[Film] Beyond The Infinite Two Minutes, de Yamaguchi Junta (2020)

Après sa journée de travail, Kato, gérant d’un café rentre chez lui. Alors qu’il veut se détendre, son écran d’ordinateur s’allume soudainement et il aperçoit son image qui l’interpelle deux minutes depuis le futur. Piégé dans une boucle temporelle, il fait appel à ses amis pour l’aider à percer ce mystérieux phénomène à l’origine de l’effet Droste.


Avis de Rick :
Beyond the Infinite Two Minutes, c’est le genre de petit film qui débarque presque de nulle part, qui fait le tour des festivals, et acquiert une belle petite réputation, si bien que ça sort un peu partout, et qu’on en a forcément entendu parler, de près comme de loin. C’était déjà un peu le cas d’un certain One Cut of the Dead, qui depuis a eu donc droit à son remake, Français qui plus est, baptisé Coupez ! Allez savoir, peut-être bien que dans trois ou quatre ans, Beyond the Infinite Two Minutes aura droit lui aussi à son remake, et ce ne serait même pas étonnant en fait, tant son concept absolument génial peut être facilement amené dans d’autres pays, que son concept offre beaucoup de possibilités, et qu’un remake en mode copier-coller comme les producteurs aiment souvent le faire ne coûterait pas bien cher. Imaginez un peu, un concept de science fiction fort et ludique, le tout à notre époque et dans un lieu quasi unique, à savoir un café, avec une poignée d’acteurs, et le tout sur une seule soirée, voir en fait, le film se déroulant en temps réel, une petite heure, 1h05 pour être exact en coupant le générique de fin, pourtant savoureux avec ces photos et vidéos de tournages, qui nous montre la débrouillardise d’une minuscule équipe, qui a un concept fort, une envie de bien faire, et fera tout ça avec un… téléphone portable et un souci du détail assez énorme. Le concept, il est simple. Le patron d’un café rentre chez lui, donc juste à l’étage au-dessus de son café, pour se retrouver à discuter via son écran d’ordinateur avec lui-même, mais deux minutes dans le futur. Son ordinateur semble pour une raison inconnue relié à la télévision située dans son café. Du coup, deux minutes plus tard, il doit redescendre pour se parler encore à lui-même, mais deux minutes dans le passé.

Un concept simple, casse gueule malgré tout, avec lequel l’équipe du film s’amuse clairement, allant jusqu’à pousser le vice de respecter ses fameuses deux minutes, comme on peut le voir lors des répétitions chronométrées des acteurs. Oui, on fait les choses bien au Japon, même lorsque l’argent manque. Le plus impressionnant, c’est qu’avec donc un lieu unique ou quasi unique en tout cas, un téléphone, une poignée d’acteurs, le métrage parvient à être prenant dés les premières minutes, semble savoir où il va, allant jusqu’à multiplier les personnages rapidement, avec l’employée de Kato, puis ses amis, et ainsi de suite, et allant même jusqu’à pousser le vice de ramener l’ordinateur au café, afin que les deux écrans se fassent… face. Et ainsi pouvoir multiplier l’effet temporel, puisque à l’intérieur de l’écran, nous voyons un autre écran, puis un autre, et les deux minutes peuvent devenir quatre minutes, puis six minutes. C’est casse gueule, et pourtant, ça fonctionne du tonnerre, avec un concept qui va loin et est exploité de manière aussi amusante qu’inventive parfois (dans les limites du budget et du lieu évidemment), son équipe qui y va à fond, puisqu’en plus de filmer au téléphone un film qui a pourtant un rendu visuel extrêmement propre (à un zoom près rendant l’image moche et trahissant donc la méthode de tournage), l’équipe s’essaye, comme pour justifier le temps réel de son intrigue, au (faux) plan séquence. Oui, la caméra suit les personnages, ne coupe jamais pour changer d’angle, et le choix est aussi judicieux qu’impressionnant au final. Oui, un faux plan séquence, qu’il faut maitriser à la fois dans le raccord entre les angles, mais bien sûr maitriser au point de ne pas s’emmêler les pinceaux dés lors que l’on traite de l’avenir, de discussions avec soit même mais à plusieurs minutes d’intervalles.

Voilà, en dire plus serait clairement dommage. Sachez juste que Beyond the Infinite Two Minute est une petite pépite qui se dévore d’une traite (en même temps, vu sa durée), qui fait sourire, qui parvient à être à la fois un vrai film avec un concept de science fiction (pas mal de concepts connus sont évoqués dans le film), une comédie souvent vu certains éléments de son intrigue ou certains personnages, et même plus. Un mélange de genre que le réalisateur et son scénariste peut se permettre, grâce à un scénario donc solide, mais aussi des acteurs clairement investis, et heureusement pour eux puisque la moindre erreur leur fera refaire un plan non pas de quelques secondes mais souvent de plusieurs minutes. Une mécanique bien huilée, qui parvient à faire mieux que des gros films aux budgets considérables, car Beyond the Infinite Two Minutes parvient à donner un concept fort aux spectateurs, sans toujours le prendre par la main, et le fait surtout en étant le plus ludique possible, en amusant par moment, et du coup, on accroche au film, on veut savoir comment tout cela va finir, et on en sort avec la patate.

LES PLUSLES MOINS
♥ Techniquement solide et ambitieux
♥ Un scénario à la fois intelligent et amusant
♥ Des acteurs qui sont vraiment motivés
♥ Hyper court et donc hyper rythmé
⊗ Quelques rares instants trahissant le budget/les techniques de tournage
note75
Dans le genre du cinéma indépendant à très petit budget mais avec beaucoup d’idées, Beyond the Infinite Two Minutes se pose là. Intéressant, court, amusant, et qui sait quoi faire avec son sujet.


Titre : Beyond the Infinite Two Minutes – Droste no Hate de Bokura – ドロステのはてで僕ら
Année : 2020
Durée :
1h10
Origine :
Japon
Genre :
Comédie de Science Fiction
Réalisation :
Yamaguchi Junta
Scénario :
Ueda Makoto
Avec :
Tosa Kazunari, Fujitani Riko, Ishida Gôta, Suwa Masashi, Sakai Yoshifumi, Nakagawa Haruki et Nagano Munenori

 Deux minutes plus tard (2020) on IMDb


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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