[Film] Daughter of Darkness, de Ivan Lai (1993)

Après avoir été violé par son père, l’adolescente Mak Wei-Fong décide de se venger contre sa famille abusive qui a gardé le silence sur cet acte et ainsi sauver la relation avec son petit ami.


Avis de Rick :
Si Daughter of Darkness n’est assurément pas le film de Cat III le plus connu que Hong Kong a pu nous livrer, il demeure encore aujourd’hui une représentation plutôt juste du genre en question, dans ses qualités et travers, dans ses intentions et son résultat final. Mais quoi qu’il en soit, voir un petit Cat III avec en plus dans un des rôles clés Anthony Wong, soit un des acteurs les plus représentatifs du genre, ça ne se refuse jamais. Et malgré son histoire somme toute classique et le cocktail habituel des Cat III, Daughter of Darkness n’est pas si simple à appréhender. Ce qui est certain, c’est que comme beaucoup d’œuvres du genre de ces années là, refaire ce genre de film aujourd’hui paraît compliqué. Car ça se moque de tout, ça cherche à choquer, ça fonce tête baissée vers tous les sujets tabou qui lui passent par la tête, ça ose mélanger humour, gore, cul et ambiance malsaine. Daughter of Darkness est, en tout cas, clairement déséquilibré. Pas assez pour que l’on passe un mauvais moment où que l’on s’ennuie, mais un peu trop pour que l’on puisse le recommander à tous les amateurs du genre et autres bisseries, ou que l’on le qualifie de maître étalon du genre. Dans les faits, on a simple Rape and Revenge en tout cas. Mais raconté à l’envers, puisque le film s’ouvre par la découverte d’une famille massacrée. La seule survivante est la fille de la famille, et c’est le chef de la police et son assistante qui vont mener l’enquête. Enquête qui va donc nous amener avec une première partie qui se moque de tout en en faisant des tonnes, une seconde qui fait office normalement d’introduction dans le genre (les sévices de la victime) avant la partie finale, la partie vengeance de la victime. Sauf que la première partie, l’enquête, avec notre flic joué par un Anthony Wong comme souvent en roue libre dure toute de même trente minutes, que la seconde où l’on verra la charmante Lily Chung se faire frapper et violer en dure 40 minutes, et qu’il ne reste alors quasiment que 20 minutes pour laisser place à la vengeance et au gore.

Et c’est bien dommage, car sous ses aspects bouffons lors de la première partie, Daughter of Darkness semble s’amuser à changer de style, de genre et de ton à chacun de ses actes, et que le réalisateur, également scénariste, fait preuve d’une certaine passion. La première partie, où Anthony Wong a clairement le premier rôle, met en avant l’humour. Un humour loufoque certes, mais qui ose frapper où ça fait mal, ne reculant devant aucun tabou. On verra donc notre flic tâter les seins des victimes pour déterminer l’heure du décès, prendre des photos avec des macchabés pour le journal du coin, accepte les pots de vins, rabaisse les femmes, tabasse les suspects car après tout, ne pas obéir à la police, c’est manquer de respect au gouvernement et donc au pays entier. On sent via le personnage d’Anthony Wong que le réalisateur, tout en partant très loin dans son délire, a des choses à dire, à critiquer, et l’humour, aussi noir et loufoque soit-il, est sans doute la meilleure façon de faire passer les choses. Une première partie comique de sale gosse en quelque sorte. Arrive la seconde et plus longue partie, où l’on va subir en même temps que Lily Chung ses abus. Passage à tabac par son père, qu’elle surprend d’ailleurs avec des prostituées dans la rue, insultes de la mère de la mère, de sa sœur ou de son frère. Les choses sérieuses débarquent quand son père, alors saoul, va la violer, prendre des photos de l’acte, et faire pression sur la jeune femme. Là encore, dans un style différent, ça va très loin, et ça ne lésine pas sur les grossièretés, les claques, les coups, et bien entendu, Cat III oblige, la nudité.

Le souci, c’est que cette seconde partie va tellement loin, en s’étalant du coup sur pas mal de temps, avec des personnages qui semblent parfois juste accepter leur condition, que le côté choc de l’entreprise fou le camp. C’est fort dommage. Ivan Lai aurait pu choquer, et ce n’est pas franchement le cas. C’est en réalité tellement énorme que l’on rira jaune de toutes ces situations. La première partie était volontairement comique avec Anthony Wong en roue libre (du moins je le pense), cette seconde moins, mais pourtant, difficile de prendre le tout au sérieux (pour moi en tout cas, encore une fois). Heureusement, la dernière partie, bien que la plus courte, se lâche totalement, et sans atteindre les envolées gore d’un film comme Ebola Syndrome (encore avec Anthony Wong tiens), se déchaine, et là, ça gicle, ça flingue, ça se frappe, ça donne des coups de couteaux, et Lily Chung est clairement déchainée, et même lors de ces moments habitée par son rôle. Ça fait du bien, surtout que malgré le politiquement incorrect de l’ensemble du film, le gore, le sang, on l’a attendu longtemps. Le film aurait pu en rester là, mais décide de continuer peu pour livrer quelques scènes de plus, lui permettant ainsi encore de changer de ton en partant dans le drame presque larmoyant et où les rôles de victimes et bourreau, de salaud et d’homme bon, de corrompu et d’homme au grand cœur semblent quelque peu s’intervertir. Surprenant, ça oui. Un film tout en un en fait presque, mais du coup, forcément aussi déséquilibré que divertissant.

LES PLUS LES MOINS
♥ Anthony Wong, encore en roue libre
♥ La partie finale, très prenante et percutante
♥ Lily Chung par moment habitée par son rôle
♥ De l’humour qui a beaucoup de choses à dénoncer
⊗ Le sang tarde à arriver
⊗ Clairement déséquilibré
note2
En voulant être une comédie noire qui dénonce, un Rape and Revenge, un film d’horreur mais également par moment plus dramatique, Daughter of Darkness surprend, amuse, diverti et plaira à l’amateur de Cat III, mais il y a un déséquilibre entre ces différentes parties de durée diverse.



Titre : Daughter of Darkness – 滅門慘案之孽殺 – Mie Men Can An Zhi Nie Sha

Année : 1993
Durée :
1h36
Origine :
Hong Kong
Genre :
Thriller de Cat III
Réalisation : 
Ivan Lai
Scénario : 
Ivan Lai
Avec :
Lily Chung, Hugo Ng, Anthony Wong, Ka-Kui Ho et Daisy

 Daughter of Darkness (1993) on IMDb


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Cherycok
Administrateur
8 janvier 2021 13:55

Anthony Wong est une fois de plus habité par son rôle. avec une partie du casting de Daugther of Darkness, y’a egalement The Underground Banker en cat III sympa. si jamais tu as l’occaz, fais toi plaisir. Je l’avais chroniqué là :

https://www.darksidereviews.com/avis-the-underground-banker-de-bosco-lam/

Feroner
Administrateur
9 janvier 2021 14:34

Les cat III c’est un peut comme les western Italien je comprendrais jamais pourquoi ca intéresse tant autant de cinéphiles. Pour moi c’est la version bas de gamme et racoleuse. Je suis d’accord la première partie est la plus réussie, normal il y a Anthony Wong (le boss). Le passage ou il examine la scène de crime est un pur régal. “la seconde partie où l’on verra la charmante Lily Chung se faire frapper et violer en dure 40 minutes” t’as tout dis c’est long est chiant. Le final est pas mal et la toute fin est un bon doigt d’honneur a la pseudo justice Chinoise et ca j’aime bien. En gros c’est nul mais il faut le voir !!!

Faze
Faze
Reply to  Feroner
13 janvier 2021 0:40

“Les cat III c’est un peut comme les western Italien je comprendrais jamais pourquoi ca intéresse tant autant de cinéphiles.”

Perso , c’est parce que ça ose tout et que ça fait du bien dans un cinéma de plus en plus aseptisé. (même les films chinois ressemblent à n’importe quel blockbuster US de nos jours …)

Et comme le dit Rick , dans le western spaghetti il y a quand même de sacrés réalisateurs qui savent maitriser leur sujet.(et donc par extension de très bons films)

Ce Daughter of darkness à quand même une réputation sulfureuse mais je dois bien avoué que ta critique m’a refroidi Rick , surtout sur le déséquilibre narratif que tu mets bien en évidence …

Ebola Syndrome à encore de beaux jours devant lui ! :p

Cherycok
Administrateur
Reply to  Feroner
13 janvier 2021 10:24

Ben après c’est chacun son point de vue. Moi c’est les western américains, j’ai du mal à comprendre pourquoi ca interesse autant de cinéphiles. Chacun cherche quelque chose de différent dans le cinéma. Et certains c’est dans le western spaghettis, ou le cat III. Le Cat III, je m’y suis intéressé pour son côté extrême, sans limite, où tous les sujets étaient abordés sans réelle retenue. C’est un cinéma différent et ca tombe bien car je cherche le cinéma différent car depuis le début des années 2000, je me suis écarté du cinéma traditionnel que j’ai trouvé de plus en plus aseptisé. après, je ne me considère pas comme un cinéphile. C’est de toute façon pour moi un mot qui ne veut pas dire grand chose. Et s’il y a autant de débats sur le net à propos de ce mot, il y a peut être une raison ^_^

Faze
Faze
Reply to  Cherycok
14 janvier 2021 9:34

Nous sommes des cinéphages ! (J’ai justement eu ce débat avec un ami et c’est apparemment le terme qui convient pour les “simples” amateurs de péloche que nous sommes , le terme cinéphile revenant plutôt aux connaisseurs éclairés avec déjà un certains bagage technique derrière eux … Rick serait donc un cinéphile et nous pauvres plèbes de simples cinéphages. 😀
Après ce n’est que des mots et on s’en fout peu mais bon , on est justement ici pour débattre après tout ! 😉 )

Cherycok
Administrateur
Reply to  Faze
14 janvier 2021 10:16

Amen !

Feroner
Administrateur
Reply to  Faze
14 janvier 2021 17:48

Pas du tout d’accord cinéphile ca veut dire “qui aime le cinema” l quel que soit ce qu’on regarde. Ca voudrais dire qu’il y a plusieurs castes ca crée une l’élite les ” vrais ceux qui savent “. J’aime pas qu’on change le sens des mots ca les vide de sens et parasite le débat. Après il y a les pros les gens du métier

Cherycok
Administrateur
Reply to  Feroner
14 janvier 2021 19:31

ca dépend des définitions à vrai dire. Certains le définissent ainsi : “Amateur et connaisseur en matière de cinéma.”
Dans ce cas là, y’a “connaisseur”. Et on peut aimer le cinéma sans y connaitre un broc. PAr exemple moi, j’y connais rien du tout en technique, c’est pour ça que je ne me considère pas comme cinéphile

Feroner
Administrateur
Reply to  Cherycok
14 janvier 2021 19:50

Désolé d’insister, mais non. Je vais pas te faire un cour d’etymologie mais la définition est dans le mot lui même. Pareil j’y connais rien à la technique et je veut même pas savoir ca gâche tout après t’es dans l’analyse et plus dans le ressenti.

Faze
Faze
Reply to  Feroner
15 janvier 2021 2:16

Cinephage : adjectif et nom
familier
Qui voit de nombreux films.

Cinéphile : adjectif et nom
Amateur et connaisseur en matière de cinéma.

Oui je suis un gros relou casse bonbons mais il y a une légère différence malgré tout.
Après je le répète ceux qui veulent se prétendre cinéphile ou cinéphage je m’en tape un peu , tant qu’on parle ciné ensemble dans la joie et la bonne humeur ! 🙂

Feroner
Administrateur
Reply to  Faze
15 janvier 2021 12:46

Non toujours pas mais bon j’insiste pas, ca fera partie des expressions que je n’utilise et ne reconnaît pas comme drama, roman graphique, lol…

Faze
Faze
Reply to  Feroner
15 janvier 2021 22:18

Rooooh dommage j’étais chaud pour une séance DRAMA !! (haha je déconne et je lâche l’affaire également 😉 )

Feroner
Administrateur
Reply to  Cherycok
14 janvier 2021 17:15

Avec cette phrase je m’attendais à avoir des réactions et ca a pas manqué, vous êtes partis dans tout les sens l’an 2000 les Chinois.
Alors oui c’est une question de goût et quand j’aime pas un truc qui plaît je peut pas m’empêcher de me questionner.
Les blockbusters Chinois qui ressemblent à ce que produit Hollywood. Il y a ce côté patriotique qui est plus voyant et frontal et aussi le côté héroïque plus marqué, mais oui ca finis par ce ressembler. Mais la ont parle de cat III HK.
Évidemment il y a de bon spaghetti mais je trouve la moyenne de ces films hyper faible comme Django. La vraiment je comprend pas.
C’est justement le côté frontal d’aborder certain thème que je trouve nul dans les Cat III. Comme le harcèlement dans ce film et surtout de manière sérieuse.
Le côté aseptisé je pense que tu parles des grosses productions US et la je suis d’accord ils commencent même à faire de la morale végétarienne !!! Après il y a beaucoup de bon film qui vont assez loin et pas que des tout petit films, pareil pour les séries (the boys).
Ont viens de passer une année ou presque sans blockbuster et franchement ca me manque pas, a part le James bond.

Cherycok
Administrateur
Reply to  Feroner
14 janvier 2021 19:32

Regarde cette émission spéciale sur la Cat III, très instructive et qui explique pourquoi le cat III (excellente chaine par ailleurs) :

Feroner
Administrateur
Reply to  Cherycok
14 janvier 2021 19:51

Merci je regarderai ça plus tard.