[Film] Project Gutenberg, de Felix Chong (2018)


Lee Man, un artiste condamné pour contrefaçon de billets, est extradé d’une prison thaïlandaise. La police de Hong Kong enquête sur une série de meurtres dans le monde de la contrefaçon dont le principal suspect est le « Peintre », un mystérieux personnage.


Avis de Feroner :
Comme pas mal de monde, j’ai commencé à m’intéresser au cinéma hongkongais avec les films de John Woo et s’il y a un acteur qu’on retient de ses films, c’est bien sur Chow Yun Fat. A cette époque, beaucoup de réalisateurs copiaient son style mais personne n’a jamais réussi à faire aussi bien, à part peut-être Johnnie To avec son Hero Never Dies. Ils étaient moins bon mais ça a eu le mérite de lancer une mode du polar, un nombre de films incroyable ayant été produits à cette période et j’en ai regardé des wagons. Mais voilà, le genre polar / action est passé de mode, pas vraiment de nouvelle génération, et surtout les films HK actuels visent le marché Chinois qui demande de l’héroïsme et du patriotisme. Hors de question de montrer au Chinois des flics borderline à la Ringo Lam ou des gangsters héroïques à la John Woo.

Même s’ils sont passés de mode, voire en voie d’extinction, il y en a encore quelques-uns qui m’ont beaucoup plu ces dernières années, comme Chasing the Dragon, Paradox, White Storm 2, A Witness Out of the Blue, et en 2018, ce Project Gutenberg réalisé par Felix Chong, dont c’est le 9ème film. Je ne connais de lui que la saga Overheard, trois bons polars classieux qui se passent dans le milieu de l’immobilier, coréalisés avec Alan Mak pour qui il a écrit le scénario d’Infernal Affairs, ça fait bien dans un CV. Le gros point fort de ce film est d’avoir Chow Yun-Fat au casting car, l’air de rien, ça fait hyper longtemps qu’on ne l’a pas vu dans le rôle d’un gangster. En plus, il fait de la fausse monnaie, ça ne vous rappelle rien ? Heureusement, le film n’essaie pas de faire du John Woo. Chow Yun-Fat est impliqué et son jeu est juste. Son rôle est intéressant : au début il est sympa, classe (comme d’habitude) et, petit à petit, on se rend compte qu’il est loin d’être cool, ce qui n’est pas arrivé souvent dans sa filmographie. Aaron Kwok est pas mal aussi en mec un peu faible qui subit les événement.

La réalisation est bonne, sobre et classieuse, jamais d’effet inutile. La photo est belle, pas mal de filtres, l’image est dessaturée. Je préfère quand c’est plus naturel et lumineux mais c’est maitrisé et plutôt réussi. Ça dure deux heures, comme c’est un peu la norme actuellement, et cette fois c’est bien rempli, on ne s’ennuie jamais et il n’y a pas ce quart d’heure en trop. On sent que le premier métier du réalisateur est scénariste et comme dit le dicton ” on n’est jamais mieux servi que par soi-même”. C’est hyper prenant, on ne sait jamais dans quelle direction ça va partir, on est souvent surpris, on a plusieurs points de vue sur certaines scènes. Et quand on croit avoir décelé une erreur ou une facilité, c’est pour mieux nous embobiner. Exemple : à un moment, un personnage important meurt et, la scène d’après, on apprend que non il a survécu. Ça parait un peu con et incohérent mais en fait ça prend sens lors du twist final qui reprend celui d’un célèbre film Américain. Reprise bien foutue car je n’ai rien vu venir. C’est bien un scénario compliqué avec des twists mais ce n’est pas facile à suivre, j’étais un peu perdu par moment surtout qu’une femme change de visage pour reprendre celui d’une autre. C’est très sérieux très, peu d’humour, ça manque un peu de légèreté, ça ne fait pas de mal.

LES PLUS LES MOINS
♥ La réalisation
♥ Le scénario
♥ Le casting
⊗ Un peu lourd
⊗ Pas facile à suivre
Pas beaucoup d’action mais il y a bien deux ou trois grosses fusillades, et quel plaisir de revoir Chow Yun-Fat en costard un flingue dans chaque main. Un des derniers grands polars HK, digne représentant d’un genre qui ne pourra plus exister vu la situation là-bas. Le polar HK est mort, vive le polar Coréen.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le 27 août 2018, une conférence de presse du film se tient sous la forme d’une cérémonie de distribution d’argent à l’ancien poste de police central à Hong Kong lors de laquelle 5000 faux dollars HK sont exposés et a laquelle assiste l’équipe du film.
• Aux Hong Kong Film Awards de 2019, le film remporte les prix du Meilleur Film, Meilleur Scénario, Meilleur Réalisateur, Meilleure Photographie, Meilleur Montage, Meilleurs Décors et Meilleurs Costumes et Maquillage.


Titre : Project Gutenberg
Année : 2018
Durée : 2h10
Origine : Hong Kong / Chine
Genre : Polar
Réalisateur : Felix Chong
Scénario : Felix Chong

Acteurs : Chow Yun-Fat, Aaron Kwok, Zhang Jing-Chu, Joyce Feng, Lui Kai-Chi, Catherine Chow, David Wang, Pauline Suen, Alex Fong

 Mou seung (2018) on IMDb


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Cherycok
Administrateur
11 décembre 2020 20:50

C’est quand même triste de se dire que cette époque du ciné HK est révolue. Bien entendu, il y aura toujours un film ou deux qui sortiront pas là et qui s’élèveront au dessus de la masse, mais ca ne sera plus jamais pareil…

Cherycok
Administrateur
Reply to  Feroner
12 décembre 2020 13:26

Ah mais ca on est d’accord, ce n’est pas nouveau et les gouvernements le savent. Juste ils essaient de faire en sorte que ca n’arrive pas. Mais la Chine est un ogre qui si elle ne se méfie pas sera peut être elle même mangée par d’autres pays qui sont en cours de développement très rapide, du genre l’Inde…