[Avis] The Isle, de Kim Ki-duk (2000)

Un meurtrier en cavale trouve refuge dans un petit complexe de maisonnettes flottantes, étranges chambres d’hôtel pour pêcheurs complètement isolées et uniquement reliées à la berge par les va-et-vient de la barque de la tenancière… Hee-Jin, une femme très mystérieuse, qui ne parle pas et dont les yeux paraissent souffler des braises. Entre le jeune homme et cette femme muette à l’expression très charnelle va naitre une bien étrange relation. Le calme avant la tempête ? Ou la tempête, tout de suite ?


Avis de Oli :
THE ISLE est un film unique – même si certaines de ses thématiques trouveront un écho mystérieux dans le joli THE BOW, en 2005 (pour plaisanter on pourrait presque y voir une préquelle). Kim Ki-Duk y met donc en scène deux personnages écorchés vifs : que ce soit l’homme en cavale, ou cette mystérieuse femme solitaire et muette, tous deux semblent avoir été durement marqués par le passé. Aussi ils vont bientôt ressentir une attirance certaine l’un pour l’autre, entre déracinés de la société, et une relation passionnelle et ambiguë va naître sur la lisse surface de l’eau.

Fais-moi mâle…
Cette eau si calme en apparence, génialement mise en scène, contraste avec la violence des sentiments qu’éprouve chacun des protagonistes de l’histoire. Plastiquement superbe, celle-ci pourra néanmoins choquer certains spectateurs en raison de la violence de certaines situations – sans parler de certains actes très durs pratiqués sur des animaux, thème graphique (cinématographique ?) récurrent chez Kim Ki-duk, absolument nauséabond et que je ne m’explique pas.

A la vie, à l’amore…
Mais la violence n’est finalement pas si gratuite, puisque c’est quand les mots viennent à manquer pour exprimer leurs sentiments que certains parlent par la douleur et se mutilent pour parvenir enfin à crier leur amour. Car en définitive THE ISLE ne parle pas d’autre chose que d’amour. De la dépendance qui s’installe immanquablement lorsque celui-ci s’accompagne d’intenses élans passionnels. De la maladresse chronique qui frappe, fait souffrir quand celui-ci n’est pas maitrisé – voire peut-être carrément ignoré…depuis de trop longues années ?

Kim Ki-duk nous livre donc une drôle de partie de « péché à la ligne », et entre les quelques apparitions nocturnes terrifiantes de l’actrice principale, des coups de sang, coups de gueule et coups de couteau, des élans passionnels, violents voire déraisonnés, quelques plans magiques filmés tout en discrète retenue et d’autres débordant de sauvagerie charnelle, le plus souvent on ne sait pas vraiment à quel « sein » se vouer…et vous pouvez oublier ceux de Hee-Jin, elle risquerait de vous écorcher vif.
Arrivé à la fin du film, et si vous mordez à l’hameçon tendu par Kim Ki-duk, vous ne pourrez qu’adhérer au message du réalisateur : la femme est bien une île pour l’homme.

 


Titre : The Isle / Seom
Année : 2000
Durée : 1h25
Origine : Corée du Sud
Genre : Péché à la ligne
Réalisateur : Kim Ki-duk

Acteurs : Suh Jung, Kim Yoosuk, Park Sung-hee, Jo Jae-hyeon, Jang Hang-Seon, Kim Yeo-jin


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Rick
Administrateur
14 juin 2014 11:45

Des moments durs, des moments poétiques, pour moi le meilleur de Kim Ki-Duk (bien que je n’ai pas encore tout vu). Ça avait été un choc la première fois que je l’avais vu. Excellente chronique Oli 🙂

Oli
Reply to  Rick
14 juin 2014 16:15

Ce que j’aime, chez le Sud-Coréen Kim Ki-duk, c’est que contrairement à ses nombreux compatriotes, lui il ne passe pas le tiers du budget de ses films dans les coupes de cheveux et les implants capillaires de ses acteurs et actrices.