garçons (jusqu’à nous montrer des moments plutôt réalistes et rares dans ce genre de films, où la sexualité de ces très jeunes adolescents est mise en avant, là où en général, le cinéma Américain n’en parle que lorsque les personnages sont de jeunes adultes (American Pie et compagnie), jamais avant), et l’enquête de nos jeunes pour découvrir si oui ou non monsieur Mackey est un tueur en série. Et dés le début, le film parvient par une petite voix off à quelque peu nous montrer le vrai thème du film, et du coup à justifier intégralement le pourquoi les années 80. Oui, le film veut égratigner la petite bourgade Américaine, nous montrer que les petites banlieues tranquilles sont souvent les endroits où le pire arrive (en ce sens, le propos peut rappeler Blue Velvet de David Lynch). Et quand on y pense, le milieu des années 80, ce sont les années où le rêve Américain a commencé à se briser, où la réalité a rattrapé le peuple et fait comprendre que non, les petites bourgades tranquilles ne sont souvent pas mieux que les grandes villes. Car derrière les rideaux fermés de votre voisin, le pire peut parfois arriver.

Placer l’intrigue du métrage au milieu des années 80, à cette période là, voilà qui fonctionne un max et prend sens. Mais au delà de ça, Summer of 84 parvient à mixer avec intelligence plusieurs éléments, avec donc la vie quotidienne de ses jeunes adolescents, leurs jeux ensembles, et l’intrigue beaucoup plus tendue. Car malgré des notes d’humour, Summer of 84 est sérieux, par moment bien tendu. En réalité, on pourrait presque dire que la première partie, relativement lente, semble plus jouer sur la vibre nostalgique, à coup de Goonies et compagnie, avant la très surprenante seconde partie, qui n’hésite pas à innover. Tout n’est pas parfait, on pourra par exemple parler du personnage féminin, au final peu utile et débarquant un peu comme ça sans prévenir. Mais dans sa seconde partie, Summer of 84 prend des risques et des chemins inattendus. Pour une fois, les parents sont invités à participer à l’aventure, et malheureusement pour nos héros, la participation des adultes au récit va foutre un sacré bordel. Mais plus que tout, plus le métrage avance, et plus l’ambiance se fait paranoïaque, et plus on avance vers des territoires inconnus, avec un final ultra surprenant, et surtout très noir, voir par moment terrifiant, chose que jusque là, de mémoire, personne n’avait osé aborder. Une autre grande force du métrage donc, celui d’oser de nouvelles choses, avec sa dernière demi-heure ne respectant alors plus du tout les codes du genre auquel il rend hommage. Et mine de rien, ça fait un bien fou, surtout quand la mise en scène est au top (avec plus de budget que Turbo Kid), que la musique est formidable, et que la plupart des acteurs fournissent un boulot exemplaire.

LES PLUSLES MOINS
♥ La mise en scène
♥ Nostalgique mais osant pas mal de nouvelles choses
♥ Le propos du film
♥ L’ambiance sonore à tomber par terre
♥ La dernière demi-heure marquante
⊗ Quelques longueurs au début
⊗ Le personnage féminin, peu utile
L’équipe de Turbo Kid surprend avec ce film, au départ nostalgique et faisant penser aux Goonies, avant qu’il ne prenne sa propre direction pour un final marquant et même totalement excellent.



Titre : Summer of 84
Année : 2018
Durée : 1h45
Origine : U.S.A / Canada
Genre : Suspense
Réalisateur : François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell
Scénario : Matt Leslie et Stephen J. Smith

Acteurs : Graham Verchere, Judah Lewis, Caleb Emery, Cory Gruter-Andrew, Tiera Skovbye et Rich Sommer

 Summer of 84 (2018) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

7 Comments

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  1. Je l’avais vu passer celui là et il avait l’air vraiment chouette effectivement. Après, faudrait aussi que je regarde Turbo Kid, ca avait vraiment l’air pile dans ce que j’aime et je l’oublie toujours dans un coin de ma tête. De plus, en tant que grand nostalgique des années 80 en termes de cinéma, il faudrait que je me lance. Visuellement comme ça sur les images, ca fait beaucoup penser à Stranger Things

  2. C’est vrai que toi tu es très sensible à tout l’aspect nostalgique récent, donc tu pourrais te régaler devant ces deux films, bien que la direction soit au finale différente (Turbo Kid est fauché et est filmé comme un film fauché de ses époques jusqu’à ses cadrages souvent serrés, Summer of 84 ose plus il avance détourner les codes que l’on connait et est bien plus propre et sérieux dans sa mise en image).

  3. Ils ne sont pas tous bons les films qui surfent sur cette mouvance 80’s mais moi ca me fait remonter plein de souvenirs enfouis, donc j’adhère en général.

  4. J’ai bien aimé Turbo Kid, donc pourquoi pas tester ce film ?^^
    Merci pour l’info.
    Je crois que j’en ai entendu parler quelque part d’ailleurs, mais je ne sais plus du tout où.

  5. Décidément, je ne comprendrai jamais pourquoi les gens aiment regarder des films qui “imitent” les années 80. Perso j’adore les années 80 et je ne vois vraiment aucun intérêt à regarder des films émulant les années 80 quand il y des dizaines et des dizaines de films tournés dans les années 80 à regarder.

    C’est vrai pourquoi vouloir une copie plutôt que l’original ? (d’ailleurs le problème est le même pour les (souvent) fumeux remakes/reboot)

    1. C’est pas une histoire juste de copie ou autre. C’est plus une ambiance qui moi me parle. Je ne me retrouve que très peu dans le cinema actuel, du moins celui d’hollywood, avec ses gros blockbusters sans âme à base de collants moulants et de grands méchants très méchants (d’où le fait que la majorité des films récents que je chronique ne sont même pas sortis au cinéma). Du coup, quand un film me renvoie à une période que j’aime (les années 80 par exemple, mais pas que), ben je vais jeter un oeil. J’en aime beaucoup certains, d’autres moins.

  6. Chery : J’ai envie de dire qu’il y a plus de mauvais que de bons, enfin, pas forcément mauvais mais juste meeeeh. Après j’ai grandis avec les années 80, mais la nostalgie et le fan service ne fonctionnent pas sur moi ou rarement ^^
    Matt : C’est beaucoup plus sérieux que Turbo Kid, mais moi ça m’a fait plaiz de voir ils pouvaient faire quoi avec un budget plus conséquent et un scénario qui n’est pas signé par eux. Puis comme ils le disaient eux même, ça leur permet de ne pas être “les gens qui ont fait Turbo Kid” seulement.
    Canard VC : Car tout n’est pas mauvais. Enfin il y en a malgré tout. je dirais dans le cas de ce Summer of 84 que le fait d’être dans les années 80 mais tourné de nos jours lui permet un peu de distance avec cette époque, ce qui est une chose assez rare. Après je suis d’accord dans le fond, surtout que l’hommage est devenu le plus souvent uniquement commercial comme je le disais en début de chronique.

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