[Film] Noise, de Matsumoto Yusaku (2017)


Huit ans après un massacre qui a eu lieu à Akihabara, une jeune idole tente de s’en sortir, entourée d’autres personnages perdus comme elle, notamment un jeune homme qui se retrouve à devoir gérer les dettes de sa mère, et une adolescente qui a quitté sa maison pour Akihabara.


Avis de Rick :
Les mois de Novembre et Décembre 2023 sont variés en sortie Japonaise en France, puisque l’on a droit à du polar des années 80, de l’indépendant récent mettant en avant de nouveaux réalisateurs, à du Sono Sion en HD, à du Miike lui aussi en HD. Noise, qu’il ne faut pas confondre avec un autre Noise sorti en 2022 et adaptant un manga, c’est un drame psychologique, une plongée dans le mental de trois personnages notamment. Sur le papier, c’est intéressant. À l’écran, ça l’est aussi, mais pourtant, ça ne convainc jamais pleinement. Pourtant, le réalisateur, également scénariste, s’applique, et on pourrait lui faire des louanges sur pas mal de points. Mais revenons au commencement. Noise prend donc comme point de départ un drame, un massacre qui a eu lieu dans le célèbre quartier si animé d’Akihabara, où un chauffard aurait foncé dans la foule, avant de descendre de son véhicule et de continuer le massacre avec un couteau. Un événement brutal, qui aura traumatisé Misa, que l’on pourrait considérer comme le personnage principal du métrage, puisque sa mère fut une des victimes, et que sa vie s’est quelque peu écroulée depuis son jour. Ne parlons même pas de ses relations avec son père. Du coup, elle fait tout pour devenir idole à Akihabara, tout en évitant soigneusement la rue même où le drame a eu lieu. Avec ce personnage, il y a déjà beaucoup de choses à faire dans un film. Parler du trauma, de comment le surmonter, tout en mettant forcément quelques difficultés dans les pattes de Misa, puisque le milieu des idoles, ce n’est un secret pour personne, c’est loin d’être toujours bien glorieux. D’ailleurs, le film appuiera également sur ce point tardivement. Sauf que non, car à côté de ça, le réalisateur décide donc d’inclure une multitude d’autres personnages dans son récit.

Afin de ne pas se limiter à une seule thématique ? Peut-être, car rapidement, on s’éloigne donc du massacre, du trauma, mais jamais d’Akihabara. On aura donc un simple employé, vivant chez sa mère, qui lui demande constamment de l’argent, et qui va disparaître, le laissant avec un paquet de dettes sur le dos, et comble du comble, une possible éviction faute de paiement de loyers. On aura également une jeune adolescente totalement en froid avec son père, père qui va finir par se faire trainer par un collègue dans un concert d’idoles. Avec ces quelques éléments, il est facile d’imaginer comment, scénaristiquement, le tout pourrait s’emboiter très rapidement, mais le film fait le choix alors à la fois astucieux et étrange de ne pas aller où on l’attend forcément. Déjà avec son montage, pas toujours linéaire, mais également car le film semble parfois clairement vouloir séparer ses intrigues, et donc, ses personnages. Et c’est là à mon sens sa plus grosse erreur, puisqu’au lieu de voir un scénario solide et rondement mené, où tout s’emboite, les personnages ne feront au final que se croiser, sans forcément que cela ait d’incidence sur les uns ou les autres, ce qui donne une impression assez étrange, comme si le métrage voulait raconter trop de choses, sans chercher à relier les choses entre elles, et ne s’en cachait même pas. En réalité du coup, le personnage principal du film ne serait-il pas tout simplement Akihabara, ce lieu connu, coloré, où les idoles sont nombreuses, partout, les otakus aussi, et dans le cas de Noise, les nombreuses âmes en peine ? C’est d’ailleurs là le plus gros reproche que j’aurais à faire à Noise. Il semble vouloir avant tout mettre les âmes perdues d’Akihabara en avant, mais à l’exception de quelques rapides concerts dans des salles underground et le milieu des idoles en général, il ne met pas tant que ça le quartier en avant, son côté vivant, peuplé, haut en couleur, ses nombreuses boutiques, ses extravagances.

Tout ça, c’est clairement dommage, et à plusieurs reprises durant le visionnage, je me demandais où tout cela allait bien me mener. Clairement dommage, car à côté de ça, Noise n’a pas à rougir. Visuellement, c’est très appliqué, avec de beaux cadrages, un beau travail sur la photographie, et un montage qui sait parfois astucieusement faire vivre l’image et le son, les rendre parfaitement complémentaires. Et puis, autant les personnages traversent finalement un récit mince, autant lesdits personnages restent intéressants, et dans le cas de Misa, très bien interprété par Shinozaki Kokoro Que ce soit ses auditions, les petits boulots à côté, les déambulations dans la rue, ses peines, l’actrice est parfaite dans le rôle. Difficile de croire à côté que la jeune femme aura tourné dans un opus de la saga Horâ Channeru, dont le premier opus aura suffit pour que je dise non aux suivants. Comme quoi, il faut donner leur chance à ces jeunes actrices. Mais Noise, au final, il est difficile d’avoir un avis clair et tranché dessus. Il fait beaucoup de choses très bien, mais semble parfois s’éparpiller, ou alors se chercher. Il y a autant de scènes et images fortes que des déambulations et personnages sans doute inutiles au récit dans les grandes lignes. Intéressant oui, mais finalement, sur ses presque deux heures, j’aurais eu du mal à m’investir pleinement.

LES PLUS LES MOINS
♥ Visuellement très appliqué
♥ Belle photographie nocturne
♥ Shinozaki Kokoro, excellente
♥ Des thématiques fortes et dures
⊗ Trop de personnages
⊗ S’éparpille dans des sous-intrigues peu utiles
⊗ Akihabara aurait pu être encore plus exploité

Noise a beaucoup de bonnes choses. Techniquement déjà, mais aussi dans son propos, en plus d’être porté par une actrice convaincante. Dommage que le film multiplie les personnages et semble souvent s’éparpiller.


NOISE est sorti chez Spectrum Films en Blu-ray, accompagné du film MELANCHOLIC, au prix de 25€. Il est disponible à l’achat ici : Spectrumfilms.fr

En Plus du film, on retrouve : Présentation du réalisateur, Teasers de travail jamais montré et bande-annonce


Titre : Noise ノイズ
Année : 2017
Durée : 2h
Origine : Japon
Genre : Une histoire de traumas
Réalisateur : Matsumoto Yusaku
Scénario : Matsumoto Yusaku

Acteurs : Anjo Urana, Fuse Hiroshi, Jyuga Suzu, Kawasaki Sakura, , Shinozaki Kokoro, Suzuki Kosuke, Kishi Kentaro, Kitagawa Yuki, Kohashi Kenji, Manaka Nozomi et Nishina Takashi

Noise (2017) on IMDb


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve, Shiraishi Kôji et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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Nasserjones
Nasserjones
7 février 2024 9:04

J’en ai pensé exactement la même chose que toi, le film est raté. Il avait tout pour me plaire pourtant, je suis très bon client de ce genre de petit drame habituellement. L’actrice principale est très mignonne, les scènes de nuit sont très bien filmées et j’ai adoré la bande-son electro. Faut que je retrouve le thème principal pour l’écouter dans ma voiture d’ailleurs mais sinon oui tous les personnages secondaires qui croisent la route de Misa servent à rien et l’histoire de Misa en elle-même aurait pu être intéressante s’il y avait eu un acheminement personnel, un processus de deuil ou une évolution dans sa relation avec son père mais rien, le film se finit comme il commence. Au début elle est perdue et en guerre avec son père et à la fin elle est toujours perdue et toujours en guerre avec son père et il s’est rien passé en 2 heures. Et puis la vie des idoles est tout juste effleuré, comme le reste d’ailleurs, tout est effleuré. Néanmoins ce n’est qu’un premier film et c’est un réalisateur qui semble avoir des choses à dire et qui mérite qu’on se penche sur lui. Tu as vu ses films suivant Rick?