[Film] Come Back Home, de Lo Chi-Leung (2022)


En vacances d’hiver à la montagne avec sa famille, un père de famille doit doit faire face à la disparition de son fils âgé de 10 ans. Au côté d’une équipe de secours, il va se lancer dans une course contre la montre afin de retrouver son enfant dans les monts enneigés.


Avis de Nasserjones :
Quand on approche la soixantaine, qu’on pratique les arts martiaux depuis l’âge de cinq ans et qu’on a passé plus de trente ans de sa vie à jouer les flics durs à cuire ou les nobles chevaliers impassibles, n’est-il pas légitime d’aspirer à jouer des rôles différents et de vouloir faire autre chose que de distribuer des coups de pied retournés à ses adversaires ? Certainement. Il y a un peu plus de dix ans déjà, Donnie Yen déclarait qu’après ses cinquante ans, il ne ferait plus de films d’action. Les choses ne se sont pas vraiment passées comme il l’avait prévu, il dû rempiler pour un certain nombre de films d’arts martiaux, victime de son succès, au grand bonheur de ses fans. Néanmoins, il a quand même réussi à varier ses interprétations ces dernières années, passant du professeur idéaliste de Big Brother au gangster psychotique de Chasing the Dragon ou au flic rigolo et obèse d’Enter the Fat Dragon. Il tente donc aujourd’hui d’aller encore plus loin avec un rôle 100 % dramatique sans aucune scène de baston.

On le sait, lorsqu’il est correctement dirigé, Donnie Yen est capable de livrer des prestations tout à fait honnêtes comme dans les Ip Man ou dans Wu Xia. En revanche, si on le laisse en roue libre, il a tendance à laisser son côté mégalo prendre le dessus et à donner vie à des personnages de frimeurs invétérés faisant passer JCVD pour un gars super modeste (SPL, Flashpoint, Special ID sont des festivals de roulement de mécanique). Ici, eh bien il est assez bien dirigé et on voit qu’il s’est appliqué pour essayer d’être convaincant. Bien sûr, Donnie n’est pas Anthony Wong ou Lau Ching-Wan et je n’irai pas jusqu’à dire qu’il crève l’écran mais il n’est pas mauvais. La réalisation de Lo Chi-Leung est elle aussi assez propre, standard mais propre. L’ensemble est filmé de manière ultra banale mais on droit à quelques beaux plans aériens des montagnes du Changbai qui n’ont rien à envier à nos Alpes. Le rythme est bon aussi, le récit nous entraine dans différentes péripéties nous maintenant en haleine jusqu’au dénouement final. Le scénario a même réussi à me surprendre, faisant preuve d’une ambition que je n’aurai pas soupçonné avant de me lancer dans le visionnage. Au milieu de cette opération de sauvetage désespérée, Lo Chi-Leung se permet même une petite critique des réseaux sociaux dans la société actuelle, le personnage de Donnie passant en quelques heures de héros luttant pour retrouver son fils à père indigne ayant abandonné son enfant à cause de ces réseaux sociaux. Son personnage est beaucoup moins lisse et beaucoup plus contrasté qu’il n’aurait pu y paraître en premier lieu. Loin d’être un héros, poussé par un étrange mélange d’amour et de culpabilité, il devra endurer pendant tout le métrage les reproches de la terre entière, lui rappelant qu’il est responsable de la disparition de son fils et que c’est lui qui l’a abandonné de manière complètement inconsciente. Et effectivement on aura beaucoup de mal à ne pas adhérer à ces reproches car oui, comment peut-on abandonner un enfant de dix ans au bord de la route et au milieu de nulle part, même juste pendant 5 minutes, tout ça pour « lui donner une leçon » ?

Si Come Back Home est donc un thriller dramatique parfaitement bien ficelé et correctement interprété qui parvient à maintenir un certain suspens jusqu’au bout, c’est aussi le genre de film qu’on regarde et qu’on oublie très vite. Soyons honnête, sans la présence de la légende vivante Donnie « Ip man » Yen au casting, je n’aurai surement pas regardé ce film. Autant sur les plans du suspens et du rythme, le métrage fonctionne bien, autant au niveau émotion je l’ai trouvé peu intense. Quand il s’agit d’enfant, je suis pourtant du genre madeleine et je chiale pour pas grand-chose mais là, c’était un peu l’encéphalogramme plat. Comment expliquer ce manque d’émotion ? Je ne sais pas trop en fait. Peut-être que malgré toute la bonne volonté du monde, Donnie Yen n’a pas les épaules assez larges pour ce genre de rôle. Peut-être que la réalisation trop convenue de Lo Chi-Leung n’aide pas non plus. Peut-être que la désagréable sensation d’être devant un thriller allemand du samedi soir sur Arte aide encore moins. Une chose est sûre, pendant tout le film je n’en avais absolument rien à foutre que notre héros retrouve ou non son fils vivant. Et puis il y a aussi les 10/15 dernières minutes qui posent un peu problème. Jusque-là, le réalisateur s’était évertué à filmer un drame réaliste avec un personnage principal tout ce qu’il y a de plus banal et humain, désarmé face à la force de la nature, mais voilà que sur ces dernières minutes le réalisme laisse place au spectacle à la Dante Lam et Donnie Yen redevient subitement ce héros de cinéma, fantasme de notre imaginaire, capable de retenir sa respiration pendant au moins 5 minutes dans de l’eau glacée et tout tombe un peu à plat. Si c’était pour finir comme ça, eh bien vous auriez pu nous balancer un peu de kung fu aussi au passage…

LES PLUSLES MOINS
♥ Plaisant
♥ Rythmé
⊗ Réalisation quelconque
⊗ Manque d’émotion
⊗ Une fin too much hors sujet par rapport au ton réaliste du film

Come Back Home est un thriller tout à fait correct où Donnie Yen livre une prestation dramatique honorable mais qui finalement s’avère complètement anecdotique dans la carrière de l’acteur.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Come back home a été tourné en mandarin avec un casting presque entièrement mandarin destiné au public de Chine continentale. Malheureusement pour Donnie Yen le film a fait un énorme bide au box-office chinois enterrant les espérances de l’acteur de pouvoir faire autre chose que des films d’action.

• La bande-son du film a été composée par le français Nicolas Errèra déjà compositeur de la musique de Raging Fire.



Titre : Come Back Home / 搜救
Année : 2022
Durée : 1h41
Origine : Chine
Genre : Thriller dramatique
Réalisateur : Lo Chi-Leung
Scénario : Lo Chi-Leung, Zhang Xiaolu, Yeung Sin-Ling, Ying Chiwen

Acteurs : Donnie Yen, Cecilia Han, Jia Bing, Tang Xu, Hou Tianlai, Xu Guangyu, Lin chenhan, Bobo Hu Ming, Cai Xin, Yuan Jinhui, Ai Rui

 Sou jiu (2022) on IMDb


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Auteur : Nasserjones

Fan névrosé de cinéma HK, élevé aux girls with guns et heroic bloodsheed, j'essaye depuis quelques années de me soigner comme je peux en m'ouvrant un peu plus à des films plus intimistes et différents. Des Philippines au Kazakhstan, de la Corée à l'Indonésie, je poursuis tant bien que mal mon auto-thérapie.
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Rick
Administrateur
25 novembre 2022 11:35

Même si ça n’a pas l’air excellent, et que les enfants au cinéma, je suis rarement pote (souvent envie de les baffer), je le verrais très bientôt.

Feroner
25 novembre 2022 16:32

Ca ne m’intéresse pas du tout. J’ai plus envie de le voir arrêter les balles de John Wick avec son sabre.

Nasserjones
Nasserjones
Reply to  Feroner
26 novembre 2022 11:51

J’ai des doutes quand zu fait qu’on le voit plus de dix minutes à l’écran dans John Wick 4. J’ai surtout envie de voir son prochain wu xia.

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Cherycok
Administrateur
Reply to  Nasserjones
27 novembre 2022 10:34

J’ai un peu peur que ce wu xia pian fasse trop chinois moi. J’aimais les wu xia pian des années 90, qui sentent la poussière, beaucoup moins ceux coproduits par les chinois où les armures n’ont pas une rayure, ou ils sont tous bien coiffés, bien manucurés, … Bref, on verra bien, on aura sans doute des images ou un trailer dans les mois qui viennent.

Nasserjones
Nasserjones
Reply to  Cherycok
27 novembre 2022 13:40

In Donnie Yen i trust.

Cherycok
Administrateur
Reply to  Nasserjones
27 novembre 2022 14:08

In Donnie « the botox man » Yen we trust ^_^ (oui, parce qu’il a l’air en plastique sur Come Back Home)

Nasserjones
Nasserjones
Reply to  Cherycok
29 novembre 2022 16:09

Mais non il est à l’épreuve du temps il a pas besoin de botox

Feroner
Reply to  Cherycok
27 novembre 2022 16:08

Ca va être comme ça c’est sur. Avec 200 millions de budget ça peut avoir de la gueule et faire un joli film à la ying yang master. Et un truc bien avec les Wu Xia Pian fantastique c’est que ça nous épargne le discours de propagande que je ne supporte plus. La Bataille du lac Changjin j’ai pas encore eu le courage de tenir jusqu’à la première scène d’action.