[Film] La Part des Ténèbres, de George A. Romero (1993)


Thad Beaumont est un écrivain qui n’a connu un réel succès que sous le pseudonyme de Georges Stark, auteur de romans ultraviolents. Soucieux de rompre avec ce personnage à la fois si proche et si différent de lui et sous la menace d’un chantage, il invente la mort puis organise un faux enterrement de Georges Stark après avoir révélé la supercherie à la presse. Mais certains meurtres sanglants viennent très vite troubler son quotidien et celui de sa famille. Tout, jusqu’aux empreintes, semble l’accuser, mais lui a une autre théorie à ce sujet.


Avis de Rick :
À l’exception de Creepshow, la carrière de George A. Romero est plutôt méconnue du public et boudée au box office dés qu’il s’éloigne de sa thématique des morts-vivants. La preuve, depuis les années 2000, il n’aura signé que trois films : Land of the Dead, Diary of the Dead et Survival of the Dead. La Part des Ténèbres, malgré des critiques favorables, sort en 1993 dans l’indifférence totale, ne rentabilisant même pas son budget de 15 millions. Pourtant, le métrage adapte un roman plus qu’intéressant de Stephen King parut en 1989. L’auteur, écrivant à la fois des romans sous son vrai nom et sous le pseudonyme de Richard Bachman, est démasqué, et écrit alors ce roman, mettant en scène un écrivain dans la même position que lui. Sauf que son alter égo va prendre vie et va se mettre à tuer ceux qui se mettent sur sa route, tout en forçant l’écrivain à écrire un nouveau livre afin de lui permettre d’exister. Une manière plutôt originale d’aborder le sujet. Pour l’adaptation, George A. Romero se charge également du scénario, tout en étant producteur exécutif. Autant dire qu’il y croit et s’investit totalement. Cela s’en ressent à l’écran, puisque la Part des Ténèbres se fait le plus sérieux du monde, et surtout un métrage maîtrisé, bien que finalement très inégal.

Une certaine inégalité pouvant fortement s’expliquer par une production assez chaotique, puisqu’Orion produit le métrage, mais entre le début du projet et la fin du montage, la boite coule. Ce qui explique le long délai entre le tournage (d’Octobre 1990 à Mars 1991) à sa sortie en Avril 1993 aux Etats Unis. Oui, un peu plus de deux ans d’attente, avec un film quelque peu perdu. Bref, pour cette adaptation, George A. Romero, appliqué comme souvent, doit forcément réduire la durée du roman, et donc se focaliser avant tout sur le sujet du film, et son genre en particulier, l’horreur donc. Quelques détails passent à la trappe, et le métrage peut alors se concentrer sur cet écrivain, Thad Beaumont, et son alter égo, George Starck. Pourtant, le métrage préfère laisser pendant un assez grand laps de temps cet alter égo de côté. Logique me direz-vous, puisque George Starck est avant tout un personnage fictif, un nom inventé de toute pièce. Qui va cependant revenir à la vie. Mais pendant la première partie du métrage, le personnage semble surtout s’amuser à buter toutes les connaissances de son créateur les uns après les autres. Vengeance personnelle envers son créateur donc ? Justement non, là n’est pas franchement le sujet de la Part des Ténèbres.

Oui, l’histoire du métrage, c’est la création, la dualité entre deux personnalités opposées nées de la même plume. Et pourtant, bien qu’étant bel et bien très opposés, le métrage tarde à mettre ses deux personnages en duel. Pourtant George a clairement besoin de Thad pour exister. S’il n’écrit plus, il cesse d’exister. Ce « duel » n’arrivera finalement que dans la dernière partie du récit. Entre temps, Romero soigne pourtant son métrage, sa mise en scène est travaillée, l’ensemble se suit très bien malgré quelques petites longueurs (le film dure un poil plus de deux heures tout de même). Mais entre sa scène d’ouverture étrange et fort réussie, ses quelques meurtres sanglants et son final qui retourne à une ambiance beaucoup plus fantastique, La Part des Ténèbres se fait bien plus calme, et peut-être même un peu trop classique. Du coup forcément, comme le film est lent, certains passages pourront perdre le spectateur, heureusement réveillé peu de temps ensuite. Néanmoins, on retrouve clairement à la fois la patte de Romero et celle de King, ce qui est franchement pas mal au début des années 90, où les bonnes adaptations se feront plus rares.

LES PLUSLES MOINS
♥ Une scène d’ouverture forte
♥ Une mise en scène appliquée
♥ De bons moments
♥ Timothy Hutton investi
⊗ Un peu trop long
⊗ Un film déséquilibré
Pas le meilleur film de Romero, mais il signe là une adaptation sérieuse du livre de Stephen King, et quelques moments marquants.



Titre : La Part des Ténèbres / The Dark Half
Année : 1993
Durée : 2h02
Origine : U.S.A
Genre : Fantastique
Réalisateur : George A. Romero
Scénario : George A. Romero d’après le roman de Stephen King

Acteurs : Timothy Hutton, Amy Madigan, Michael Rooker, Julie Harris, Robert Joy, Kent Broadhurst, Beth Grant, Rutanya Alda

 La part des ténèbres (1993) on IMDb























Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

2 Comments

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  1. j’aime beaucoup ce film ,avec ce debut percutant ,l’operation avec la “surprise ” le vol des oiseaux , je suis rentré tout de suite dedans, j’ai toujours trouver ce film fascinant qui reflete un peu la schizophrénie de certains auteurs , sauf qu’ici elle prend vie ,je trouve ce film efficace, bon casting ,bien dirigé ,belle ambiance,quelques passage choc , pour l’époque de beaux effets et comme tu le souligne a la fin Rick, c’etait tout de même une période ou les adaptations du King ,c’etait du courant alternatif un bon film pour un mauvais ou un nanar ,surtout avec la déferlante de mini serie ou de téléfilms tres tres inégaux qui passaient la seconde fin 80 debut 90 avec des adapt pas a la hauteur de l’oeuvre par manque de moyen ou d’ambition (les enfants du mais genre ^^) ou tout bonnement avec des moyens qui existent pas encore ou en sont a leur debut( les effets speciaux du cobaye ,innovant durant six mois ,si on avait un amstrad a l’époque comme seul point de comparaison …) fin bref pour moi un film qu’il ne faut pas bouder et re matter comme je le fais une fois par décennie ,histoire d’oublier un peu les elements de surprises et de re passer un bon moment 🙂
    il y a aussi beaucoup de similitude avec fenêtre secrète avec Johnny Depp ,film aussi tirer d’une autre nouvelle du King (a croire que les écrivains torturés, c’est un peu sa marotte a Stephen 😀 )

  2. Outre le fait que je ne l’ai pas vu, je ne le connaissais même pas. Faut dire que Romero, je me suis contenté de ses films de zombies sans jamais chercher à aller plus loin…

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