[Film] Permis de Tuer, de John Glen (1989)

En congé en Floride, James Bond assiste au mariage de son ami de la CIA Felix Leiter. À quelques heures de la cérémonie, les deux amis sont avertis de l’arrivée d’un baron de la drogue sur le sol des Etats-Unis, Franz Sanchez. Unissant leurs efforts, ils le capturent. Cependant, Milton Krest, son complice, le fait évader peu après, avec l’aide de Killifer, un flic que Sanchez a corrompu. Avant de regagner son pays, Sanchez fait mutiler Leiter par un requin, puis violer et tuer son épouse. Bond décide de venger son ami, malgré les sévères remontrances de M, qui le démissionne et lui retire son “permis de tuer”.


Avis de Rick :
En 1987, Timothy Dalton avec l’aide du réalisateur John Glen avait donné un nouveau visage à James Bond. Un visage au final plus humain. Le ton n’était plus à la rigolade, le ton plus noir et plus violent, l’intrigue plus contemporaine et terre à terre, tout comme le méchant de l’intrigue, au final un banal trafiquant d’armes. Le personnage de James Bond gagnait même en épaisseur avec un côté plus humain, avec ses doutes, ses faiblesses, et l’intrigue était finalement rondement écrite, faisant du film le meilleur opus depuis un bail. Et miracle, Timothy Dalton et John Glen continuent sur cette lancée deux ans plus tard avec Permis de Tuer, un épisode vraiment à part dans la saga et pour les bonnes raisons. James Bond nous apparaît encore plus humain puisqu’il sera animé par la vengeance, personnelle dans le cas présent, et le ton encore plus sombre et désespéré. D’ailleurs c’est simple, à sa sortie, Permis de Tuer fut le seul James Bond à avoir une interdiction au moins de 12 ans en France, et le seul qui, pour avoir droit au classique PG13 en Amérique, du retourner en montage pour supprimer quelques précieuses secondes. Permis de Tuer est donc le film qui prend des risques, et qui le fait sacrément bien. James Bond est en vacances en Floride pour le mariage de son ami de la CIA, Félix, présent dans la saga depuis les touts débuts ou presque. Un mariage banal, avec une petite arrestation de trafiquant de drogue à la clé également (banal pour James Bond hein). Sauf que les choses démarrent fort et vite, notre grand caïd parfaitement joué par Robert Davi s’échappe, en profite au passage pour torturer Félix et tuer sa femme, et quitte l’Amérique.

Oui, ce James Bond commence par des notes sacrément sombres, et ne va jamais dévier de son but. James Bond, désavoué, qui se voit retirer son permis de tuer, part dans une vendetta personnelle. Certes, dans le fond, cet opus lorgne beaucoup plus vers le film policier sombre que le vrai film d’espionnage, mais la sauce prend parfaitement. La sauce prend grâce à l’évolution logique du personnage, un grand casting et surtout le professionnalisme de l’équipe technique. Car en faisant de James un agent désavoué, et qui agit donc pour lui, avec spontanéité, sans ordre derrière lui, James Bond perd en quelque sorte son objectivité vis-à-vis de la situation dans laquelle il se trouve, mais se trouve un côté plus humain, et donc dans le fond, tour à tour plus menaçant et également plus fragile. Ce tour de passe passe marche parfaitement bien au sein d’un scénario bien huilé bien que finalement assez classique dans sa narration même (James Bond suit sa cible, va s’infiltrer chez lui pour le tuer, on a déjà vu ça plus d’une fois), mais qui se fait moins classique dans les petites subtilités (James vengeant son ami avec une telle haine, cela lui rappellerait-il au final ce qui lui était arrivé des années avant ?). Mais comme je l’ai précisé, outre son scénario et ses idées, ce nouvel opus fonctionne également grâce à son casting, et donc ses personnages. Alors évacuons tout de suite ce qui ne va pas. Forcément, en étant désavoué, M tout comme Moneypenny passent un peu à la trappe, ne faisant que de brèves apparitions. Leurs personnages durant la courte ère de Timothy Dalton n’ont pas le temps d’exister. Q par contre se retrouve pour la première fois sur le terrain, avec un rôle plus important que d’habitude, et ça, c’est vraiment plaisant. Mais c’est dans tous les autres rôles propres au film uniquement que ça fonctionne mieux.

Robert Davi campe un trafiquant de drogue convaincant, tandis que nous trouvons en homme de main un tout jeune Benicio Del Toro, fort convaincant également. Les deux James Bond Girls, Carey Lowell d’un côté en ancienne agent de la CIA et Talisa Soto en petite amie du grand méchant sont charismatiques, et surtout n’ont pas juste un rôle de présence pour s’exclamer devant la supériorité de James. Ce qui était un peu le cas dans le film précédent. Mais non, Permis de Tuer lui fait briller aussi ses personnages féminins, en leur donnant un fond, une histoire, et en les rendant souvent utile pour l’histoire et les personnages. Un plus indéniable pour le film. L’humour quand à lui sera totalement absent de l’œuvre, et après tout, vu les thèmes abordés et la noirceur générale, on ne va pas s’en plaindre. L’action quand à elle m’aura semblée bien plus rare à l’écran, sans que cela ne dérange, et s’avère toujours aussi efficace, notamment la poursuite finale en camion signée Rémy Julienne, comme souvent. En fait, comme le précédent opus, en plus d’être parfois impressionnant, Permis de Tuer est un réel bon film en plus d’être un excellent James Bond. Juste Tuer n’est pas Jouer était un bon film d’espionnage avec son lot de trahisons et autres, alors qu’ici, nous sommes devant un bon film policier avec James Bond voulant se venger. Passionnant, et oh combien intéressant, surtout au sein de cette saga.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un film plus sombre et violent
♥ Timothy Dalton
♥ Pas mal de petites subtilités qui font plaisir
♥ La scène finale
♥ De très bons personnages et acteurs
⊗ Une narration classique
⊗ M et Moneypenny totalement en retraits
note8
Permis de Tuer continue sur la lancée du précédent film, en se voulant plus sombre, plus violent, plus humain également. Si en soit la narration est classique et déjà vue, le film amène pas mal de choses bienvenues.



Titre : Permis de Tuer – Licence to Kill

Année : 1989
Durée :
2h13
Origine :
Angleterre / U.S.A.
Genre :
Action
Réalisation : 
John Glen
Scénario : 
Richard Maibaum et Michael G. Wilson
Avec :
Timothy Dalton, Carey Lowell, Robert Davi, Talisa Soto, David Hedison, Benicio Del Toro, Everett McGill et Desmond Llewelyn

 Licence to Kill (1989) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

12 Comments

Add a Comment
  1. Je sais pas pourquoi mais j’aime mieux celui d’avant, les mechants sont pourtant parmis les meilleurs le boss c’est pas possible d’avoir plus une tronche de narco le mec il peut pas jouer autre chose, et Benicio c’est deja benicio quoi.
    Dommage que ca s’arrete deja pour timothy, au moins avec lui c’est un sans faute, le seul qui peut le dire.

  2. Sans doute car celui d’avant a dans le fond un meilleur dosage entre l’intrigue et l’action. Cet opus là, plus sombre, et mieux à plein de niveau, est tout de même assez lent niveau action, ça fait surtout monter la tension avec parfois des mini scènes mais ça prépare surtout pour le final.
    Oui le pauvre Timothy, du coup la partie de la saga avec lui est celle qui tient le mieux la route, mais c’est la plus courte (Lazenby et son unique film à part bien entendu).

  3. Mon premier James Bond vu au cinéma (et oui, même avec la scène du requin, le film n’était pas interdit aux moins de 12 ans).
    Je l’adore celui-là, rien que pour la scène des camions citernes, ça déchire!

    J’étais comme un fou dans la salle à l’époque, je l’ai toujours préféré au précédent, Dalton semble plus se plaire dans cet univers de vendetta plutôt que l’espionnage pur.

    En revanche, même si j’adore la chanson de Gladys Knight, rien ne surpasse la chanson de A-Ha pour le précédent (cette musique est un joyau, j’en suis dingue)

    J’ai déjà dit que les James Bond ça défonce ? 😉

  4. C’est vrai que cette scène finale est sacrément cool, et super longue.
    La chanson de Gladys Knight semble plus être un retour aux anciennes chansons alors que la chanson de A-Ha est plus dans l’air du temps, un peu comme Duran Duran pour le dernier Roger Moore 🙂 Enfin je le vois comme ça.

    Et oui, je sais, tu es fan 😛

  5. BOn je me suis pris ce film et aussi “tuer n’est pas jouer” histoire de juger enfin ces 2 Bond que je n’ai jamais vus.

    Il faut dire que je connais très mal Timothy Dalton, mais pour l’avoir vu crever l’écran dans la série TV d’horreur gothique Penny Dreadful (une série assez courte en 3 petites saisons avec Eva Green qui revisite les classiques comme Dracula, Frankenstein, Dorian Gray, etc.), et aussi en voyant le film The Rocketeer, je me dit que putain il a un sacré charisme le mec quand même. Et ça peut être intéressant de voir plus de films avec lui.

  6. Timothy Dalton est au final un excellent acteur, au style très différent des autres acteurs de Bond, mais il a un charisme fou. Il ne faut pas oublier aussi son rôle de méchant dans Hot Fuzz de Edgar Wright, où il était bien drôle. Il faudrait que je me penche d’ailleurs aussi sur les autres métrages qu’il a fait, il semblait assez sélectif dans ses projets donc ça peut être intéressant d’en voir plus.

    1. Il a une tronche qui le prédispose aux rôles de méchant, avec son sourire un peu inquiétant.
      Mais il se débrouille bien aussi dans d’autres rôles.
      Je sais que t’aimes pas trop voir des séries (moi non plus) mais Penny Dreadful est très sympa, et avec “seulement” 27 épisodes.
      Il est excellent dedans.
      Et ça fait un peu penser aux reprises des classiques de l’horreur par la Hammer.

  7. Ah ça, c’est même pas que j’aime pas, c’est que ça ne m’intéresse pas, je ne suis au courant de rien du tout niveau série (de toute façon, il doit en sortir quasi tous les jours maintenant, entre les chaines de télé, les plateformes de streaming). À la limite, mais c’est toi qui ne sera pas intéressé là, il y a la série pour Amazon de Nicolas Winding Refn qui me tente haha !

  8. “Ah ça, c’est même pas que j’aime pas, c’est que ça ne m’intéresse pas”

    Mais…pourquoi tant de haine ?

    Bref j’ai vu ce Permis de tuer. Très bien aussi^^
    Il y a juste une scène que je trouve un peu kitsch. Celle dans le bar quand Bond rencontre Carey Lowell. Euh…la nana est habillé en cuir avec un fusil à pompe en mode “nana badass clichée”, le bar dispose d’une piste de danse de 1m sur 1m pour une stripteaseuse qui ne peut que se dandiner vu que y’a pas de place…mouhahaha c’est quoi ce décor moisi ? ça existe ces bars tout moisis ?
    Bref…

    Sinon bon film. J’ai moins accroché à l’histoire vu que c’est juste Bond qui veut se venger, mais les acteurs sont bons, et les scènes d’action, même si peu présentes, sont très bien. Punaise ça fait du bien ces scènes qui ne puent pas le fond vert comme aujourd’hui^^

  9. Depuis gamin, je ne suis pas potes avec les séries, du coup je n’arrive à suivre que si le réalisateur derrière contrôle l’intégralité, et que c’est pas trop long. Donc ces 5 dernières années, il n’y a eu que Twin Peaks the Return, et sans doute la série de Refn qui ne fait que 10 épisodes.

    Dans le fond l’intrigue est plus simple oui, un simple revenge movie, sans gros coups de théatre de manière générale, mais avec un ton vraiment sombre et assez rare dans la saga. Genre la scène avec le requin, ben, wow. Pareil avec le mec que le méchant laisse mourir, et pleins d’autres moments. Ce changement dans la saga fait bien plaisir. Et oui je crois que je l’avais dit dans mon article, l’action est bonne, mais malgré tout assez rare dans cet opus, très peu de scènes.

    Je suis sûr que ces bars existent haha !

    1. Je sais pour les séries, j’en regarde très peu aussi. Mais j’ai bien aimé celle là^^

      Mais sinon je ne trouve pas qu’il soit complètement dépourvu d’humour ce James Bond. Q est marrant, l’espèce de prêcheur qui veut s’envoyer en l’ar avec ses admiratrices dans son “temple”, l’espèce de rivalité kitsch entre les 2 Bond girl (sérieux à la fin il mériterait pas une claque dans un film super sérieux ?^^ Il vient de rouler un patin à l’espagnole et hop il poursuit l’autre)

      Après il y a moins de gadgets exagérés, le film fait plus réaliste. Pas d’homme de main qui lance un chapeau ou ce genre de choses^^ Mais pas complètement noir non plus.

  10. Surtout que j’ai tant de films à regarder, je m’en sortirais déjà jamais !

    Disons qu’il en a, un peu, mais différent de d’habitude. Du moins c’est mon ressenti. Peut-être moins appuyé, ou plus encré dans une certaine réalité, je sais pas.

    Haha j’aurais pas imaginé Del Toro lancer un chapeau.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *