[Film] Ad Astra, de James Gray (2019)


L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.


Avis de Rick :
Il y a des réalisateurs dont je ne parle pas beaucoup mais pour lesquels j’ai une affection particulière. Et ça tombe bien, parce que 2019 m’aura gâté à ce niveau là. Le nouveau Sono Sion sur Netflix, le nouveau Bong Joon-Ho qui repart de Cannes avec la Palme d’Or, ou encore ce Ad Astra d’un certain James Gray. Un réalisateur à la courte carrière certes, seulement 7 films en 30 ans, mais qui a su marquer et se forger une solide réputation. The Lost City of Z, Two Lovers, La Nuit Nous Appartient, The Yards. Oui, du cinéma d’auteur qui ne parle pas à tout le monde, souvent résolument lent, mais lent ne veut pas dire chiant. Dernier opus en date donc, faisant en quelque sorte suite à The Lost City of Z en terme de thématiques, Ad Astra. Ou quand le réalisateur annonce ces deux influences, sacrément voyantes à l’écran, sans que cela ne dérange. Ad Astra, c’est donc l’histoire de Roy, qui va devoir traverser l’espace pour retrouver son père, qui fait un peu n’importe quoi au niveau de Neptune. Une mission pour ramener le père, même si sur Terre, la Nasa préférerait plutôt bombarder l’endroit et donc l’éliminer. Ce voyage, cette quête, on pense à Apocalypse Now, le réalisateur ne s’en cache pas. Mais niveau rythme, ambiance, beauté visuelle pure et dure, c’est plus du côté de 2001 qu’il faudra aller piocher. Ça tombe bien, j’adore les deux films. Et comme la plupart de mes films de science fiction préférés, Ad Astra est avant tout un voyage interne, humain. Oui, j’adore Blade Runner et sa suite, j’adore 2001 et sa suite, j’adore Moon, et ce sont au final des films de science fiction plus intimes, qui souvent privilégient les émotions et le voyage intérieur des personnages. Ad Astra est de ceux là. Tommy Lee Jones joue le père, perdu au loin autour de Neptune, à la recherche d’une vie extraterrestre.

Y-a-t-il de la vie là-bas ? Ce n’est finalement pas le propos du film, et qu’il réponde ou non à la question, ça ne changera rien au film, qui met en avant Brad Pitt dans le rôle principal de Roy. Ad Astra est son voyage. Imparfait, mais pour peu que l’on rentre dans l’ambiance, hautement satisfaisant. De par sa beauté plastique bien évidemment, Ad Astra étant à tout point de vu sublime pour les yeux. Mais pas que. Sublime pour les yeux, sublime pour les oreilles (merci Max Richter, et merci le sublime morceau Says de Nils Frahm qui passe en boucle maintenant chez moi), mais en rentrant dans l’ambiance, sublime pour le ressenti. Car il y a, en effet, des défauts à ce Ad Astra. Des défauts qui pourraient s’avérer très gênant si on ne rentre pas dans la proposition de James Gray, et qui ne changera rien à l’appréciation de l’œuvre le cas contraire. Heureusement pour moi, je me suis pour le coup trouvé du bon côté. Après une scène d’ouverture tout bonnement impressionnante visuellement, on envoie Roy aux confins du système solaire. Enfin, sur Mars en réalité au début, avec un arrêt sur la Lune. Lune devenue un piège à touristes avec ses prix exorbitants. Il ne manquerait plus que les chauffeurs de taxi arnaqueurs aux portes de la station pour que je ne me sois cru revenu à Kiev en Ukraine. Blague à part, Ad Astra nous parle du long voyage de Roy, et un voyage, si tout se passe bien, ce n’est pas très impressionnant, ni intéressant, et le scénario lui met à intervalle régulier des bâtons dans les roues. Le souci, c’est qu’au final, beaucoup de ses soucis sont des petits défis, vite surmontés, peu crédibles par moment, et qui n’ont que peu d’incidence sur l’ensemble du récit. Une course poursuite sur la lune ? Une station abandonnée avec un possible élément hostile à l’intérieur ? La traversée d’un lieu dangereux pour infiltrer une navette ? Pas de souci pour ce brave Brad Pitt. Peu crédible par moment à l’écran, mais encore une fois, pour peu qu’on soit à fond dans le film et son ambiance, ça passe. Mieux, la maestria avec laquelle James Gray traite son film ferait tout passer.

La course poursuite sur la lune, si elle ne change rien en soit, et se termine de manière improbable (quel coquin ce Brad Pitt, il a un véhicule tout cheaté), fait clairement le boulot et s’avère palpitante, à défaut d’être un moment clé, ou aussi intéressante que ce qui l’entoure. Car oui, Ad Astra est un film qui se base énormément sur le ressenti du spectateur et donc son ressenti vis-à-vis du voyage intérieur de Roy, dans sa quête pour retrouver son père qu’il n’a jamais vraiment connu, et donc pour affronter son propre passé, aller de l’avant, s’affirmer, ne pas refaire les mêmes erreurs. Rien de bien neuf, mais le tout est traité avec plus ou moins de subtilité, et avec le ton qu’il faut pour nous hypnotiser. Ou m’hypnotiser en tout cas. Car oui, si je pardonne tout, je pourrais bien dire que la voix off que l’on aura tout le long du film n’est pas la meilleure idée, s’avérant parfois envahissante ou un peu lourde, alors qu’elle correspond justement au trip du film et de son voyage intérieur. Et j’ai trouvé ça un peu dommage, alors qu’ironiquement, le monologue venant à la fois ouvrir et clore le film sont plutôt bien vus. Mais fonctionnent moins durant l’aventure. N’aurions nous pas encore plus ressenti la solitude de Roy durant ses longs jours de voyage en étant, comme lui, plongé dans le silence, dans cette ambiance froide, morte ? Je chipote ? Oui sans aucun doute, surtout qu’à mes yeux, Ad Astra est une grande réussite, et un film qui était clairement destiné à me plaire par ses nombreux choix, esthétiques ou allant bien au-delà. Hypnotisant, beau, sachant prendre son temps sans jamais ennuyer une seule seconde, et au final, un métrage ultra positif dans son message. Positif, plutôt beau, et surtout collant avec le voyage interne de Roy. Et nous, spectateurs, nous voyageons avec lui de la plus belle des manières ! Si Ad Astra n’est probablement pas le meilleur film de 2019, il restera un de ceux qui me parlera le plus longtemps, et que je reverrais avec grand plaisir pour revivre son voyage.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un film sensitif
♥ Visuellement somptueux
♥ La musique, somptueuse aussi
♥ Brad Pitt, épatant
♥ Un voyage intérieur réussi
⊗ Des rebondissements peu crédibles ou peu utiles
⊗ La voix off, parfois de trop
Ad Astra est un merveilleux voyage intérieur et sensitif aux confins du système solaire. Travaillé, beau à en pleurer, hypnotisant vraiment si l’on rentre dedans, et positif. Pas parfait, mais si on l’adhère à la proposition de James Gray, on passe outre les défauts.



Titre : Ad Astra
Année : 2019
Durée : 2h03
Origine : U.S.A.
Genre : Science Fiction
Réalisateur : James Gray
Scénario : James Gray et Ethan Gross

Acteurs : Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Ruth Negga, Donald Sutherland, Kimberly Elise, Loren Dean et Sean Blakemore

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Faze
Faze
25 décembre 2019 23:27

J’adore le cinéma de James Gray (The yards et La nuit … sont des supers drames familiaux) , j’adore les films que tu cites et j’aime les trips sensoriels.

Bref , j’avais déja une grosse envie de le voir mais si en plus tous les voyants sont au vert chez Rick alors il me reste qu’à patienter jusqu’à la sortie du Bluray ! 😀

Faze
Faze
Reply to  Rick
26 décembre 2019 22:29

Je viens d’avoir Michael au téléphone et tu l’a déçu …
Pour être honnête j’avais déjà oublié ce film malgré le fait qu’il était plutôt bien passé chez moi.
Finalement pas aussi définitif dans la dégénérescence que fut son maitre étalon BB2 ! (à mes yeux le chef d’œuvre ultime du vulgaire et du bling bling bigger than life of Michael Bay)

Matt
Matt
26 décembre 2019 10:03

Moi j’ai entendu que c’était un peu prétentieux et pas bien intéressant…
Que les thèmes ont déjà été traités dans d’autres films en mieux, et que en gros ç’aurait pu se passer n’importe où et pas forcément dans l’espace. Que du coup l’habillage “joli” est un peu accessoire.
Donc tu donnes un autre son de cloche, donc je verrai si je tente.

Feroner
Éditeur
26 décembre 2019 17:43

Je suis d’accord avec toi rick pour dire que le film est magnifique et que les scènes d’action sont inutiles.
J’avais écrit ca en sortant de la salle et j’était hyper déçu.

Attention ca spoile un peut

Mais quel ennui ce film j’ai pas aimé le jeu de Brad Pitt c’est un peut fait la gueule t’auras l’air intelligent. Et le scénario est une catastrophe le coup de du petit vaisseau spatial qui envoi de des vagues de surtension qui vont détruire toute vie sur le système solaire. C’est non seulement simpliste au possible mais c’est pas possible voir ca n’a pas de sens. le problème de ce film est qu’il Il ce débarrasse de son scénario en cinq minutes vite fait sur un coin de table pour faire du symbolisme (œdipe, Alien) et nous plomber avec une relation père hyper célèbre et héroïque qui étouffe son fils symbolisé par des plans en contre plongé , ca ne m’intéresse pas tout ces symboles j’aurais préféré un scénario intéressant qui ce tient. Les scènes d’action n’ont aucune influence sur le récit ont sent qu’elle ont été ajoutées dans l’histoire pour pas qu’on s’ennuie trop et elle sont pas crédible du tout comme ce singe cannibale psychopathe qui fait le ménage après ses tueries, brad Pit qui escalade une fusée que décolle et revient sur terre grace au souffle (du souffle dans l’espace) d’une bombe atomique comme ca sans calcul et son vaisseau il est très solide. Alors ouais c’est hyper beau et pas tape a l’œil mais c’est la seule qualité que je trouve a ce film. Très loin derrière Interstellar.
J’aimais beaucoup James Gray mais ses deux dernier pas du tout lost city of z l’acteur principal est insipide et dès que le film devient intéressant ca retombe aussi tot un film d’aventure hyper plat a mon gout

Oli
Reply to  Feroner
27 décembre 2019 3:26

Relation père-fils, oui. Mais le message va encore plus loin, dans AD ASTRA. Le film pose des questionnements mythologiques lourds de sens, que l’on pourrait appliquer au-delà de la recherche de vie extraterrestre ; quête du Paradis, croyances divers et (a)variées, etc. Cerise sur le gâteau : tout cela est proposé dans un univers futuriste très crédible et qui fait un peu froid dans le dos… Voir la manière dont est exploitée la Lune pour s’en convaincre…

Faze
Faze
26 décembre 2019 22:33

Fero : Autant Rick me rassurait , autant toi , fan d’Interstellar comme moi en plus , tu me fais un peu retomber sur terre.

Dans le pire des cas , si j’ai bien compris , on a au moins droit à un film plastiquement superbe.

Et sinon juste pour te situer Fero , Gravity tu avais accroché ou pas ?

Feroner
Éditeur
Reply to  Faze
27 décembre 2019 16:04

Gravity m’avait bien scotché au cinéma je l’ai revu a la tv ca marche encore. J’aime bien mais ont est dans un film d’action survie et c’est pas de la SF.

Oli
27 décembre 2019 3:05

Il est super AD ASTRA. Il emprunte un chemin différent, tente un mélange improbable qui fonctionne, selon moi. Inutile de le comparer à 2001 et INTERSTELLAR – que je mets largement devant AD ASTRA d’ailleurs. AD ASTRA développe ses propres thèmes et tisse ses propres difficultés – et s’en extirpe de manière convaincante à mon sens, en mariant avec brio la grande odyssée humaine, avec l’histoire plus simple… intimiste. Parce que l’une ne va pas sans l’autre… parce qu’elles se confondent, peut-être ?

Cherycok
Administrateur
27 décembre 2019 16:05

C’est un truc de fou comment ce genre de film dans l’espace ne m’intéresse pas du tout. Pas vu ni Gravity, ni Seul sur Mars, ni Interstellar, ni Ad Astra,… J4adore les Space Opera, mais quand les films essaient d’être réalistes, ça ne me branche pas pour un sou…

Grandgrigou
Grandgrigou
27 décembre 2019 19:16

Pour ma part, j’ai trouvé le film un peu ridicule, principalement dans sa posture de faux film de SF pour nous parler en fait d’une relation père-fils déjà vu 117 fois. La voix off est plombante à mort, tous les dialogues semblent tirés d’un hors-série de psychologie magazine, sans bosser au CNRS, j’ai trouvé le scénario assez débile. Alors oui, la poursuite sur la lune est jolie. Super…

Matt
Matt
Reply to  Grandgrigou
27 décembre 2019 20:27

Ouais bon c’est un peu ce que j’ai entendu partout. Le prétexte du film de SF qui raconte autre chose en fait.
Feroner et toi ne me rassurez pas^^

Faze
Faze
28 février 2020 23:16

Très chouette film , superbement réalisé !

Tout n’est cependant pas parfait : quelques situations vraiment tros grosse comme je m’introduis tranquille dans une fusée avant son décollage , l’appel de détresse qu’on rejoint en quelques heures alors qu’on est dans l’espace où les distances sont immmmmmmenses , le final je rentre tranquille rejoindre mon ex après avoir causé la mort de 3 équipiers , etc …
J’aurai d’ailleurs bien coupé le film juste après sa rentrée dans l’atmosphère , quand il revoit la courbure terrestre d’un beau bleu profond .

Pour le reste j’ai passé un super moment , un Brad Pitt tout en interieurité , de superbes images et certaines scènes étranges ( l’attaque des singes wtf !!) mais efficaces (la course poursuite lunaire bien sympa) et comme d’hab avec Gray , un conflit père – fils qui permettra à son héros d’enfin s’accomplir ! (Même si cette fois , sans doute dû à la voux off , je le trouve un poil moins subtile que sur ses précédents essais)

Un bien bon film de science fiction intaimiste. (Non Silent Running reste malgré tout mon préféré dans le genre 😀 )

7/10

Faze
Faze
Reply to  Rick
1 mars 2020 3:12

Je pense que pour beaucoup la scène d’infiltration est too much.
Et y’a de quoi !! Un décollage depuis mars est certe moins rude que depuis la terre ( atmosphère moins dense et gravité plus faible) mais je te raconte pas le nombre de G que tu te prends dans la face , il aurait du finir dans les flammes du propulseur le Brad !! 😀

Faut pas me faire chier quand on fait de la science fiction hard tech !!!

Après je suis chiant , mais c’est un très bon film , et ces 5 dernières années on a été très bien servi niveau science fiction “réaliste” , donc je vais arrêter de pinailler pour des détails que seul un geek relèverait …

Au final un bien beau trip dans les confins du système solaire. 🙂