[Film] Les Innocents, de Jack Clayton (1961)

Miss Giddens, une jeune institutrice est chargée de l’éducation de Flora et Miles dans une gigantesque demeure. Elle découvre alors que ces derniers sont tourmentés par des fantômes.


Avis de Rick :
Les Innocents est souvent considéré comme un des chef d’œuvres du genre aux côtés de La Maison du Diable (1963) de Robert Wise. Un peu moins connu, le film n’en aura pas moins inspiré beaucoup par la suite, et encore récemment, on peut voir l’influence du métrage sur des films tels L’Orphelinat, Les Autres ou Le Labyrinthe de Pan. Production Anglaise de 1961, le film adapte un roman du célèbre romancier Henry James, roman qu’il a écrit tardivement, après avoir quitté le monde du théâtre. Pour son adaptation cinématographique, Jack Clayton s’occupe de la mise en scène alors qu’il n’a qu’un seul film derrière lui (il livrera par la suite l’adaptation de Gatsby le Magnifique), tandis que deux scénaristes se partagent la tâche de retranscrire l’histoire en scénario pour le cinéma. Si le premier n’aura pas une grande carrière, Les Innocents étant son second et dernier scénario, Truman Caopte est lui bien plus connu et a déjà pas mal travaillé pour la télévision. Les Innocents brille d’ailleurs à la fois d’une mise en scène appliquée et ingénieuse, mais également d’un scénario malin et sans temps mort. Le métrage partage d’ailleurs un point commun avec le futur La Maison du Diable, puisque l’action se déroule principalement dans un gigantesque manoir, qui est un peu un personnage à part entière. Filmé dans un magnifique noir et blanc (Freddie Francis s’occupe de la photographie), Les Innocents nous raconte donc l’histoire de Miss Giddens, qui accepte de venir s’occuper de deux jeunes enfants, Flora et Miles. Un boulot qu’elle accepte malgré son manque d’expériences et surtout malgré le triste sort qui frappa sa prédécesseur, morte.

Voilà une base solide pour livrer un film intéressant, puisque nous avons donc une gigantesque maison, des enfants, un splendide noir et blanc, une mort inexpliquée et d’autres tics bien connus des films de genre. D’ailleurs nous sommes plongés dans le métrage dès les premières secondes, qui ne sont en réalité qu’un fond noir avec une voix d’enfants chantant une étrange chanson en fond, et ce avant même l’apparition du logo de la société de production. Ça tombe bien, puisque dans Les Innocents, tout est une question d’ambiance, et quelle ambiance. Le film opte pour le point de vue de Miss Giddens, magnifiquement jouée par Deborah Kerr, et prend son temps pour nous plonger dans une ambiance étrange, et surtout mystérieuse. Dès les premiers pas dans la maison, l’on comprend que malgré ses gigantesques couloirs, ses pièces énormes et bien éclairées, Les Innocents joue sur son décor, sur l’espace. Même avant l’arrivée de Miss Giddens dans la demeure et sa première rencontre au bord du lac avec Flora (Pamela Franklin dans son premier rôle), le ton est donné. Cette ambiance étouffante n’est pas présente que dans la maison mais également dans ses alentours. Les angles de caméra et les éléments du décor renforcent cette impression, avec cette pluie souvent présente, son utilisation de la profondeur de champ, et ces statues géantes présentes un peu partout. Outre son ambiance, l’autre force du métrage est son traitement, et donc, son écriture. Sans aucun temps mort, le métrage alterne continuellement entre une approche fantastique directe mais possiblement fausse (puisque le film adopte le point de vu d’un personnage uniquement), avec quelques apparitions derrière des fenêtres ou en arrière plan, et une approche beaucoup plus réaliste, et donc psychologique.

Les liens entre les différents personnages, notamment le petit garçon Miles (joué par Martin Stephens, déjà vu dans Le Village des Damnés) et Miss Giddens sont bien exploités et surtout donnent plus de profondeur à l’intrigue. Le petit garçon dégage quelque chose qui attire l’œil, qui surprend, et qui met mal à l’aise, dans sa façon de parler, mais également dans sa façon de se comporter. Son comportement peut passer en un clin d’œil de celui d’un enfant normal de son âge à un comportement un peu plus adulte et surtout plein de sous-entendus. On se met alors à douter, à la fois de l’innocence présumée de Miles, et donc des enfants, mais également de l’innocence de Miss Giddens, voulant à tout prit protéger ses enfants, et étant fille de pasteur. Jusqu’à son final, glaçant d’ailleurs, le métrage sème le doute, et ne semble pas vouloir nous offrir une version ou une autre de son histoire, nous faire choisir son approche directe du fantastique ou son approche plus subtile. Et on ne peut que saluer d’ailleurs sa capacité à passer d’un aspect à un autre, sans jamais se prendre les pieds dans son intrigue ou dans les différents choix qu’il met en place visuellement. Du haut de ses 1h40, Les Innocents est une indéniable réussite, un grand film qui en a inspiré plus d’un et continue d’inspirer de grands réalisateurs, un film intemporel et fort, que tout fan du cinéma de genre se doit d’avoir vu, et si ce n’est pas le cas, se doit de découvrir au plus vite.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un film pilier du genre
♥ Une mise en scène et une photographie magnifiques
♥ Un doute constant
♥ Des thématiques intéressantes
⊗ …
note8
À l’image de La Maison du Diable, Les Innocents est un des grands films du genre, troublant par le doute qu’il sème constamment.



Titre : Les Innocents – The Innocents

Année : 1961
Durée :
1h40
Origine :
Angleterre
Genre :
Fantastique
Réalisation : 
Jack Clayton
Scénario : 
William Archibald et Truman Capote d’après le roman de Henry James
Avec :
Deborah Kerr, Peter Wungarde, Megs Jenkins, Martin Stephens, Pamela Franklin et Michael Redgrave

 The Innocents (1961) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

12 Comments

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  1. Même avis, une grosse perle celui-là.
    Néanmoins, je préfère un peu La maison du diable (de par le côté maison hantée, plus fun).

  2. Ptit Denis, toujours présent pour défendre les petites pépites un peu oubliées.
    J’ai une préférence pour Les Innocents, que je trouve encore plus subtil et jouant encore plus sur ce qu’on ne voit pas, mais les deux se valent en fait en fait, c’est vraiment après des préférences suivant les spectateurs 🙂

  3. Ce film je l’ai vu assez récemment en fait. On me l’a conseillé. La maison du diable je connais depuis un bail mais j’ai découvert ces innocents tardivement, et il est très beau comme film. On se rend compte qu’il a vraiment inspiré tous les films de fantômes avec des enfants comme “les autres” de Amenabar, l’Orphelinat, etc.

  4. Un film que je ne connais pas…
    Ma préférence en matière de films de fantômes, c’est plutôt les films de ju-rei Japonais (pas tous, parce qu’il y en a de très dispensables…)
    Un de mes films fétiches c’est le Thailandais “Shutter” méchamment flippant.
    La saga “Ring” est sympa aussi, tout comme le très bon film indien “Bhoot”.
    Dans un autre genre, j’aime bien aussi la comédie de Peter Jackson “Fantômes contre Fantômes”

    Sinon, l’Orphelinat de J.A. Bayona est en effet très bon !
    Le film Néerlandais “Two Eyes Staring” m’a mis une bonne claque !

  5. En film de genre, j’avoue que je me tourne plus vers ces vieux métrages tout en suggestion. Les Innocents, La Maison du Diable, La Maison des Damnés.
    En film asiatique par contre, passé Ring qui a vraiment lancé la vague et Ju-On qui a suivi, beaucoup de métrages opportunistes. Certains bons, mais rien d’aussi marquant que le premier Ring (d’ailleurs, je déteste Ring 2, et Ring 0, ça se regarde mais un peu inutile).

    1. Pareil.
      Mais Dark Water est bien aussi quand même dans les films de fantômes japonais.
      Kwaidan (de 1964) est intéressant ausi. Mais faut rentrer dedans parce qu’il y a zéro musique.
      Onibaba (de 1964 aussi) est un très chouette film aussi, qui joue sur les relations entre les personnages, avec un élément surnaturel qui sert de métaphore.
       
      Mais bon c’est pas pareil tout ça. Les innocents n’est pas un pur film de fantôme, c’est justement la force du métrage d’être à la frontière d’un thriller de type “Rebecca” de Hichcock, et de “la maison du diable”, avec surtout de la suggestion et des doutes.

    2. Pour qui ne connait pas :
       
      http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1147&NamePage=onibaba–wild-side-
       
      (vous mettez le site dans les “conseillés” alors j’imagine que c’est bon, y’a pas de souci de concurrence ou d’interdiction de mettre un lien^^)

      1. Il n’y a aucun souci pour les liens menant ailleurs ^^ 

  6. Dark Water c’est étrange, à sa sortie ça m’avait laissé de marbre, j’étais un peu passé à côté du truc, alors que je suis sûr que c’est au final très bien, il faut que je le retente, mais tellement de choses à voir.
    Dans les années 60/70, on jouait beaucoup, surtout par manque de budget certes, sur le doute, la suggestion. Mais finalement, ce sont ces éléments là qui faisaient que ça marchait, que ça posait une ambiance parfois bien lourde. Et j’aime ça.

    1. Et ça vieillit mieux ces films d’atmosphère que les films purement gores avec du sang rouge vif^^
      C’est pour ça que j’apprécie davantage des Hichcock, des gothiques italiens, des films de la Hammer qui ont du suspense, un certain esthétisme (noir et blanc magnifique, couleurs à la Mario Bava, beaux décors de la Hammer) et une atmosphère. ça ne fait peut être plus peur mais ça reste “joli” dans un sens. Alors qu’un “vendredi 13” par exemple, ça fait juste daté et un peu chiant.

    2. Dark Water, si t’aimes pas l’eau et les noyades en plus…ça devrait fonctionner sur toi.
      J’ai trouvé le film particulièrement efficace. Ce concept de la pluie, de l’humidité, de l’eau qui s’infiltre partout, et les thèmes de l’abandon de l’enfant…c’est quand même assez flippant.
      Sur moi le film a bien marché. Il y a quelques “clichés” d’horreur mais bon…le film a déjà 16 ans quand même. Ce n’était pas encore des trucs surexploités à l’époque.

      1. Je promets de le retenter, en plus j’ai retrouvé le dvd pendant mon déménagement au début du mois, donc je n’ai plus d’excuses (à part la pile de films à voir qui s’aggrandie). J’avais vu le film, et ça m’avait au final laissé de marbre. J’avais même vu le remake (j’aime bien Jennifer Connely), et même verdict (remake inutile mais pas mauvais, mais même effet qui n’a pas fonctionné sur moi). Peut-être qu’aujourd’hui, avec plus de recul et tout, j’y verras enfin ce que je n’arrivais pas à y voir à l’époque, où je l’avais vu avec un poil de retard alors que je m’enfilais les films de fantômes Japonais à coups de un ou deux métrages du genre par jour, et j’en ai vu un bon paquet je te le dis.

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