[Avis] Shinjuku Triad Society, de Miike Takashi

Titre : Shinjuku Triad Society / Shinuku Kuroshakai: Chaina Mafia Sensô / Les Affranchis de Shinjuku  / 新宿黒社会 チャイナ マフィア戦争
Année : 1995
Durée : 1h42
Origine : Japon
Genre : Yakuza Eiga
Réalisateur : Miike Takashi

Acteurs : Shiina Kippei, Taguchi Tomorowo, Caesar Takeshi, Osugi Ren, Itou Yukie et Mashiko Kazuhiro

Synopsis : Flic aux méthodes violentes et expéditives, Tatsuhito, torturé par ses origines métissées sino-japonaises, va se lancer dans une quête effrénée pour faire tomber la triade menée par le sadique Wang, qui règne par la terreur sur les nuits interlopes du quartier de Shinjuku, à Tokyo. Une enquête jusqu’au bout de la nuit qui le conduira, entre-autres à Taiwan à la recherche des origines de Wang, avant de conclure dans le sang, sa mission sans retour.

Avis de Rick :
C’est avec ce premier opus de la fausse trilogie Black Society que Miike va se faire connaître. Le film sera son premier métrage à obtenir une diffusion en salle, et provoquera son petit effet pour ses accès de violence et autres débordements sexuels. Alors qu’il mettait en scène la même année Osaka tough guys, comédie sympathique où les yakuza étaient des moins que rien, il prend ici une direction radicalement opposée, nous montrant une vision extrêmement violente, mais également glauque et parfois malsaine du milieu en question. Mais outre cet aspect, on retrouvera surtout ici la présence à l’écran de thèmes chers à Miike pour la première fois, avec notamment les immigrés (qui seront au centre de cette trilogie, que ce soit dans cet opus, Rainy Dog ou Ley Lines, et étant donc la thématique de la trilogie), l’enfance et la famille (que l’on retrouvera dans diverses œuvres dont Visitor Q et Dead Or Alive 2) ou encore l’homosexualité (Gozu ou bien A Big Bang Love Juvenile). Dans Shinjuku Triad Society, Miike Takashi souhaite montrer ce qui se passe la nuit dans le quartier de Shinjuku, et pour se faire, il n’y va pas par quatre chemins, il le montre ouvertement. C’est ainsi que l’on se retrouve dés les premiers instants dans ce monde nocturne brutal, immoral et sans pitié, et l’on n’aura pas le temps de souffler. Un cadavre décapité et retrouvé dans les rues de la ville. Tatsuhito, policier japonais ayant des origines chinoises, dont le père est malade, la mère ne s’est pas adaptée au Japon et dont le frère travaille pour Wang, Taiwanais venu au Japon après avoir assassiné son père, arrive sur les lieux. Il est après Wang, et son enquête le mène dans une boite de nuit, ou un des subordonnés de Wang fait une fellation à un homme dans une cage d’escalier. L’homme s’échappe, en égorgeant un policier. Plusieurs suspects sont amenés au poste de police pour interrogatoire. Lors d’un de ses interrogatoires avec une jeune femme, celle-ci accepte de parler si Tatsuhiko accepte de lui faire l’amour, lequel ripostera d’une chaise en pleine tête. Apparition du titre !

Un prologue plutôt haut en couleur, démontrant déjà à l’époque la direction prise par Miike Takashi dans le monde du cinéma, ses goûts et ses thématiques. Mais ici, l’ensemble de ces éléments sont parfois poussés à l’extrême, sans pour autant toujours obtenir de justifications, donnant par moment un aspect purement gratuit aux scènes, mais renforçant grandement le malaise provoqué par la vision du film. La violence peut éclater à tout moment, parfois sans prévenir, et le film ne fera aucune concession là-dessus. Miike filme le tout de manière brute, parfois osée, et les bruitages seront poussés à l’extrême également, que ce soit dans les scènes de passage à tabac, de raids meurtriers ou tout simplement de sévices sexuels. Rien ne nous est épargné, et personne ne viendra rattraper les autres personnages. Même Tatsuhiko, notre policier, possède des méthodes plutôt expéditives, et cela nous est montré dés l’introduction, mais la suite ira encore plus loin, avec notamment la torture de prisonnier, ou la sodomie de suspect. Shinjuku est un quartier pourri jusqu’à la moelle. La galerie de personnage est d’ailleurs assez impressionnante et variée à ce niveau, entre les tueurs homosexuels, le fameux Wang, joué par Taguchi Tomorowo (plusieurs Miike, mais également les deux Tetsuo de Tsukamoto, ou encore Tomie et All Night Long 1 et 3, ou récemment Gantz et sa suite) jusqu’au boss Yakuza interprété par le génial Osugi Ren, en passant par la jeune prostituée qui avoue n’avoir eu un orgasme qu’une seule fois sans se droguer. On pourra noter quelques faiblesses en milieu de récit au niveau de rythme, mais rien n’empêchant vraiment de se plonger dans cette œuvre glauque et sans espoir. Et on pourra dire que ce sera le cas de beaucoup de films de Miike, un début en fanfare, un milieu plus mou et un final qui décolle. Mais ici, le rythme est encore relativement bien calibré.

Outre sa thématique sur les immigrés et l’enfance, on retrouvera dans les deux autres opus de la trilogie ce manque d’espoir, ou plutôt cette tromperie pour le spectateur, en tentant de nous faire croire jusqu’au dernier moment que l’espoir peut exister, avant de faire s’effondrer son propre monde dans ces derniers instants. Quand on pénètre dans ce genre de milieu, il n’y a pas d’espoir, pas d’échappatoire, pas de porte de sortie, malheureusement. Miike a bien compri tout cela, et sa mise en scène ira totalement dans cette direction. Tout ce qui nous sera montré sera crade et sans espoir, le monde est pourri, et la musique ira, elle aussi, dans cette direction. Comme pour Rainy Dog et Ley Lines, le film instaurera en milieu de récit une romance plutôt étrange, plus basée sur la recherche du plaisir dans le cas présent, et fonctionnant assez bien, allant dans le sens des personnages et de son univers. Si Miike ne signe pas son meilleur film sur le milieu, il nous livre tout de même une de ses œuvres la plus radicale et glauque sur les yakuza.

Note : 7/10

Glauque, malsain, sans espoir, une œuvre dure et perverse où l’on retrouve déjà tous les thèmes chers à Miike : l’enfance, l’immigration, la famille, et l’homosexualité, avec en prime un grand casting avec Taguchi Tomorowo (Tetsuo, Gantz) et Osugi Ren (Uzumaki, Postman Blues) dans des seconds rôles.

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

2 Comments

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  1. Je partage ton avis. Vu une fois mais j’en garde tout de même un très bon souvenir. Je l’avais vraiment apprécié celui-là. Je mettais maté dans la foulée Full Metal Yakuza de mémoire. Un autre délire. STS est un film à conseiller. Revoir ces captures me donneraient envie de le voir à nouveau…

  2. Oui j’aime les deux métrages, même si ça ne joue absolument pas dans le même domaine, et que ça reste bien fauché (pour Full Metal Yakuza surtout haha). C’est à mon avis à partir de là que Miike a commencé à devenir vraiment intéressant, même s’il alterne le bon et le beaucoup moins, parce qu’entre les bons, il y a tout de même du ANDROMEDIA ou du SILVER, ou SALARYMAN KINTARO. 
    Content en tout cas si mon avis te donne envie de le revoir, en espérant que si tu le remattes, tu restes sur ta première impression 😉 

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