[Film] Guzoo : The Thing Forsaken by God – Part 1, de Komizu Gaira Kazuo (1986)

Quatre jeunes étudiantes se rendent dans une maison d’été pour profiter un peu, se relaxer. Ce qu’elles ignorent, c’est un monstre étrange, difforme, tentaculaire se cache dans la cave et peut se déplacer en passant par les miroirs…


Avis de Rick :
Komizu « Gaira » Kazuo est un réalisateur assez connu. De réputation en tout cas, vu sa filmographie lorgnant entre l’érotisme et l’horreur trash, que ce soit en tant que réalisateur et scénariste. Néanmoins, on notera dans sa carrière une belle curiosité à excellente réputation, à savoir un drame avec Kitano en 1990. Comme quoi, tout est possible, même avec une carrière mettant en avant des femmes nues, séquestrées et abusées, et le fameux Guzoo qui nous intéresse en ces lignes, un moyen métrage à la durée assez batarde de 40 minutes. Oui, trop court pour être un long métrage, mais trop long pour être un simple court métrage que l’on présenterait en festival ou sur youtube aujourd’hui. Guzoo donc, ça date de 1986, et on l’appellera ainsi plutôt que par son titre, anglais ou japonais, à rallonge, si ce n’est que l’on peut voir à la fin de son titre un petit Part 1. Bien entendu, cela fait presque 40 ans depuis la sortie du dit métrage, et aucune partie 2 n’existe, alors qu’on se dit, qu’avec un meilleur scénario, ou en tout cas, une meilleure gestion de pas mal d’éléments dans le film, il y aurait eu matière à une seconde partie. Ou à un seul film au format long métrage. Puisque dés l’ouverture, le film semble avoir l’ambition de poser une certaine mythologie autour de sa créature, d’où elle vient, des possibilités. Une créature visqueuse, crade, tentaculaire, bref dégueulasse, qu’un texte à l’écran nous vend comme une créature agressive à l’apparence horrible qui existe depuis toujours, et qui aurait tout simplement suivi une évolution différente des autres créatures vivantes sur Terre. On pourrait penser à une créature mythologique façon Lovecraft donc, en plus frontal.

Sauf que l’instant d’après, voilà que le métrage introduit nos quatre personnages principaux, quatre jeunes demoiselles qui partent en vacances dans une petite maison perdue au milieu de nulle part, pour passer un moment relaxant, et où habite l’assistante du père de l’une des jeunes femmes. Quatre personnages peu voir pas du tout intéressants, que le film va pourtant prendre un malin plaisir à tenter de développer pendant un bon vingt minutes, soit la moitié de sa durée. Alors évidemment, la courte durée de l’ensemble nous fait relativiser, on pourrait aussi très facilement se dire que dans un long métrage bis classique et tourné par un tâcheron, cette introduction n’aurait pas été meilleure, et pire, aurait été identique mais plus longue. Du coup, ce n’est clairement pas franchement intéressant, mais pas non plus insupportable ou insurmontable. Et puis à défaut d’avoir vraiment du talent, on pourra dire que ces jeunes filles sont mignonnes. Et que malgré tout, le réalisateur place ici et là quelques idées pas inintéressantes, comme le fait que l’on sache immédiatement que quelque chose cloche dans cette maison, avec cette scientifique qui va aller jusqu’à briser tous les miroirs que nos héroïnes ont pu ramener avec elles. Mais que par contre, pas de soucis pour avoir un gros miroir dans la cuisine à côté du frigo. Oui, scénaristiquement, il y a des idées, mais niveau logique, ce n’est pas toujours ça. On pourra aussi dire que techniquement, malgré une photographie assez lisse (naturelle ?) que Komizu sait néanmoins un minimum ce qu’il fait avec sa caméra. Ses cadrages ne sont pas mauvais, certains plans fonctionnent très bien, bref, ce n’est pas exceptionnel, on sent le tournage à l’économie (un lieu unique, la durée du métrage, des personnages peu nombreux) mais que c’est néanmoins propre. Heureusement, passé l’introduction de ces personnages, et donc la première moitié du métrage, ces vingt premières minutes, ça se réveille. Non pas avec la première attaque, assez risible, qui débarque d’ailleurs durant la première partie, et où une jeune femme se fera attaquer par une tentacule sortant du fameux miroir de la cuisine, et fera tout pour ne pas servir de quatre heures, avec une énergie débordante (le frigo prend cher), ce qui… allonge plus que de raison la durée de la scène.

C’est juste après en réalité, le lendemain, que le film se réveille et que le réalisateur nous montre ce qu’il a dans le ventre. Ou ce que ces personnages ont dans le ventre, puisque le fameux Guzoo va se faire plaisir, et que le film se lâche en effets gore très convaincants, et ce dés la première scène, le premier meurtre. Ça gicle, ça tâche, ça grouille de chairs déchirées et de tentacules, la créature n’hésitant pas à transpercer les actrices, à les mâcher, et on aura même droit à une décapitation très graphique. Sauf que, encore une fois, la première qualité de l’œuvre (sa durée courte rendant la longue première partie acceptable malgré tout) devient un défaut (ça se termine aussi vite que ça commence). Et c’est là qu’on se dit que le réalisateur avait du potentiel entre les mains, mais qu’il aurait soit du écrire des personnages au moins intéressants pour faire passer la pilule plus facilement, soit rajouter des personnages, tout aussi vides, mais pour se permettre plus de morts et plus de gore. Les idées sont là, mais ne sont donc pas vraiment exploitées. Malgré tout, Guzoo reste un plaisir coupable. Sa principale qualité, qui devient son principal défaut, fait que l’on ne s’ennuie pas vraiment et que Guzoo se regarde facilement, et que vu les dialogues (inutiles), on peut même se permettre de le lancer en pleine soirée avec des potes pour rire des effets gores qui font plaisir. Ce n’est pas vraiment bon, mais c’est intéressant par certains aspects. Le plus surprenant, c’est qu’avec la carrière que l’on connait de la part du réalisateur, il ne dénude pas une seule de ces actrices. Enfer et damnation !

LES PLUSLES MOINS
♥ La créature
♥ Le gore bien fait
♥ On sent qu’il y a des possibilités
♥ Des concepts intéressants…
♥ Court
⊗ Des personnages pas intéressants
⊗ Ça ne joue pas très bien, vraiment
⊗ Trop court, justement
⊗ …Mais jamais exploités
note75
Guzoo, c’est court, ça tâche, c’est plutôt compétent sur certains niveaux, mais ça nous laisse sur une sensation étrange de gâchis. Un concept pas assez exploité, des personnages pas intéressants, un film court donc qui se voit bien mais qui s’arrête si peu de temps après que les festivités commencent. Une curiosité pour l’amateur.


Titre : Guzoo : The Thing Forsaken by God – Guzoo: Kami ni misuterareshi mono – Part I – GUZOO 神に見捨てられしもの
Année : 1986
Durée :
40 minutes
Origine :
Japon
Genre :
Horreur
Réalisation :
Komizu Gaira Kazuo
Scénario :
Komizu Gaira Kazuo
Avec :
Ishikawa Yumiko, Kajitani Naomi, Komiyama Kyôko, Maruyama Hidemi et Maruyama Tomoko

 Guzoo, la chose abandonnée par dieu (1986) on IMDb


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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Faze
Faze
16 août 2022 0:00

Haha du gore , des jolies filles et des tentacules !!

Si le film en soit est pas mémorable , comme tu le dis c’est assez « propre » (paradoxal pour un film qui tache !!) malgré son introduction un peu longuette (après tu me met n’importe quelle vidéo japonaise des années 80 , je sais pas pourquoi ça me fascine alors que j’ai pas spécialement la fibre asiatique ) , le film est pas déplaisant et ce malgré le manque de budget.

Et puis j’ai vu une interview de Komizu Gaira Kazuo , le bonhomme est un peu dérangé (et fume trop !! :p ) mais assez sympa et attachant ,et comme tu le souligne , c’est un réalisateur qui sait ce qu’il fait avec une cam’ en main.

Bref le genre de petite production pour videoclub pas déplaisante et qui devrait satisfaire les fans du genre. (40 min !? J’avais quand même l’impression que ça durait 10 – 15 min de plus …mais je l’ai vu il y a un paquet d’années et ma mémoire étant saturé je te fais confiance Rick 😉 )

Faze
Faze
Reply to  Rick
16 août 2022 23:04

« Je trouve que les films des années 80 au Japon, que ce soit les films de studio ou les films fauchés, ils ont une patte, un petit quelque chose caractéristique de leur époque que j’aime beaucoup aussi »

Oui voila , tu as résumé ce que je voulais exprimer dans mon commentaire précédent.

C’est chouette de discuter avec toi , tu me facilite la tâche à chaque fois ! 😀

Et rien à voir (quoique avec la chronique de Histoire de cannibale je pense que ça à joué )mais ce matin je me suis refait L’enfer des armes director’s cut deTsui Hark … C’est dingue comme ce film malgré sa noirceur (ou plutôt grâce à sa noirceur) arrive toujours à me fasciner.
Pas un personnage sympa , une ville de HK sale et en chantier permanent et ce nihilisme total …
On sentait qu’il avait la rage le jeune Hark !

Mais clairement un grand film à mes yeux. (et les musiques (droit d’auteur ? inconnu :p ) qui collent parfaitement à l’ambiance anxiogène , un régal !!)

Voila j’avais besoin de le dire. 😀

Faze
Faze
Reply to  Rick
20 août 2022 1:01

Ah bah … euh … Je suis surpris car c’est un gros morceaux pourtant !
Et sans trop me tromper , je pense qu’il devrait te plaire. (la director’s cut car la version ciné est moins puissante et scénaristiquement moins ambigue à cause de la censure de l’époque … par contre il en existait plus qu’une vieille version de travail tiré d’une VHS donc qualité d’image très mauvaise)

Du coup je me suis fait un Story of Rick(y) hier soir.
Et c’est toujours aussi grand guignole , gore et con mais tellement fun. 🙂