[Film] Bushwick, de Jonathan Milott et Cary Murnion (2017)


En sortant du métro pour aller chez sa grand-mère avec son petit-ami, Lucy se retrouve dans les rues de Bushwick, un quartier de Brooklyn, plongé dans un véritable bain de sang. Dans un contexte de séparatisme vis-à-vis de l’Union, les milices texanes envahissent New York pour en faire leur base d’opérations sur la Côte Est et s’en servir d’outil de négociations. Face à ce chaos, Lucy se réfugie dans le sous-sol de Stupe, un robuste vétéran. Ce dernier l’aide à traverser, à contrecœur, les quelques blocs de Bushwick la séparant de la maison de sa grand-mère – en supposant que celle-ci existe toujours.


Avis de Cherycok :
Après Cooties (2014) dans lequel des professeurs d’une école se retrouvaient confrontés à des élèves devenus zombies, Jonathan Millot et Cary Murnion se lancent pour leur deuxième bobine dans le cinéma d’anticipation, à la manière des Fils de l’Homme (2006) de Alfonso Cuaron. Son titre, Bushwick, en rapport au quartier de New York du même nom. Si je cite Les Fils de l’Homme, ce n’est pas un hasard tant les deux films ont pas mal de similitudes. Et même si Milott et Murnion n’ont pas eu le même budget et n’ont pas le même talent que Cuaron, on sent chez eux une réelle envie de bien faire, certes parfois maladroite, mais néanmoins honnête et, bien qu’imparfait, le résultat est efficace.

Bushwick va mettre en scène un duo de personnages. Nous avons d’un côté Lucy, jeune étudiante venue rendre visite à sa grand-mère pour lui présenter son nouveau petit ami. De l’autre, nous avons Stupe, ancien marine devenu infirmier, aujourd’hui concierge d’un immeuble. Lorsque le petit ami de Lucy meurt dans une explosion et que cette dernière se retrouve agressée par deux jeunes, elle se réfugie dans le premier sous-sol qu’elle trouve, celui de Stupe, qui va la débarrasser des deux malotrus. Pris en pleine guérilla qui va voir s’affronter les forces de l’Union des États du Sud des Etats-Unis et la population de New York, ils vont essayer de survivre dans ce chaos ambiant, désespérément à la recherche de leur proches et de la zone d’évacuation de l’Armée américaine. Clairement, Bushwick n’a pas inventé l’eau chaude. Le film emprunte un peu partout, aussi bien aux Fils de de l’Homme donc, pour l’ambiance générale et la façon de mettre en place des choses, que par exemple au jeu vidéo The Last of Us (PS3/PS4) pour son duo gros balèze / jeune fille fragile, dans lequel chacun prendra à sa façon soin de l’autre. Son déroulement sera également très classique, sans réel rebondissement, avec nos comparses qui vont devoir aller d’un point A à un point B en subissant les évènements extérieurs contre lesquels ils ne peuvent pas grand-chose. On sent également les limites du petit budget qui a été alloué aux réalisateurs. Rarement notre duo est confronté à plus de 2/3 soldats ou survivants agressifs simultanément. La bande sonore en fond, à savoir des tirs et autres voix sortants de hauts parleurs, à tendance à vite devenir répétitive si on tend un peu l’oreille. Certains figurants semblent faire un peu n’importe quoi, comme s’ils étaient livrés à eux-mêmes. Et pour peu qu’on y fasse gaffe, c’est très facile de s’attarder sur encore d’autres défauts car le film n’en est pas avare.

Mais ça, c’est si vous ne rentrez pas dans le film, car si vous y rentrez comme moi dès les premières secondes, il vous embarque avec lui au plus près de ses personnages et ne vous laisse que peu le temps de souffler. Deux partis pris pour les deux réalisateurs : la caméra à l’épaule afin de coller aux basques du duo Lucy / Stupe, et un film tourné quasi entièrement en plan séquence dont un premier de 28 minutes. Alors il est très facile de remarquer que ce ne sont pas des vrais plans séquences (les coupes et les subterfuges pour les cacher sont assez visibles), mais au final, qu’importe, on est dans le film, et ce dès la scène d’introduction. Ici, il n’y a pas de héros, juste des gens normaux qui tentent de s’en sortir. Nous avons certes un ancien Marine, interprété par un Dave Bautista sobre et vraiment très convaincant, mais il n’est pas du tout invincible comme il aurait été facile de le faire. Les réalisateurs optent pour le réalisme, aussi bien dans les réactions des personnages, celles de la population face à cette guérilla, que dans la façon de mettre cette guerre civile en scène. Les cadrages sont parfois improbables, certaines scènes très sombres afin de nous mettre dans les mêmes conditions que les personnages, et on nous fait constamment ressentir l’urgence. L’immersion est le maître mot et sur ce point, Bushwick est assez impressionnant. Certaines scènes font preuve d’une grande puissance (l’interrogatoire, le monologue final du personnage de Stupe), le scénario approfondit les personnages au fur et à mesure qu’il avance, et le final prend le spectateur à contrepied, renforçant cette idée qu’on suivait bien des gens lambda. Dommage que Bushwick ne fasse qu’effleurer le sujet politique qu’il met en scène, surtout si on prend en compte qu’il est sorti en 2017, sous l’ère Trump (bien que tourné en 2015), car il aurait pu être réellement marquant.

LES PLUSLES MOINS
♥ L’immersion
♥ La forme
♥ Le duo Bautista / Snow
♥ Le contexte politique sous-jacent
⊗ Des CGIs très limites
⊗ Le fond, pas assez exploité
Note :
Bushwick est un film qui divise le public. Certains le trouvent vraiment mauvais, alors que d’autres y voient une très bonne petite série B très efficace. Je me range de mon côté dans la deuxième catégorie tant le film m’a immédiatement embarqué au plus près de ses personnages.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le film a été présenté au festival de Sundance, ainsi qu’à la quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes.
• Dans la scène où nous rencontrons le gang qui a ligoté l’un des militants, nous entendons la chanson “Dorks” du rappeur Aesop Rock. Il est également le compositeur du film.
• Lorsque Stupe et Lucy rendent visite à sa sœur, le film qui passe sur la télévision en arrière-plan est un des premiers courts métrages des réalisateurs.


Titre : Bushwick
Année : 2017
Durée : 1h24
Origine : U.S.A
Genre : Anticipation
Réalisateur : Jonathan Milott, Cary Murnion
Scénario : Jonathan Milott, Cary Murnion, Nick Damici

Acteurs : Dave Bautista, Brittany Snow, Angelic Zambrana, Jeremie Harris, Myra Lucretia Taylor, Alex Breaux, Arturo Castro, Quincy Chad, Christian Navarro

 Bushwick (2017) on IMDb


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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Magiclapinou
Magiclapinou
30 août 2021 4:13

Le speech de Bautista (sobre et convaincant, ce n’est pas la question) est justement un des soucis du film pour moi, on a l’impression que les auteurs ont voulu caser en 3 minutes tous les Grands Problèmes de l’Amérique Moderne… C’est dommage car il y a beaucoup de bonne volonté et une certaine clairvoyance quand on voit l’Amérique de Trump, la montée en puissance des groupes d’extrême droite ou l’assaut du Capitole. Et je note que les réalisateurs ont tourné Becky avec Kevin James en néo nazi (!) je dois lui donner sa chance…