[Film] Mon Nom est Personne, de Tonino Valerii (1973)

Jack Beauregard, légende de l’Ouest, désire mettre un terme à sa carrière de pistolero et envisage de s’embarquer pour l’Europe. Mais un jeune admirateur, affirmant s’appeler Personne, ne l’entend pas de cette oreille. Il veut faire entrer Beauregard dans l’Histoire en l’amenant à combattre la Horde sauvage.


Avis de Cherycok :
Le duo Terence Hill / Bud Spencer a été propulsé sur le devant de la scène grâce au succès de On l’appelle Trinita en 1970, western parodique qui avait fait dégénérer un genre en général des plus sérieux. Mais comme j’ai déjà pu le dire sur ma critique de On m’appelle Malabar écrite pour le décès de Bud Spencer, chacun a également eu sa petite carrière solo. Et c’est d’ailleurs sur le film Mon Nom est Personne, sans doute son plus connu, où il n’est pas accompagné de son acolyte, que Terence Hill rencontre son plus gros succès. Plus de 4.7 millions d’entrées juste en France, c’est assez conséquent pour l’époque ! Et clairement, c’est mérité, tant cette confrontation entre le western parodique et le western traditionnel amène un certain vent de fraicheur dans un genre qui commençait sincèrement à avoir du mal à se renouveler. Pourtant, la production du film a eu droit à quelques péripéties qui auraient pu être des plus douloureuses…

Quelques petites informations tout d’abord. Le maître du western italien Sergio Leone (Pour une poignée de dollars, Il était une fois dans l’Ouest, Le Bon la Brute et le Truant…) n’a beau être crédité que pour le scénario, il occupe également le poste de producteur. De nombreux témoignages des acteurs affirment également la large participation du bonhomme au poste de réalisateur. Du coup, de vives tensions sont rapidement apparues entre ce dernier et le réalisateur « officiel » du film, Tonino Valerii, à tel point que le mariage fût complètement consumé lorsque, lors de la promo du film, le nom de Sergio Leone était bien plus mis en avant. Autre info qui a son importance pour comprendre le pourquoi du film, Sergio Leone n’était franchement pas fan des westerns parodiques qui sont nés à cette époque, dont le On l’appelle Trinita cité plus haut. Pour lui, le genre était en pleine dégénérescence et c’est la raison pour laquelle il a voulu confronter le fer de lance de ce genre, Terence Hill, avec une figure du western dit « traditionnel », Henry Fonda, dont c’est d’ailleurs le dernier film du genre. Ce qui explique la différence de sérieux entre les scènes impliquant l’un ou l’autre des acteurs, et ce mix parfois ambigu lorsqu’ils sont présents tous les deux dans de mêmes plans.

Pourtant, cet affrontement, qui en est un sans en être un, fonctionne à merveille. Car là où le duo Tonino Valerii / Sergio Leone réussit son coup malgré les tensions, c’est que tout se mixe le plus naturellement du monde. Certaines scènes marquent les esprits, les plus humoristiques (le concours de lancer de verres dans le bar, l’histoire de l’oisillon, le duel de baffes) comme les plus sérieuses (celles impliquant la Horde Sauvage). Et malgré ce mélange parfois improbable, tous les codes inhérents aux deux genres sont respectés. Les plans larges des paysages désertiques, les plans longs sur les regards des différents protagonistes, les fameux duels (sérieux ou pas), le passage du cimetière avec un clin d’œil à Sam Peckinpah, réalisateur de La Horde Sauvage et qui avait été pressenti au départ pour réaliser Il Etait une fois la Révolution,… Les références sont d’ailleurs légion puisqu’outre cette dernière, on peut citer également la scène des chapeaux renvoyant directement à Et Pour Quelques Dollars de Plus de Leone ; les cache-poussières de la horde sauvage qui évoquent ceux de Il Etait une Fois dans l’Ouest ; la statue à baffe de la fête foraine qui a de faux airs de Bud Spencer, le spécialiste de la grosse taloche dans la gueule ; l’accoutrement de Terence Hill qui fait fortement penser à celui qu’il arbore dans la saga des Trinita ; le nom de Nevada Kid, frère du personnage de Jack Beauregard qui se réfèrent au western Nevada Kid (1971) avec Klaus Kinski… Même l’excellente bande originale d’Ennio Morricone, pleine d’humour dans les sonorités (rien que sur la musique principale du film), se targue d’une référence à l’homme à l’harmonica d’Il Etait une Fois dans l’Ouest en empruntant quelques notes du début du thème.

Mais sous ses airs de western semi-parodique, Mon Nom est Personne est bien plus intéressant qu’il n’y parait. L’histoire de ce jeune pistolero un peu prétentieux qui cherche à faire rentrer son idole de jeunesse dans les livres d’histoire après un exploit dantesque, l’affrontement de ce dernier contre les 150 cavaliers de la horde sauvage, avant qu’il ne prenne sa retraite définitive, semble cacher un certain message. Un peu comme si Sergio Leone savait à l’écriture du scénario que l’âge d’or du western traditionnel (Henry Fonda) touchait à sa fin, qu’ils allaient désormais appartenir au passé et laisser la place aux jeunes (Terence Hill), moins sérieux, un peu foufous, car c’était désormais cela qui plaisait au public, et qu’il allait faire de ce film une allégorie de l’état du westernd’alors. Après, peut être est-ce seulement une fabulation tout droit sortie de l’imagination de mon cerveau malade de se voir infliger des bousins avec des requins géants à queue de castor…

LES PLUSLES MOINS
♥ Le duo Hill / Fonda
♥ La bande son
♥ Des scènes cultes
⊗ …
Grâce à sa réalisation impeccable, son histoire originale et sa bande son absolument géniale, Mon Nom est Personne fait partie des meilleurs films de Terence Hill. Sans jamais égaler les chefs d’œuvre du genre, ce mix parfait entre le western et la comédie est un métrage attachant qui mérite sincèrement sa qualification de petit film culte qui lui est parfois attribuée.



Titre : Mon Nom est Personne / Il Mio Nome è Nessuno
Année : 1973
Durée : 1h56
Origine : Italie / France / Allemagne
Genre : Western / Comédie
Réalisateur : Tonino Valerii
Scénario : Sergio Leone, Fulvio Morsella, Ernesto Gastaldi

Acteurs : Terence Hill, Henry Fonda, Jean Martin, R.G. Amstrong, Karl Braun, Leo Gordon, Steve Kanaly, Geoffrey Lewis, Neil Summers

 Mon nom est personne (1973) on IMDb












Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

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8 Comments

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  1. Ca n’engage que moi ca ne va pas plaire au fan de spaghetti mais c’est un peut le film qui met a mort le genre symbolisé par l’hommage ou provocation car montrer une tombe avec le nom de Sam Peckinpah c’est un hommage un peut limite.

    Ca reste un très bon divertissement mais certainement pas un grand western.

  2. Il faut noter que le western classique était déjà mort depuis plusieurs années quand ils ont fait Mon Nom… et recruté Fonda (La Horde Sauvage c’est en 68, les premiers Leone 66), le western italien a pris la suite du western américain en mort clinique depuis le milieu des sixties, donc on ne peut pas dire que Leone a senti que le western américain allait mourir, c’était fait depuis bien longtemps, quant à la descendance avec des héros “moins sérieux, un peu foufous” en fait on a eu les héros torturés des seventies (Eastwood), les westerns désenchantés décrivant les massacres d’Indiens, le Nouvel Hollywood, etc… donc on peut dire que Terence Hill le rigolo n’a pas vraiment eu d’autres descendance que ses propres films (et ceux de / avec Bud Spencer à la limite…).

  3. Pat garrett et Billy the kid est sorti un mois avant, et c’est pas un putain de western ca mais c’est sur que le genre était en plein déclin a cause de la SF et des mission apollo qui ont rendu le cow boy ringard.

    Il y a le remake (oui encore un…) des 7 mercenaires qui sort et qui a l’air plutôt cool a moins que ce soit un film bande annonce.

  4. Il parle de western tradi, pas forcément de western ricain. Perso le personnage Fonda aurait put être un personnage de western italien.

    1. “aurait put” mais c’est un western Italien ou je ne comprend définitivement rien.

      1. Moi il fait parti de mes préférés avec la trilogie du dollar de Leone et on l’appelle Trinita ^^

        1. En Italien j’ai vu récemment “la brute le colt et le karaté” et c’était plutôt cool.

  5. C’est bien, j’en ai un qui a compris ^_^

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