[Film] Dark Waters, de Mariano Baino (1994)

Après le décès de son père, Elizabeth se rend sur une île où se trouve un couvent, couvent auquel son père envoyait une certaine somme d’argent tous les ans. Mais les lieux ne sont pas si amicaux que ça.


Avis de Rick :
Dark Waters, voilà un film totalement oublié de nos jours. Tout comme son réalisateur, l’italien Mariano Baino, qui au-delà de ce film, n’aura signé qu’un autre métrage sorti dans l’anonymat le plus complet des années plus tard, et des courts métrages. Il faut dire qu’en remettant le film dans son contexte, Dark Waters n’a au départ pas grand-chose pour attirer. Sauf que contrairement à ce que je pensais avec son ambiance et son réalisateur, Dark Waters n’est pas un film totalement Italien, mais une coproduction entre l’Angleterre et la Russie. Mais voilà, en 1994, le cinéma Russe n’était pas ce qui attirait le plus, quand au cinéma Italien, il était mort depuis le milieu des années 80. Et malgré quelques surprises, l’année 1994 nous avait tous focalisé sur un autre métrage Italien, tout aussi surprenant et poétique, à savoir Dellamorte Dellamore de Michele Soavi. Dark Waters, malgré une édition DVD collector en France, est passé inaperçu, n’a pas été vu par beaucoup, et est oublié aujourd’hui. Et pourtant, si sur le papier, ça reste plutôt classique, à l’écran, Dark Waters (on ne confond pas avec Dark Water de Nakata svp) a beaucoup à proposer, et surtout semble vouloir être un mix au départ improbable entre l’expressionnisme Allemand des années 20, le pur cinéma surréaliste Italien des années 70 et l’univers cher à mon auteur préféré, à savoir H.P. Lovecraft. Un métrage que le réalisateur aura eu toutes les difficultés du monde à terminer, la faute à une production chaotique (intempérie, lieux de tournage qui ont du être changés au dernier moment, une partie de l’équipe qui ne parlait pas Anglais, un créateur d’effets spéciaux qui se barre en plein tournage, des scènes changées au dernier moment).

Bref, une production compliquée, pour un résultat dans le fond également compliqué, Mariano Baino faisant le choix de livrer sa vision sans concessions, quitte à laisser à la porte les spectateurs qui ne souhaitaient qu’un simple film horrifique. Sauf que Baino livre bien plus, il livre un film poétique, et un film avant tout visuel, où la profondeur de son récit sera cachée derrière le symbolisme des images. Car en soit, ce que Dark Waters raconte est extrêmement simple sur le papier. Elizabeth se rend dans un coin paumé pour voir un couvent sur une île coupée du monde (et bien entendu, sans électricité, ni téléphone), couvent auquel son père envoyait tous les ans une importante somme d’argent. Et durant toute sa première partie, on se rend compte très rapidement des influences du réalisateur, ou plutôt des œuvres qui l’auront marqué et auxquelles il aura voulu rendre hommage. Du cinéma Italien, on trouve ici assurément la patte de Dario Argento et de Mario Bava à plusieurs reprises. On pourrait même dire que le choix du film d’être avant tout visuel et d’économiser au maximum les dialogues rappelle clairement Suspiria et Inferno d’Argento. Tout comme son utilisation de la symbolique. Certains plans ainsi que certains jeux d’ombre rappellent clairement le cinéma expressionniste Allemand, comme le cinéma de Murnau dans les années 20. On trouvera même un peu de Fulci ici, avec des nonnes, quelques scènes sanglantes. Mais c’est surtout auprès de Lovecraft que Dark Waters va chercher ses plus grandes inspirations. Un culte étrange, un lieu coupé du monde, des créatures étranges, un monde cauchemardesque, des lieux souvent sous la pluie, des personnages étranges qui parfois se nourrissent de poisson. Oui, la nouvelle Le Cauchemar d’Innsmouth semble avoir été une grande inspiration pour Mariano Baino, et cela s’en ressent jusqu’à certaines révélations finales, et bien entendu certains aspects de son histoire.

Est-ce que ces multiples influences fonctionnent maintenant, et est-ce que le réalisateur parvient à les digérer ? Et bien malgré quelques petits défauts, ça fonctionne du tonnerre. Pour peu que l’on adhère à l’ambiance d’ailleurs, Dark Waters se révèle être une petite merveille, en jouant quasi intégralement sur l’ambiance et le silence durant sa première heure, étant avare en informations, avare en dialogues, mais techniquement très travaillé, toujours un délice pour les yeux, avec de splendides effets de lumière, des plans très travaillés, et une ambiance parfaite créé à la fois par le visuel et par la musique, signée Igor Clark (bien que parfois, sa bande son s’emballe, comme le souligne le générique de fin). Ce couvent sur une île perdue, l’arrivée d’Elizabeth (très mignonne Louise Salter) de nuit sous la pluie, les teintes parfois bleutées de la photographie (cliché des années 90 ?), ces notes d’ambiance lourde en arrière plan. Oui, Dark Waters est résolument un film d’ambiance, qui pourra nécessiter un certain investissement de la part du spectateur, mais qui en vaut la peine Même lors de la dernière demi-heure, plus sanglante et démonstrative, le réalisateur fait preuve d’un certain savoir faire, surtout avec tous les soucis de tournage qu’il a eu, pour ne pas rendre certains éléments ridicules, tout en étant plus démonstratif. Il se permettra même de conclure son œuvre par un petit hommage bienvenue à Fulci et son œuvre culte, L’Au-Delà. Malgré tout, oui, Dark Waters n’est pas pour tout le monde, pour son approche beaucoup plus surréaliste et visuelle de son histoire, préférant l’ambiance à l’histoire, le ressenti à la cohérence.

LES PLUSLES MOINS
♥ Visuellement sublime
♥ Excellente ambiance
♥ Des scènes marquantes
♥ Les influences (Argento, Fulci, Lovecraft)
⊗ Quelques moments trahissent la production difficile
⊗ Un film exigeant pour le spectateur lambda
note8
Ce premier métrage de Mariano Biano est une réussite formelle, avant tout visuelle. Il privilégie l’ambiance et le ressenti au détriment d’une narration plus classique et simple, et parvient à livrer une œuvre forte malgré toutes ces influences.



Titre : Dark Waters

Année : 1994
Durée :
1h34
Origine :
Angleterre / Russie
Genre :
Fantastique
Réalisation : 
Mariano Baino
Scénario : 
Mariano Baino et Andrew M. Bark
Avec :
Louise Salter, Venera Simmons, Mariya Kapnist, Lubov Snegur, Albina Skarga, Valeriy Bassel et Pavel Sokolov

 Dark Waters (1993) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

17 Comments

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  1. Ah ben…effectivement, je connais pas du tout.
    ça semble intéressant mais ton avertissement sur les questions de ressenti au détriment de la cohérence, je sais pas trop quoi en penser^^ C’est pas comme Possession de Zulawski hein ? (j’ai pas aimé Possession, rien compris…et acteurs qui surjouent)

  2. Possession de Andrey Zulawski est un pur chef d’oeuvre mon bon monsieur 😛 Expérimental, avec pleins de degrés de lecture, des acteurs qui surjouent oui mais c’est un choix pour moi (et dans certaines scènes, on se dit que le réalisateur ne devait pas être très sympa envers les acteurs haha). Mais bon, j’en avais déjà fais une très longue chronique où mon amour pour ce film transpirait dedans ^^
    Dark Waters, c’est très différent hein, déjà au niveau stylistique (plus coloré, jouant plus sur les ombres, plus de plans fixes aussi), au niveau narration (ça reste plus court aussi), dans ses choix (la première heure n’a quasi pas de dialogues), et les grandes lignes restent néanmoins faciles à comprendre hein. Au pire, regarde un trailer, et s’il y a d’autres avis sur le net pour t’aiguiller en plus du mien pour te donner une meilleure idée de la chose ^^

    1. Quand je comprends rien, je suis frustré. Quand je suis frustré, je peux pas aimer un film^^ Sérieux le monstre, les clones à la fin, machin tout ça…c’est censé vouloir dire quoi ? ça m’énerve !!^^

      Sinon devildead a aussi chroniqué Dark waters et ça semble être très cool dis donc ^^
      https://devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1615&NamePage=dark-waters

      Il y a une édition DVD simple aussi. Moins chère. Tu sais pas s’il est suffisant par rapport au collector ? Je vais chercher des infos de mon côté.

      1. Il faut apprendre des fois à lâcher prise avec la rationalité 😉 J’aime justement me perdre dans ce genre d’univers, et Possession m’a retourné, ce fut une grosse claque in the face ^^

        Excellente critique de leur part, j’en ai appris un peu plus encore sur le film ^^
        Aucune idée, comme d’habitude, je me suis tourné vers la HD, et donc l’import.

        1. Je suis peut être un peu trop rationnel je l’avoue.
          J’aime bien quand les films ont une signification, plutôt que quand ils sont juste bizarres…pour être bizarres.
          Alors tu vas me dire qu’on peut en tirer des interprétations, mais quand c’est trop flou j’ai toujours l’impression que le réalisateur se la joue feignasse, fait n’importe quoi et prétend que si tu cherches tu vas trouver un sens. Oui euh bon…c’est un peu ton boulot de m’aiguiller aussi hein ! Sinon c’est trop facile, on fait juste n’importe quoi et on prétend que si le spectateur ne comprend pas, ben c’est sa faute il est con. Grrr !^^

          1. Après tout dépend des sensibilités, et des films en eux-même.
            Autant j’adore Possession, le cinéma de Lynch (à l’époque j’avais du expliquer à ma tante Mulholland Drive), autant comme on en avait parlé, je n’ai jamais pu finir Under the Skin, je ne suis pas un fan du Festin Nu (et en terme d’adaptation par Cronenberg, je n’aime pas du tout Crash).

    2. Tiens bah j’ai vu le festin nu aussi de Cronenberg.
      Bah…pfff…on a l’impression d’être dans le cauchemar d’un drogué pendant tout le film.
      ALors je me suis renseigné, le roman n’a aucun sens non plus, pas de structure narrative, l’écrivain a tué sa femme, il a écrit n’importe quoi sous l’emprise de drogues…
      Bon…ok.
      Mais, et alors ?
      Le parti pris de mettre en scène l’écrivain dans l’adaptation en film est une bonne idée, mais après ça…pour moi y’a rien d’intéressant quoi, c’est juste du grand nawak.
      J’ai besoin d’un semblant de structure narrative, sinon je m’emmerde à regarder juste des gens faire n’importe quoi, que ce soit justifié ou non par la drogue, la folie, etc.

      1. Je ne suis pas un grand fan du Festin Nu. J’ai le dvd, j’ai toujours du mal à rentrer dedans, je le trouve trop froid. J’avais commencé le roman, jamais terminé, le style est assez difficile à lire sur la longueur j’avais trouvé. Il faudrait que je retente remarque.

  3. BOn j’ai craqué pour le DVD collector. Limité à 1000 exemplaires, autant se jeter dessus tant qu’il ne coute que 12€…
    Y’a intérêt que j’aime !^^

    Non mais honnêtement merci pour la découverte parce que je pensais avoir vu la plupart des films inspirés par Lovecraft, mais celui-là…jamais entendu parler.

    1. Hâte d’avoir ton retour alors ^^ Il faudra pardonner certains accents par contre, ça sent bien la coproduction anglo-russe avec un réal italien derrière. Moi ça ne m’a pas dérangé, vu l’aspect “île totalement paumée coupée du monde”.
      Mais vu le côté limité de l’édition, possible qu’elle prenne de la côte plus tard ça….

      Lovecraft il y a eu pleiiiiiiiins de films inspirés par lui, et parfois des adaptations aussi totalement obscures. J’avais réussi à en chopper certains. Et j’ai fais l’impasse sur d’autres qui avaient l’air bien trop fauchés.

  4. Très bien ce petit film^^
    En effet parfois on sent la production difficile, mais par contre les accents ne m’ont pas posé de souci. Après tout oui, on ne sait pas quelle langue parlent les gens de l’île et l’héroïne vient de Londres alors ça ne dérange pas qu’on sente que les gens se forcent à parler anglais. ça donne même un côté “endroit exotique paumé”

    Je trouve qu’on aurait presque pas du voir la tête de la bête à la fin mais bon, pour le reste l’ambiance est top et les jeux de couleur, éclairage, tout ça, c’est au top.

  5. Hehe alors là ça me fait très plaisir. Bon c’est aussi pour ça ici qu’on aime faire découvrir ce genre de films injustement méconnus, leur donner une seconde chance, quand à nos yeux ils le méritent.

    Puis oui, si on est amateurs de Lovecraft et compagnie, c’est du tout bon. Pour la bête, ça ne m’a pas dérangé, même si ça arrive d’un coup comme ça, mais ça reste ultra expéditif (ce qui me rappelle un certain cinéma Italien des années 70/80 aux fins souvent éclairs).

    1. Oh ça ne gâche pas le film le fait qu’on voit le visage de la bête, mais justement c’est tellement expéditif qu’on aurait également pu s’en passer^^
      On n’est pas au niveau de certains vieux films comme la malédiction d’Arkham (avec Vincent Price) où le monstre est tout ridicule et figé comme une statue. Là ça m’avait fait chier. En plus c’est un lézard tout con. J’aurais mieux vu une chose informe qui respire ou un truc du genre. C’était dommage. C’était l’époque des monstres fauchés qu’on ne voyait qu’à la fin et qui décevaient souvent.

      Sinon je suis amateur de cinéma de toute époque et de tout pays, souvent à la recherche de films moins connus et indépendants, et je pense en connaître pas mal de méconnus, mais alors ce Dark Waters…j’en avais jamais entendu parler. Et j’avais même pas vu la chronique devildead. Merci pour la découverte donc^^

      1. J’avais lu, dans l’interview que j’ai vu du réalisateur il me semble, que la fin devait être différente, enfin du moins plus longue, mais bon, les soucis de tournage, parfois il faut faire avec ce qu’on a et changer les plans initiaux.

        La Malédiction d’Arkham, il faut que je me le fasse mine de rien, pour la culture, et puis je sens que je vais aimer.

        Voilà, un peu pareil. Après je fonctionne par période, genre tout à coup je vais me mater 15 giallo de suite, ou 15 films en noir et blanc, voir toute la filmographie d’un réalisateur (quand la filmographie n’a pas la consistance d’un Miike ou Franco hein, quand même) avant de passer à autre chose. Mais je suis curieux de tout.

        1. Alors t’as essayé celui là ?^^

          https://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=348&NamePage=she-creature–collection-creatures-

          Bon c’est un téléfilm hein, pas un chef d’oeuvre, mais très cool à voir.

  6. Absolument pas vu, j’avais vu un des 4 (ou 5 je sais plus) films de cette collection, et ça m’avait assez refroidit, du coup je n’ai vu aucun des autres.
    Pareil pour le Bava que tu cites sur la chronique de l’Oiseau, pas vu non plus. Trop de films, pas assez de temps ! 🙁

    1. Ben c’est le best de la collection, il est très sympa selon moi^^

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