[Film] Dora et la Cité Perdue, de James Bobin (2019)


Après des années à explorer la jungle avec ses parents, Dora se prépare à vivre l’épreuve la plus difficile de sa vie : l’entrée au lycée ! Son âme d’exploratrice ressurgit quand elle doit voler à la rescousse de ses parents en danger. Accompagnée de son fidèle singe Babouche, de son cousin Diego et de nouveaux amis hauts en couleur, Dora embarque dans une folle aventure qui l’amènera à percer le mystère de la Cité d’or perdue.


Avis de Cherycok :
Hollywood en a déjà eu des idées complètement saugrenues, mais celle-là, personne ne l’avait vue venir. Adapter le dessin animé, déjà bien improbable, Dora l’Exploratrice en film live, absolument personne n’aurait pu le prédire. La première question qu’on se pose, c’est « Pourquoi ? ». Oui, pourquoi adapter ça… Et tous les parents ont le poil qui se hérisse rien qu’à entendre le mot « Dora » après avoir subi en boucle à la maison des répliques telles que « Chipeur, arrête de chiper ! », « Sac à dos sac à dos… sac à dos sac à dos… » ou encore « Dora Dora Dora l’Exploratrice, Babouche et Dora les copains sympas ». Aaaaaaaaaaaaaah mes oreilles saignent encore ! Mais voilà, Hollywood l’a fait. Et dès la première bande annonce, il fallait que je voie ce film. Curiosité malsaine peut-être, je ne sais pas. Une chose est sûre, il fallait exorciser toutes ces voix qui hantent encore mon cerveau (saleté de mioches !). Et puis, le trailer annonçait quelque chose de tellement improbable que, ne serait-ce que pour se moquer, je me devais de le regarder. Je suis maso, je sais. Le résultat est aussi improbable que l’était mon attente : Dora et la Cité Perdue est 100 fois plus honnête que bon nombre de blockbusters qui abreuvent nos écrans de cinéma. Alors je ne sais pas si c’est grave, je m’en fous à vrai dire, mais contre toute attente, je peux l’affirmer haut et fort, sans honte, sans trembler des genoux : j’ai passé un bien meilleur moment devant ce Dora que devant les derniers Marvel / DC.

Pour les quelques-uns qui n’auraient pas entendu parler du phénomène, Dora l’Exploratrice est un dessin animé diffusé entre le 14 août 2000 et le 9 août 2019 sur la chaine Nickelodeon aux États-Unis. Pas moins de 177 épisodes repartis en 8 saisons. Chez nous, c’est TF1 qui s’est chargé de multidiffuser ça sur ses chaines. Dora Marquez, petite fille de 8 ans, a reçu un sac à dos magique et une carte douée de parole. Dora va vivre de folles aventures, accompagnée de son fidèle compagnon Babouche, un singe, tout en aidant ses amis Vera ou encore Totor. Mais Chipeur le fourbe renard sera toujours là pour les embêter. Le programme, qui s’adressait à un très jeune public, avait pour but, en plus de les amuser et les faire rire, d’apprendre à nos chers bambins les langues étrangères (l’espagnol aux USA, l’anglais / le français / l’espagnol chez nous). Une série parallèle, Go Diego, mettant en vedette Diego, le cousin de Dora, a également vu le jour le temps de 77 épisodes.
Voilà, vous savez tout ou presque d’un des dessins animés les plus énervants pour tout parent normalement constitué ayant un enfant normalement constitué qui a regardé Dora en boucle à une période de sa tendre enfance. Oui, la vie de parent est rude et semée d’embuches. Dora était l’une d’entre elles. Combien de mamans ont eu envie d’égorger Dora après l’avoir poignardée d’une bonne demi-centaine de coups de couteau… Combien de papas ont eu envie de prendre Babouche et de le carrer au fond de la gorge de cette grosse conne de Dora jusqu’à ce que mort s’en suive et qu’enfin elle se taise… Mais Hollywood l’a fait, et d’entrée de jeu, avant même que le film commence, un texte nous fait bien comprendre qu’il ne faut pas que nous, adultes, prenions ça très au sérieux. Car oui, Dora est un film d’aventures pour enfants, mais rempli de second degré et d’auto-dérision pour les adultes. Un film qui s’assume comme tel, et qui en exagère les traits.

Le film commence par le thème du dessin animé. Oui, directement, en guise d’introduction. Ça pourrait être rude mais étonnement, on sent que ça va respirer la légèreté. Et rapidement, on se rend compte que tout ce qui est dans le dessin animé, on va le retrouver dans le film. Le sac à dos, la carte qui parle, le renard Chipeur qui doit vraiment arrêter de chiper, le cousin Diego… Mais tout y est complètement décalé, burlesque souvent même, à la limite de la parodie. Lorsque l’héroïne rompt le 4ème mur pour s’adresser au spectateur, comme dans le dessin animé où ce gimmick revenait très régulièrement au point qu’on se demandait si ça ne prenait pas trop nos enfants pour des glands, c’est ici détourné avec le mot « neurotoxicité ». Le film se moque également du fait que le dessin animé est farci de chansons bien niaises, avec des personnages qui sont sans arrêt en train de dire à Dora de ne surtout pas chanter ses chansons à la con. Le renard Chipeur et le singe Babouche sont en CGI au look très cartoon pour bien trancher avec le reste du film afin de bien rester des personnages de dessin-animé, tout comme les bruitages qui les accompagnent. L’apothéose de cet hommage parodique étant atteint lorsque les personnages, après avoir sniffé à leur insu des spores hallucinogènes, se retrouvent à voir le monde qui les entoure en dessin animé, avec le même design que celui qui a fait les heures de gloire de Nickelodeon 19 ans durant. Un peu comme si on voulait nous faire comprendre qu’il fallait être complètement drogué pour inventer un dessin animé pareil ou pour arriver à le supporter lorsqu’on est parent.

Il est clair que Dora et la Cité Perdue est un film sans envergure. Mais il n’a de toute façon aucune autre prétention que de divertir les enfants. Son but est d’être une sorte d’Indiana Jones pour les plus jeunes, où Dora serait une Lara Croft en herbe. Voire, une sorte de Goonies des années 2010 (oui, j’ose la comparaison). Et je pense que le film a été pensé ainsi. On est clairement plus proche du dernier Jumanji que du dessin animé Dora, et ce malgré le respect du matériau d’origine. Les jeunes enfants (6/12 ans) y verront là une bobine pleine d’aventures ; les adultes s’attarderont sur le second degré que seuls eux pourront voir. Le film se moque pas mal de lui-même car tout le monde est conscient de ce qu’il est en train de faire. Qui dit film pour enfants dit scénario bien bateau (oui, c’est souvent le cas), plein de bons sentiments, et bien entendu, des méchants très très méchants, car il faut que le manichéisme soit encore plus prononcé qu’en temps normal. Mais aussi des moments qui pourront paraître gênants pour certains adultes qui accompagneront leurs enfants dans le visionnage, voire malaisant, en fonction de la manière dont ils vont appréhender le film. Car oui, la chanson sur le caca, c’est une minute assez difficile à vivre quand on n’a plus 8/10 ans… Mais néanmoins, film pour enfant ou pas, les facilités scénaristiques, volontaires, sont drôles et vont permettre quelques crises de fous rires.

Le réalisateur James Bobin (Les Muppets Le Retour, Alice de l’Autre Côté du Miroir) n’a beau être qu’un Yes Man pur jus, il arrive pourtant à faire quelque chose qui tient la route à partir d’un matériau de départ complètement casse gueule. La mise en scène de son film est sincèrement de bonne tenue. Même si certains décors studios sonnent un peu faux, les décors naturels sont de toute beauté (le tournage a eu lieu en Australie). Il en est de même en termes de CGI. Même si certains font un peu vieillots, l’ensemble se tient et nous propose un spectacle visuellement très agréable. James Bobin ne succombe pas à la facilité de faire de son héroïne un personnage ultra sexy et préfère le côté sans aucune sexualité de Dora (sans doute afin de ne pas créer le malaise dans un film pour jeunes enfants). Dora représente la positive attitude, vierge de toute pollution urbaine, naïve, empathique, toujours souriante et énergique, et c’est via son personnage que seront passés tous les bons sentiments à transmettre à nos chères têtes blondes. On va suivre ses aventures dans son lycée, puis dans la jungle, sans aucun temps mort, en se posant parfois la question si ce qu’on est en train de regarder est lamentable ou si on frôle le génie. On se remémore les nombreuses critiques négatives vues un peu partout sur la toile ; on se rend compte qu’on est en train d’apprécier le spectacle en le prenant pour ce qu’il est réellement. Qui est dans le vrai, qui est dans le faux, il n’y a réellement pas de réponse à cette question. Mais une chose est sûre, c’est que Dora et la Cité Perdue est une bonne conclusion à cette série qui aura fêté cette année ses 19 ans.

LES PLUSLES MOINS
♥ Beaucoup moins énervant que prévu
♥ La mise en scène
♥ Parodie réussie
⊗ Réservé à un public très très jeune
⊗ Les acteurs pas tous très bons
Contre toute attente, Dora et la Cité Perdue est un film plus qu’honorable. C’est un film d’aventures certes réservé aux très jeunes enfants, mais qui est assez malin dans son second degré et dans son côté parodique pour ne pas donner envie aux parents d’aller dépecer des bébés phoques.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le nom de Michael Bay aura souvent été cité à la production de cette adaptation de Dora. Il n’en sera finalement rien. Le papa de Transformers, Bad Boys et Armageddon ayant très vite démenti les rumeurs qui commençaient à enfler sur la toile.
• De nombreuses références à d’autres films sont présentes dans Dora et la Cité Perdue, et pas uniquement des films d’aventures. Il y a bien évidemment des allusions à la trilogie Indiana Jones, mais également à Scarfare, Terminator, la trilogie Pitch Perfect, Bob l’Éponge, ou encore au jeu vidéo Pitfall (jeu d’aventure du début des années 80 façon Indiana Jones).
• Le Fiesta Trio, qui vient normalement dans le dessin animé féliciter Dora d’avoir accompli une quête, apparait en toute fin de générique pour annoncer la fin du film et remercier les spectateurs.
• Au moment où j’écris ces lignes, Dora et la Cité Perdue est l’adaptation live d’un dessin animé qui a obtenu la meilleure note sur le célèbre site Rotten Tomatoes : 83%.
• Ce sont Benicio Del Toro qui double Chipeur le Renard et Danny Trejo qui fait la voix de Babouche dans la version originale du film.


Titre : Dora et la Cité Perdue / Dora and the Lost City of Gold
Année : 2019
Durée : 1h42
Origine : U.S.A / Mexique / Australie
Genre : Le nouveau Goonies ?
Réalisateur : James Bobin
Scénario : Nicholas Stoller, Matthew Robinson, Tom Wheeler

Acteurs : Isabela Marced, Jeff Wahlberg, Eugenio Derbez, Eva Longoria, Michael Peña, Adriana Barraza, Nicholas Coombe, Madeleine Madden, Temuera Morrison

 Dora et la cité perdue (2019) on IMDb


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Faze
Faze
5 décembre 2019 2:31

Merci Chery , simplement merci !

Tant d’abnégation et de don de soi pour cette chronique … à mes yeux tu es la Dora des temps modernes.
Toujours enthousiaste et volontaire face à une aventure qui mettrait beaucoup de monde sur les rotules , mais non , notre Chery l’explorateur , il a pas peur et ose les expériences que nulle autre aurait tenté !

ps : le pire c’est que comme toi , j’ai envie de le voir le bouzin ! 😀

Chanson
Chanson
Reply to  Faze
11 décembre 2019 13:40

Si tu dois aller quelque part,
je te guiderais tu peux me croire
Je suis la carte,
jsuis la carte, jsuis la carte.
Si tu veux trouver ton chemin,
je peux t’aider écoute-moi bien
Je suis la carte,
jsuis la carte, jsuis la carte…

Matt
Matt
5 décembre 2019 19:46

C’est marrant j’ai entendu la même chose à droite et à gauche sur ce film.
Comme quoi en fait…c’est fun.
Bon…plus pour les petits, mais pas insupportable.
Bon après hein…j’en ai rien à foutre de Dora et j’ai pas d’enfants donc je vais pas me jeter dessus, faut pas déconner^^

Et sinon euh…je veux pas avoir l’air d’un pédophile mais…elle est pas un peu trop…bien formée pour une gamine de 8 ans ?^^ Eh oh ! L’actrice a 18 ans hein ! Ne me regardez pas comme ça !

Faze
Faze
Reply to  Cherycok
6 décembre 2019 3:20

Donc à présent je peux enfin fantasmer sur Dora et sa dorade sans qu’on me jette des pierres ? 😀

Faze
Faze
Reply to  Cherycok
6 décembre 2019 23:38

Tu me tends des perches tellement énormes … mais je vais rester stoïque sinon on va me coller une étiquette de pervers. (ce qui en soit est pas faux :D)

Rick
Administrateur
6 décembre 2019 10:43

Voilà bien le film que dés son annonce, j’ai fais “meeeh”, et pas regardé une image, un trailer. Désintérêt total pour ma part, mais bon, normal tu me diras ^^

Faze
Faze
Reply to  Rick
6 décembre 2019 23:42

Et bien pour ma part , j’étais très intrigué car à l’époque , comme l’indique Chery, le nom de Michael Bay en producteur revenait sans cesse.
Depuis ce fut contredis et ma hype est retombée , mais je reste intrigué !

Feroner
Administrateur
6 décembre 2019 12:49

Et la reine des neiges 2 ça vaut le coup ?

Matt
Matt
Reply to  Feroner
6 décembre 2019 17:57

Il parait que non, comme beaucoup de suites Disney.
Selon ce qu’on m’a dit ça ferait “épisode filler” avec une petite aventure mettant en scène les personnages du premier Reine des neiges, parce que ça a plu ^^

Feroner
Administrateur
Reply to  Cherycok
7 décembre 2019 9:43

Exactement cherycok.
La reine des neiges l’air de rien c’est une histoire originale et ca a marqué toute une génération (ca fait l’effet d’une drogue dure chez les petites filles) ce que Disney n’avait pas fait depuis 25 ans.
J’ai été contraint et forcé d’aller le voir au cinéma et ca a pas été la séance de torture annoncée c’était pas si mal et c’était amusant d’entendre les gamines qui réagissaient au moindre événements.

Feroner
Administrateur
Reply to  Cherycok
8 décembre 2019 15:00

Rebelle c’est dix fois mieux mais c’est du Pixar et entre Pixar et Disney ya pas Photo. Raiponce j’ai bien aimé et c’est du Disney.
C’est pas une histoire originale c’était trop beau, mais c’est pas un truc vu et revu.

Rick
Administrateur
Reply to  Feroner
8 décembre 2019 20:13

Comme Chery, je connais au final très peu Disney. Même gamin, j’ai du voir… euh, Le Roi Lion (au cinéma, donc sûr de chez sûr), et Rox et Rouky, et au delà de ça, aucun souvenir. Raiponce je l’avais vu et trouvé ça sympa tiens.

Mais bon, pour revenir sur Dora, c’est qu’il me donnerait presque envie mine de rien Chery 😉

Matt
Matt
Reply to  Matt
6 décembre 2019 20:56

Pas grave, je réponds quand même^^

Tiens la prochaine version live de Mulan semble ressembler un peu plus à un film que les autres remakes live à la con. Enfin ça ressemble à un wuxia pian…
Et ils ne mettent pas de dragon comique qui parle.