[Film] Résistance, de Sergey Mokritskiy (2015)

En 1941, Hitler lance ses troupes contre Sébastopol, ville russe de Crimée, dont le port représente un intérêt stratégique de grande importance. Le long siège de la ville est marqué par des bombardements de l’artillerie lourde allemande extrêmement intenses. Sous ce déluge de feu, une jeune femme russe va se révéler être une tireuse d’élite hors du commun. Son talent est tel que l’armée allemande reconnaît en elle une menace à éliminer à tout prix.


Avis de Cherycok :
Continuons l’exploration du cinéma russe du 21ème siècle avec Résistance, Bitva za Sevastopol en version originale, film de guerre russo-ukrainien sorti en Direct-To-Video chez Seven Sept en ce début d’année 2016. Car oui, je ne désespère pas, je reste persuadé qu’il y a des films russes contemporains qui valent le détour. Ce Résistance attise d’autant plus la curiosité que, en plus d’être tiré d’une historie vraie, il a pour toile de fond une des plus cuisantes défaites de l’armée russe lors de la 2ème guerre mondiale, l’avancée des nazis jusqu’à Sébastopol et le siège de 250 jours qui a suivi. Une des pages les plus sombres de cette guerre. Tout de même assez étrange de la part de la Russie tant, un peu à la manière des chinois ou des américains, on a plus l’habitude d’œuvrer dans le patriotisme bien dégoulinant avec eux. Quoi qu’il en soit, nous voilà en présence d’une chouette petite bobine qui, à défaut d’être exceptionnelle, fait le boulot et le fait à peu près bien.

Résistance est donc inspiré d’une histoire vraie, celle du personnage central du film, Lioudmila Pavlitchenko, cette femme sniper qui est devenue une héroïne des russes durant la seconde guerre mondiale pour avoir abattu au combat la bagatelle de 309 allemands. Puis, après avoir été blessée, elle s’est tournée vers la sphère diplomatique, devenant même le premier citoyen soviétique à avoir été invité à la Maison Blanche où elle rencontre le président Franklin Roosevelt en septembre 1942. Puis, Eleanor Roosevelt l’invite et l’encourage à effectuer une tournée à travers les Etats-Unis afin de raconter son expérience et encourager les américains à l’effort de guerre. Sergey Mokritskiy fait le choix avec son film de romancer un peu les choses, voire de modifier quelques évènements, mais le sens de son récit respecte tout de même l’histoire originelle.
Le parti pris dans Résistance va être de naviguer constamment sur deux époques, et le procédé est des plus réussis tant l’ensemble est parfaitement homogène. On a d’un coté la partie en Russie, au front, qui se passe avant, et de l’autre, quelques mois plus tard, aux Etats Unis, à la Maison Blanche. Et la réalisation fait preuve d’un grand sérieux. La mise en scène est carrée, avec de superbes plans et une photographie soignée, une reconstitution historique très réussie aussi bien au niveau des costumes que des décors, rendant l’ensemble parfaitement crédible. Les couleurs sont froides, volontairement ternes, et les effets spéciaux lors des quelques scènes de guerre n’ont aucun problème à rivaliser avec ceux du cinéma hollywoodien, le tout pour un budget ne dépassant pas les 5M$US. « Quelques » scènes de guerre oui, car Résistance n’est pas à proprement parler un film d’action…

Au final, peu de véritables scènes de guerre, mais plutôt le destin d’une jeune sniper surdouée qui finira par souffrir psychologiquement de ses 309 victimes, la guerre ne servant au final que de toile de fond. Bien entendu, le film est ponctué d’échanges d’amabilité entre les russes et les allemands, avec d’ailleurs des passages particulièrement crus, membres arrachés, tripes à l’air, giclées de sang, nous faisant bien ressentir l’inévitable horreur de la guerre. L’utilisation de la shaky cam est intelligente, toujours aux bons moments, ne succombant pas à la facilité d’en abuser pour donner artificiellement une sensation de mouvement permanent. Le moment le plus impressionnant et intense du film reste l’attaque aérienne allemande sur la flotte russe, visuellement superbe. Mais Sergey Mokritskiy préfère s’attarder sur ses personnages, nous montrer leur passé, leurs traits de caractère, leurs relations, ce qui permet de s’attacher à eux. Certes mais le surplus d’histoires d’amour qu’il nous présente a tendance à un peu distraire le spectateur et le faire décrocher de l’histoire qu’il nous raconte. Oui, trop c’est trop, et même si je conçois qu’en tant de guerre, avec tout ce que cela comporte d’horreurs autour des soldats, on s’attache beaucoup plus vite que la normale, même si elle est jolie, Yuliya Peresild n’est pas non plus le canon du siècle (guerre, canon,… oui, blague pourrie…).
On n’omettra pas non plus de signaler que le film « oublie » de s’attarder sur certaines atrocités perpétuées par les russes eux-mêmes, surtout en ce qui concerne les ukrainiens. On a l’impression que le réalisateur essaie un peu de lisser l’image de son pays, comme lors d’une scène ou notre snipeuse « joue » à faire souffrir un allemand en lui tirant dans les bras / jambes, et son supérieur qui la reprend en lui disant qu’ils ne sont pas comme les fascistes, et qu’il faut les tuer d’une seule balle sans les faire souffrir. Mouais, un peu limite moralisateur sur le coup…

LES PLUSLES MOINS
♥ La mise en scène
♥ L’attaque de la flotte
♥ L’actrice principale
⊗ Pourquoi toutes ces histoires d’amour ?
⊗ Quelques coups de mou
Même si au final il s’en sort avec les honneurs, Résistance n’arrive jamais réellement à nous captiver complètement. L’ensemble est néanmoins très digeste, se laisse suivre sans aucun souci, et les quelques scènes de guerre pure et la mise en scène nous prouvent tout de même que les russes savent ce qu’ils font.



Titre : Résistance / Bitva za Sevastopol
Année : 2015
Durée : 2h02
Origine : Russie / Ukraine
Genre : C’est la guerre mon colonel !
Réalisateur : Sergey Mokritskiy
Scénario : Maksim Budarin, Maksim Dankevich, Leonid Korin, Sergey Mokritskiy, Egor Olesov

Acteurs : Yuliya Peresild, Evgeniy Tsyganov, Joan Blackham, Anatoliy Kot, Oleg Vasilkov, Nikita Tarasov, Stanislav Boklan, Natella Abeleva-Taganova

 Bitva za Sevastopol (2015) on IMDb


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Rick
Administrateur
5 février 2016 14:57

Ça a de la gueule visuellement en tout cas d’après les captures ! Je ne connaissais pas du tout ce film ^^