[Film] Dinner in America, de Adam Rehmeier (2020)


Un rocker punk et une jeune femme obsédée par son groupe de musique favori tombent amoureux de façon inattendue. Ils partent ensemble pour un voyage épique à travers les banlieues du Midwest américain, laissées à l’abandon.


Avis de Iris :
Il y a des soirs comme ça où on se sent vidé, passé dans une centrifugeuse qui aurait excrété les dernières gouttes d’énergie qui nous restaient, où le cerveau se met en veille, où à la question « qu’est-ce qu’on fait ce soir ? » on répond un nonchalant « ce que tu veux », sans conviction, sans envie juste celle de se laisser porter par la vague. Et quel bonheur que ma vague à moi soit si curieux de cinéma qu’il fouille partout pour dénicher de petites pépites parfaitement inconnues au bataillon mais qui vont réussir l’exploit de redonner forme humaine au zombie avachi sur son canap en lui injectant une grosse dose de peps, de smile, de fun, de punk is not fucking dead avec en prime un score qui reste bien en tête.

Dinner in America, c’est un petit film indépendant présenté en première du Sundance Film Festival en janvier 2020 et sorti dans quelques salles ensuite aux États-Unis puis en VOD. Il est le fruit de la fusion de deux « idées » du scénariste/réalisateur Adam Rehmeier. La première en 2006 se centrait sur Simon sans que Rehmeier ne sache vraiment qu’en faire. Il restera quelques années en l’état, dans un dossier appelé Kicks. La deuxième concernait Patty et lui est venue en 2009. Mais l’un comme l’autre, pris indépendamment ne lui semblaient pas avoir beaucoup de sens. En 2013 il a décidé de fusionner les deux en mêlant une journée de Simon à une journée de Patty. Les années qui suivirent lui ont permis de le peaufiner, de trouver des producteurs qui le laisseraient mener son projet comme il le voulait, voyait, imaginait. Dany Leiner (réalisateur d’épisodes de séries comme Les Sopranos, Gilmore Girls et de Eh Mec Elle est Où Ma Caisse) fut intéressé par le scénario et après avoir au départ pensé le réaliser, il a finalement choisi de le produire. Mais il est décédé à la fin de la production. Ben Stiller (qu’on ne présente plus) et Nicky Weinstock (producteur de In the Dark) sont également producteurs. Le casting de l’ensemble, dont les protagonistes Kyle Gallner (Simon) et Emily Skeggs (Patty), a été annoncé en septembre 2018. Le tournage a également démarré en septembre 2018. Le film a raflé pas mal de récompenses dans les divers festivals par lesquels il est passé dont le prix du meilleur film au Festival international du film fantastique de Neuchâtel et au Festival international du film de Guanajuato, le prix du meilleur scénario au Fantasport et le Grand Prix -Compétition Internationale- au Festival international du film d’Odessa. Alors trouver une bonne raison pour laquelle Dinner in America n’est jamais arrivé chez nous nous entrainerait probablement dans un débat sur l’offre actuelle que je ne me sens pas capable de mener tant la perte de temps qu’il engendrerait serait inversement proportionnelle à l’efficacité qu’il aurait sur les distributeurs. Qu’importe, il est annoncé « prochainement » sur Allociné. Prochainement de quelle année ? Difficile à dire mais l’espoir fait vivre comme on dit.

Alors Dinner in America en fait c’est quoi ? On va suivre dans une première partie les histoires en parallèle de Simon, punk-rockeur un peu craspec, assez looser et quelque peu remonté dans une petite série de galères et celle de Patty, une fille qui semble assez en marge de la société, douce, un peu paumée, un peu attardée et forcément harcelée par ce que l’Amérique offre de jeunes adultes attachants type sportifs crâneurs ou reines du bal. Lui sort d’un essai médical pour tenter de financer ses disques, elle bosse dans une animalerie. Après avoir planté son essai médical et insulté le médecin référent (ce qui lui vaudra de n’être payé que partiellement), lui va se retrouver injustement recherché par la police après avoir « agressé » la famille d’une jeune fille qui l’a invité chez elle. Elle ne s’évade que le soir en écoutant Psyops, un groupe de punk bien vénère dont elle kiffe le chanteur, John Q, dont personne ne connait le visage puisqu’il ne se produit que camouflé sous une cagoule. Elle se lâche et vit une histoire d’amour épistolaire à sens complètement unique puisqu’elle envoie des lettres enflammées à John Q assorties de photos d’elle se caressant. Deux personnages a priori que rien ne semble réunir. Lorsqu’ils se rencontrent de façon improbable débute une relation tout aussi improbable. Voilà, rien de bien nouveau a priori. Mais alors, qu’est ce qui fait de Dinner in America un film si spécial ?

Tout d’abord la façon dont les personnages principaux sont abordés. Le réalisateur prend le temps de nous les présenter tels que tout le monde les voit, tels que tout le monde semble les connaitre, puis il nous les fait découvrir au fur et à mesure sous un angle plus intime, plus profond. Un peu comme au début d’une relation lorsqu’on découvre les personnes et que plus on en apprend sur elles et plus on va les aimer. On va donc découvrir un Simon plus sensible mais aussi plus tourmenté, de ces mecs qui vont au bout de leurs idées même si cela ne leur vaut ni la gloire ni la richesse. De ceux qui parfois sont à la limite de se saborder pour coller à leurs valeurs sans concessions aux bonnes manières ou à la bienséance. On va aussi découvrir une Patty non pas attardée mais décalée, un peu dans son monde qui fait d’elle quelqu’un d’un peu à part car il ne lui donne pas les codes pour se débrouiller dans la société américaine. Un monde poétique presque. Une chose les réunit : le punk ! Là aussi le film nous amène à considérer les choses d’un point de vue qui n’est pas celui de majorité. En choisissant le punk comme style de musique unissant les personnes, le réalisateur prend le pari d’une musique qui ne fait pas l’unanimité, avec tous les clichés et les préjugés qu’il traine, pour aller à contresens de ce que pense la plupart des gens (les punks sont des loosers drogués et violents, tout le monde sait ça). Et tout ça est amené avec une couche d’humour, parfois cynique, parfois noir, jamais grotesque et qui fonctionne à merveille. Les seconds rôles s’en sortent très bien également même si le duo de personnages principaux a tendance à les éclipser. C’est pris par la main qu’on les accompagne dans leur virée dans le middle-west américain. L’histoire d’amour qui s’installe ne va jamais, jamais tomber dans le mièvre ou le romantisme dégoulinant. C’est frais, léger, c’est drôle notamment grâce aux décalages de Patty auxquels Simon apporte des éclairages parfois… extrêmes. Et puis il faut dire également que ça n’épargne personne et que les petits travers, les mensonges et manipulations, les trahisons du quotidien ont également droit à un traitement de maître. Non vraiment, ce film est un film intelligent porté par un casting incroyable et une mise en scène maîtrisée. La musique a forcément un rôle important et la bande son est juste parfaite. Le fait que le réalisateur soit musicien n’est pas étranger à tout ça et la chanson qui nous reste en tête une fois le générique de fin terminé a été composée à la fois par Adam Rehmeier lui-même et Emily Skeggs qui incarne Patty. L’interprétation en est juste fabuleuse.

LES PLUSLES MOINS
♥ Le casting
♥ La bande son
♥ Le scénario
♥ L’humour
⊗ Je vais bien finir par trouver quelque chose 😉

Dinner in America est pour toutes ces raisons un film qui vaut le détour, un film qui fait du bien, un film qui vous donne une pêche d’enfer. Je ne sais par quel procédé miraculeux ce film reste encore aujourd’hui indisponible chez nous. Si vous avez la chance de tomber dessus, n’hésitez pas une seule seconde !

LE SAVIEZ VOUS ?
• Depuis sa sortie, le film récolte des éloges de partout. Il obtient un score de 91% pour la presse et 81% pour les visiteurs sur le site RottenTomatoes, 80% sur Metacritic, ou encore 7.2/10 sur IMDB.



Titre : Dinner in America
Année : 2020
Durée : 1h46
Origine : U.S.A
Genre : Fuck them all, but us
Réalisateur : Adam Rehmeier
Scénario : Adam Rehmeier

Acteurs : Kyler Gallner, Emily Skeggs, Mary Lynn Rajskub, Pat Healy, Hannah Marks, Lea Thompson, Nick Chinlund, Lukas Jacob, Sidi Henderson, Shelby Alayne Antel

 Dinner in America (2020) on IMDb


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Auteur : Iris

Aime tout ce qui de près ou de loin fait appel à tout sauf au réalisme, fan de SF, tombée petite dans l’Heroïc Fantasy, amatrice de grandes sagas impliquant Elfes, nains et autres trolls, fan de vampirades en tous genres ou de délires Lycanthropiques. Peut se satisfaire de l’esthétique et relativement bon public dès lors que cela ne concerne pas les requins à trois têtes ou la nouvelle vague. Impressionnable en cas de scènes de torture ou d’esprit malfaisant, a parfois besoin de décompresser devant un gros blockbuster décérébrant.
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Feroner
25 juillet 2022 19:02

‘une musique qui ne fait pas l’unanimité » Tu m’étonnes le Punk avec la dance sont les deux seul genre musicaux que je ne supporte pas.
Moi aussi j’ai trouvé ca franchement cool.

J’avais écrit ca sur le forum a l’époque.

Ca commence comme une comédie bien trash et rentre dedans. C’est bien fun et jouissif ca met les pieds dans le plat bien comme il faut mais bon ca part dans tout les sens et ca semble ne rien raconter. Et c’est la que le film surprend dans ca deuxième partie. Ca ce calme et on finit par s’attacher au personnage et ce devient prenant et même un peut touchant. Un très bonne surprise.

Cherycok
Administrateur
Reply to  Feroner
26 juillet 2022 8:26

Alors que moi, j’aime bien le punk ^_^
Alors ma femme Iris a bien résumé via son texte ce que je pense du film. J’ai passé un excellent moment, au point que j’attends une sortir avec sous titres français pour me le prendre en bluray. J’adore ce genre de petits films qui ne paient pas de mine, qui ne te brosse pas dans le sens du poil mais en fait si un petit peu, qui sont conscients de ce qu’ils sont et qui tentent des choses. Les acteurs sont géniaux, tout comme la bande son et la réalisation, et c’est mon coup de coeur de l’année pour le moment (il n ‘est pas de 2022 mais je l’a vu en 2022 donc…)