[Film] Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, de James Mangold (2023)


En 1969, alors qu’il est en plein divorce et que son fils est mort au Vietnam, le professeur Indiana Jones s’apprête à prendre sa retraite, après plus de dix ans à enseigner au Hunter College de New York. Sa filleule Helena Shaw lui rend une visite surprise : elle cherche le légendaire cadran d’Archimède, une machine qui permettrait de localiser des fissures temporelles. Le père d’Helena, qui possédait une moitié de cet objet, l’a confié il y a des années à Indiana Jones. Quand ce dernier comprend qu’Helena ne cherche qu’à vendre l’objet, il se lance dans une dernière aventure à sa poursuite, suivi de près par les sbires d’un scientifique allemand de la NASA1,2.


Avis de Cherycok :
James Mangold est un réalisateur avec une filmographie intéressante et il marque les esprits dès son deuxième film en 1997, Copland, avec Sylvester Stallone, Robert DeNiro ou encore Ray Liotta. Vont suivre des bons voire très bons films tels que Identity (2003), Walk The Line (2005), 3h10 pour Yuma (2007) ou plus récemment Logan (2017) et Le Mans ’66 (2019). Considéré comme un bon faiseur par ses pairs (pas un film en dessous de 6.3/10 de moyenne sur IMDB), il va prendre le relais de Steven Spielberg qui avait réalisé les quatre premiers Indiana Jones et qui pour ce cinquième opus, baptisé Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, va se contenter d’être producteur exécutif. J’avoue, ce nouvel Indiana Jones me faisait peur, me faisait très peur même, car je ne comprenais pas (entre autres) pourquoi ils étaient allés déterrer la licence après un quatrième film catastrophique, et un acteur principal qui allait fêter ses 80 bougies. Heureusement ou malheureusement (chacun pense ce qu’il veut), le film est un échec commercial au box-office, le public semblant commencer à en avoir assez de ces resucées des succès d’antan. Et même si au final cet Indiana Jones est moins pire que prévu, on se dit que ça serait bien qu’ils laissent ces vieilles franchises tranquilles.

Harrison Ford, malgré son âge, va donc reprendre du service, après que Chris Pratt ou Bradley Cooper aient un temps été envisagés, et Ford a pris la chose très au sérieux, se lançant dans des randonnées à vélo de 40 miles et des marches quotidiennes pour se mettre en forme en vue de ce rôle. Et puis bon, quand on est payé 20M$US pour reprendre ce rôle une 5ème fois, il faut bien faire quelques efforts sinon ça se voit qu’on veut juste assurer sa retraite. Mais la question qu’on était en droit de se poser, c’est est-ce qu’on a envie de voir un Indiana Jones vieux, de voir un Indiana Jones de 80 ans crapahuter de pays en pays, continuer de passer sur des ponts de singe, continuer de combattre des nazis. Ce personnage en a émerveillé plus d’un, pour son athlétisme, pour son bagout, pour son esprit, pour ses aventures. Est-ce bien utile de le sortir de sa retraite à 80 piges et de le voir trainer la patte ? La première chose dont on peut se réjouir, c’est que James Mangold a su garder l’esprit Indiana Jones des films précédents. Les 20 premières minutes, où ils ont utilisé la technique pour désâger Harrison Ford avec un résultat bluffant mais pas encore parfait, nous sommes dans du Indiana Jones pur jus et le film y revient régulièrement. On a donné un budget faramineux à Mangold et il voit les choses en grand. Espagne, Italie, Maroc, dans les airs, sous l’eau, avec des courses poursuites en voiture, en moto, en avion, de l’exploration sous-marine, de la fouille de tombes enfouies et même un petit pont de singe histoire de faire un clin d’œil au deuxième film.

Sa mise en scène est dynamique, le rythme du film, malgré ses 2h34 au compteur, est juste ce qu’il faut pour qu’il y ait toujours une péripétie ou un dialogue sympathique avec un personnage secondaire. Mais arrive le premier problème, le visuel du film. La photographie est jolie oui, rien à redire là-dessus. Le problème, c’est l’abus de CGI. Si la trilogie Indiana Jones a fait rêver tant de monde, c’est que ce qu’on y voyait était palpable, était réel, avec certes des décors immenses qui étaient construits pour l’occasion, mais ils étaient bien là. Il faut avouer que dans cet Indiana Jones 5, l’effet est bien moindre. Et ce n’est pas une histoire de nostalgie qui parle, de vieux con grincheux, on retrouve par exemple ce côté palpable dans le récent Uncharted qui, quoi qu’on pense du film, a ce côté palpable. Ici, nous sommes dans un abus de fonds verts et de CGI, parfois même lorsqu’il n’y en a pas besoin bien que ce ne soit pas tourné en 100% studio. Alors oui, Harrison Ford, à son âge, ne peut plus assurer forcément toutes les cascades tout seul, et certaines scènes auraient été compliquées à tourner dans des conditions réelles. Mais il y avait moyen de faire quelque chose de moins « fou-fou » mais de plus réel et cela aurait sans doute eu bien plus d’impact. L’effet est ici diminué, en plus de ce côté fake apporté par de l’image de synthèse qui, bien que parfois impressionnante, reste malgré tout très perfectible, et parfois même juste très visible (pour ne pas dire ratée). Ça n’a clairement plus le même impact, et l’effet « waouh » n’est jamais présent.

Un des autres gros problèmes du film, c’est son incursion dans le fantastique. Le fantastique a toujours été présent dans la saga Indiana Jones, et dans les trois premiers films, c’était très bien dosé, le strict minimum pour laisser rêver et travailler l’imagination. Le quatrième film faisait la grossière erreur d’y plonger la tête dedans et d’y aller frontalement. Le cinquième film fait de même et le résultat vire au ridicule, pour ne pas dire au gênant. Pourquoi ne pas simplement laisser planer le doute ? Pourquoi ne pas simplement suggérer la chose ? Le casting s’en sort bien. Harrison Ford, bien qu’à la peine parfois physiquement, est investi. Mads Mikkelsen est, comme à son habitude, impeccable et interprète à merveille ce rôle de nazi. Antonio Banderas, Toby Jones et John Rhys-Davies s’en sortent également parfaitement dans les seconds rôles, avec des personnages qui retiennent l’attention. En ce qui concerne Phoebe Waller-Bridge, c’est plus problématique. Ou plutôt, son personnage est plus problématique. Impeccable dans le rôle qui lui est confié, ce rôle ne semble malheureusement là que pour, en cas de succès, prendre le relais de Indiana Jones, que pour être potentiellement l’héroïne d’un spin-off en compagnie de son jeune sidekick débrouillard (un hommage au personnage de Demi-Lune ?). Peut-être est-ce involontaire, mais c’est du moins ce qu’on ressent au point qu’on se demande si cet Indiana Jones 5 n’est pas là juste pour servir de transition, pour fermer une page et en ouvrir une autre. Pourquoi ne pas avoir tenté de lancer directement une saga avec ce personnage un peu comme l’a tenté Netflix avec son Enola Holmes, pour un résultat certes déjà vu mais qui avait le mérite de ne pas déterrer un cadavre ?

LES PLUS LES MOINS
♥ Bien rythmé
♥ Retrouver l’ambiance Indiana Jones
♥ De jolis plans
⊗ Trop de CGI
⊗ Aucun effet waouh
⊗ Le fantastique trop frontal
⊗ Un Harrison Ford impliqué mais très fatigué
⊗ Laissez Indiana Jones tranquille

Bien qu’il ne soit pas la grosse bouse annoncée et qu’il fait son office un soir de disette, Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est malgré tout un ratage. Bien qu’il fasse illusion les 20 premières minutes, vous pouvez économiser 2h34 de votre temps.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Bien que le PDG de Disney, Robert A. Iger, ait déclaré en 2016 que le film ne serait pas le dernier de la série, Disney a confirmé en avril 2023 qu’il s’agirait bien du dernier film, suite à l’annulation d’un projet de série préquelle dérivée le mois précédent.

• Steven Spielberg devait initialement réaliser le film, mais il s’est retiré en 2020. James Mangold a été engagé sur la suggestion de Harrison Ford, les deux hommes ayant déjà travaillé ensemble sur L’appel de la forêt (2020). Mangold a également proposé à Ford de jouer dans Le Mans ’66 (2019).

• John Williams a déclaré qu’une « nouvelle » fin devait être tournée et qu’il devait donc composer une nouvelle musique pour celle-ci. Cependant, James Mangold a nié l’existence d’une nouvelle fin.

• Les premières versions du scénario contenaient beaucoup plus de blagues sur l’âge d’Indiana Jones que ce qui apparaît dans le film fini. La star Harrison Ford s’est opposé à ces blagues, estimant qu’elles détournaient l’attention du public de l’histoire. Le nombre de blagues sur l’âge a donc été considérablement réduit.



Titre : Indiana Jones et le Cadran de la Destinée / Indiana Jones and the Dial of Destiny
Année : 2023
Durée : 2h34
Origine : U.S.A
Genre : Allez hop, à la retraite, définitivement
Réalisateur : James Mangold
Scénario : Jez Butterworth, David Koepp, John-Henry Butterworth

Acteurs : Harrison Ford, Phoebe Waller-Bridge, Mads Mikkelsen, Ethann Isidore, Antonio Banderas, John Rhys-Davies, Karen Allen, Shaunette Renée Wilson

Indiana Jones and the Dial of Destiny (2023) on IMDb


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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Feroner
8 février 2024 15:47

Indy contrairement à beaucoup d’autres trucs des années 80 c’est vraiment culte pour moi. J’ai poncé les VHS des trois premiers et le troisième au cinéma c’était vraiment le pied. Après la déception du 4 j’en attendais rien je pensais même pas aller le voir.
Et même si le film est toi much niveau action et trop numérique (la comparaison entre la scène du train par rapport à mission impossible fait très mal). Ca reste vraiment sympa. Le final ne m’a pas gêné dans le troisième t’as un mec qui vieillit en accéléré, un pont invisible, l’immortalité….
Une bonne surprise.

Spycal
Spycal
9 février 2024 18:57

Bonjour,
Forcément le problème avec ce genre de films (pour moi) c’est toujours la nostalgie et aussi notre regard qui ne peut plus être le même que lorsque nous étions ado.
Résultat (et même si je demeure conciliant) la magie n’opère pas et on oublie vite le film…aucun frisson, beaucoup d’élements sympathiques mais cela s’arrête là. Dommage