[Film] Society, de Brian Yuzna (1989) - Dark Side Reviews

[Film] Society, de Brian Yuzna (1989)

La famille de Bill appartient à la haute société de Beverly Hills, mais il ne s’y sent pas à l’aise, il s’en sent exclu. Bill va finir par découvrir que cette haute société se livre à des orgies contre-nature.


Avis de Rick :
Parler de Brian Yuzna en commentaires m’aura donné envie de me refaire la filmographie du bougre. Un réalisateur adoré de certains, détesté par d’autres, et il faut dire que vu son cinéma, cela n’a rien d’étonnant, puisque le sexe et le gore y sont souvent mélangés, et que le grotesque flirte souvent avec le nanar, juste pour donner vie aux idées du monsieur. Mais quoi qu’en on en pense, Yuzna est un réalisateur mais également (ou même surtout, au départ) un producteur qui a du coeur. Toujours souriant, sympathique (j’aurais pu échanger quelques discussions avec lui via les réseaux sociaux), on connait surtout deux anecdotes qui surprennent toujours. La première, souvent contée par Christophe Gans (Silent Hill, Crying Freeman – produit par Yuzna d’ailleurs), nous explique que lors de la post production de Necronomicon en 1993, Yuzna versa une larme en voyant le résultat calamiteux des effets spéciaux visuels. La seconde concernant le tournage du Dentiste en 1996 surprend également, puisque face au budget ridicule et au refus du producteur d’allonger plus d’argent afin d’acheter des accessoires, Yuzna donne sa propre carte bleue à l’équipe artistique pour que ceux-ci partent acheter ce dont il avait besoin. Alors je sais qu’il faut savoir séparer la vie d’un artiste et son art, mais ces quelques anecdotes donnent immédiatement un visage différent à Brian Yuzna, surtout au vu de ce que l’on sait en général sur le milieu. Mais je m’égare, beaucoup. Après avoir produit les films de Stuart Gordon à ses débuts (Re-Animator, From beyond et Dolls), Brian Yuzna se lance dans la réalisation en 1989 avec talent, avant de poursuivre une carrière intéressante mais en dents de scie.

Mais Society restera quelques temps dans un carton, si bien qu’avant la sortie du métrage, Yuzna eu le temps, avec les mêmes scénaristes, de tourner Douce Nuit, Sanglante Nuit 4 en utilisant des idées qu’ils n’avaient pas pu mettre en image pour le dit film. Avec Society en tout cas, Yuzna surprend, autant dans sa première partie, classique, facile, limite hors sujet, tout droit sortie d’un sitcom, que dans sa seconde partie lorgnant beaucoup plus vers le fantastique et le gluant. Pour ce premier essai, Yuzna s’en sort donc plus que bien, et parvient à mélanger habillement humour et gore, à marquer les esprits, alors qu’au départ, ce n’était vraiment pas gagné. Tout commence à la façon d’un slasher (un peu comme Beyond Re-Animator bien des années plus tard). Le jeune Bill avance dans une maison, il fait nuit, l’obscurité règne, il attrape un couteau. La musique se fait stressante, la lumière s’allume, et ce n’est que sa mère en face de lui. Bill se retrouve dans le cabinet de son psy. Il ne se sent pas à l’aise dans sa famille de riche, comme mis à l’écart. Il croque dans une pomme, et là, dans son esprit, l’intérieur de la pomme n’est que pourriture et vers. Dans cette petite scène simple, Yuzna laisse sous-entendre le sujet du métrage, sans que le spectateur ne s’en rende compte immédiatement. La pomme, c’est l’univers dans lequel Bill évolue depuis sa naissance. Un univers en apparence calme, qui ferait envie à tout le monde, mais en grattant quelque peu la surface, c’est un autre univers, beaucoup moins reluisant, qui se révèle à Bill, et à nous, spectateurs. Car Society va jouer avec cette thématique pendant les trois quarts de sa durée, allant jusqu’à faire croire au spectateur connaisseur qu’il s’est trompé de métrage.

Et c’est là la plus grande force du métrage, outre son final totalement décalé et hallucinant. Yuzna parvient, pendant plus d’une heure et quart, à nous captiver malgré la banalité de son propos (en apparence), et surtout hors propos pour un film de genre. Nous suivons les interrogations profondes de Bill, interrogations obligatoires de l’adolescence, avec son lot de pourquoi, de comment, de réactions violentes au lycée ou envers sa propre famille. Bill se sent à l’écart, ses parents semblent lui préférer sa sœur Jenny qui fait ses premiers pas dans la haute société, son psy le croit paranoïaque. Bill va finir par croire à un complot et se rebeller contre sa famille, encore plus quand un de ses amis, Blanchard, va lui faire écouter un enregistrement illégal concernant sa famille, qui pratiquerait des orgies. Bill, au début, refuse d’y croire, mais progressivement, les évènements vont lui sembler trop étranges et trop gros pour que ce ne soit que des coïncidences. La cassette contenant l’enregistrement à été truqué, Blanchard a un accident de voiture, et surtout, Bill surprend sa sœur sous la douche dans une position étrange. L’étrangeté fait irruption progressivement dans le récit, mais rien ne peut nous préparer à la réalité, bien que beaucoup de questions resteront en suspens. Pour le moment, Society ressemble juste à un sitcom sur Beverly Hills, un film plutôt bien mené sur la vie d’un adolescent mal dans sa peau, mais Yuzna va bien plus loin, puisque ici, les riches se nourrissent des pauvres.

La société bourgeoise en prend énormément pour son grade, Yuzna dépeignant cet univers comme un lieu crade, fermé, incestueux, pervers. Un monde refusant la différence et ne se souciant guère de ce qui se passe autour d’eux. Seules les apparences méritent d’être préservées, en ce qui les concerne. Ceux venant d’autres milieux sont à mille lieux d’imaginer ce qu’il se passe réellement parmi ces personnalités aisées. Et c’est ainsi que Yuzna peut amener l’élément fantastique dans le métrage, en mélangeant habilement maquillages surprenants et dégoûtants et humour noir savoureux, sans jamais aller dans le vulgaire pur et simple. Si beaucoup de questions restent sans réponse, le final de Society fascine et dégoûte à la fois, nous proposant un cocktail assez étonnant où le sang n’apparaîtra étrangement pas, mais laisse place à une toute autre catégorie d’effets spéciaux, innovante et osée. Sans ce final aujourd’hui connu de tous, Yuzna n’aurait fait pour ce premier essai à la mise en scène qu’une sorte de drame sur la quête d’identité d’un jeune homme, de sa place dans sa famille et au sein de la société. C’est sa dernière demi-heure qui donne toute sa signification au métrage, à ce qui a précédé, au prologue, sans pour autant en dévoiler le fin mot. Society reste finalement un métrage plus intelligent qu’il n’y paraît au premier coup d’œil, doté d’un bon scénario, d’excellents effets spéciaux. Les acteurs s’en sortent merveilleusement bien, et la réalisation, classique dans toute sa première partie, paraissant limite télévisée (comme souvent chez Yuzna d’ailleurs), convient à son sujet délicat. Un film plus que sympathique pour son premier film.

LES PLUSLES MOINS
♥ Les thèmes du film correctement exploités
♥ Le final hallucinant
♥ Un métrage surprenant
⊗ Une réalisation parfois trop télévisée
note8
Une série B surprenante et sympathique, où la haute société en prend sérieusement pour son grade. Yuzna prouve qu’il est aussi bon metteur en scène que producteur. En tout cas, le final restera dans les mémoires.



Titre : Society

Année : 1989
Durée :
1h39
Origine :
U.S.A.
Genre :
Horreur
Réalisation : 
Brian Yuzna
Scénario : 
Rick Fry et Woody Keith
Avec :
Billy Warlock, Connie Danese, Ben Slack, Evan Richards, Patrice Jennings et Tim Bartell

 Society (1989) on IMDb


Galerie d’images :

A propos de Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

11 Comments

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  1. Tiens c’est marrant je l’ai vu hier.
    Moui…pas trop convaincu pour ma part.
    Le film est pas mal mais je trouve qu’il a des problèmes. Déjà il vend trop vite la mèche comme quoi il va y avoir des transformations bizarres. On apprend également trop vite ce que font les parents du héros. Du coup après on attend juste le moment où il va en avoir la preuve. Et on s’ennuie un peu à suivre ces persos de sitcom.
    Je pense que le film aurait gagné à maintenir le doute chez le spectateur. Est-ce que Bill est cinglé ou est-ce que tout est vrai ? Ou peut être raconter une romance plus travaillée, je sais pas.
    Là on a surtout l’impression que Yuzna a eu une idée de métaphore dingo pour son final et a bâti un film autour sans savoir quoi raconter avant le final justement.

    Et à propos du final, c’est sympa mais un peu too much aussi. Disons qu’au début c’est malsain et tordu, mais quand Bill tue son « rival », c’est clairement comique quand même.

    C’est pas nul hein, mais comme je trouve que le commentaire social enfonce des portes ouvertes et que les persos ne sont pas intéressants, il aurait fallu (pour moi) un meilleur suspense, une meilleure histoire en fait au delà de la métaphore de fin.

    1. Je pense qu’il faut remettre le film dans son contexte aussi et dans son époque. Ca a 30 ans tout de même…

  2. Ah ben voilà, il suffit qu’on en parlait un peu dans les commentaires, et paf, tu l’as vu.
    Perso, bon comme beaucoup de Yuzna hein, je lui reconnais sa mise en scène un brin « téléfilm » en dehors des scènes chocs, et son aspect souvent rentre dedans qui ne quittera d’ailleurs jamais sa carrière, mais dans le fond, c’est aussi pour ça que l’on aime bien Yuzna.
    Je l’avais vu la première fois il y a un sacré bout de temps, j’étais assez jeune, je n’avais pas entendu parler du film, et je ne connaissais pas franchement le cinéma de Yuzna, donc la surprise a plutôt fonctionné pour moi en tout cas, et je revois toujours le film avec « plaisir » (comme toujours pour les films malsains, dur d’utiliser le mot plaisir).
    Et le côté volontairement un peu planplan, les personnages volontairement vides et clichés, je trouve justement que c’est plutôt bien vu, ça amène certes des défauts mais ça donne vraiment l’impression du banal sitcom de Beverly Hills.
    D’ailleurs, si tu l’as vu avec le « magnifique » dvd français, je crois de mémoire qu’il est en 4/3, et fait apparaître de gros défauts de mise en scène qui normalement ne sont pas là, notamment des perches micro en haut de l’image.

    1. Ouais j’ai vu la version open matte. Mais bon ils ont sorti un nouveau DVD récemment censé être tout beau mais liité à 1000 exemplaire.
       
      Mais bon ça à la limite je m’en fous, je ne vais pas reprocher ça à un film. Surtout si je sais qu’il n’est pas dans le bon format. C’est surtout que j’ai eu l’impression que le film aurait pu tenir en un sketch de 30min vu le côté un peu vide scénaristiquement. Donc ça m’a paru long malgré les 1h30^^
       
      « son aspect souvent rentre dedans qui ne quittera d’ailleurs jamais sa carrière, mais dans le fond, c’est aussi pour ça que l’on aime bien Yuzna. »
       
      Béh moi c’est peut être pour ça que je n’accroche pas^^ Parce que justement c’est pas si malsain que ça, ça vire un peu trop facilement dans le grotesque un peu rigolo. Et je ne sais jamais si c’est voulu ou pas.
      Parce que quand même, la dernière répique du juge à la fin après la fuite des « héros », ça fait un peu punchline comique^^ Alors au final il voulait que ce soit malsain ou drôle ?
       
      Pour tout dire, sache que je suis fan des manga de Junji Ito (Rémina, Tomié, le mort amoureux, Spirale, et tous plein de ses recueils de courtes histoires) qui vont loin dans le grotesque, mais ils ne m’ont jamais fait marrer, sans doute parce qu’il n’y a quasiment jamais ce côté trop cartoon.
      Je pense cela dit que faire des films avec ce genre de BD, c’est très casse-gueule parce qu’il faut que ce soit parfait pour ne pas devenir rigolo par un aspect « mal foutu » Et Yuzna n’est pas Cronenberg quand même…
      La mouche, The brood, Videodrome…ils ne me font pas rigoler…

      1. ah mais non, même si j’ai une grande sympathie pour Yuzna, je n’oserais pas le comparer à Cronenberg (qui a annoncer d’ailleurs récemment arrêter sa carrière à ce qu’un ami m’a dit). Videodrome est un film de mes films cultes après tout 😉

        Après de ce que tu dis, je pense simplement que Yuzna n’est pas forcément un réalisateur fait pour toi, même si tu pourras trouver certains de ces films divertissants 😉

        J’aime beaucoup Ito également, je n’ai pas tout lu (car ces mangas là coûtent la peau du cul en France), mais j’ai la collection des Tomie, Spirale et Gyo. Et Spirale m’a toujours impressionné. Surtout les dernières planches du dernier tome. Ce souci du détail, ces planches de deux pages absolument hallucinnantes (je pense que tu vois à quoi je fais référence). Mais Ito a très souvent été adapté au cinéma au Japon. Tomie il y a 8 ou 9 films (suivant si on compte l’épisode V-Cinema dans la saga ou pas), Spirale a eu son film (que j’aime bien même si très simplifié et souvent bien grotesque), Gyo a eu un film d’animation, il y a eu aussi les films Kakashi et j’en passe.

        1. Tiens bah histoire de faire ma pub, quelques articles de moi sur Junji Ito :http://www.brucetringale.com/from-beyond/ http://www.brucetringale.com/apocalypse-et-critique-sociale-remina/ http://www.brucetringale.com/spirale-infernale-sirale-de-junji-ito/ Je parle aussi un peu du film dans l’article sur Spirale. C’est franchement pas mon préféré Spirale (ni Gyo d’ailleurs) En longs récits, je préfère Rémina ou le mort amoureux. Et j’aime beaucoup de ses courts récits.
          Je sais qu’il a été aapté en films, mais honnêtement ça me tente moyen. Comme je le dis, je trouve ça casse gueule quand même^^ Le pouvoir du dessin parfois…c’est pas pareil que le ciné.
           
          J’ai la chance d’avoir chopé les mangas quand ils étaient encore trouvables pour certains, et d’autres j’ai fait des fouilles pour tomber sur des offres intéressantes^^

        2. Bon…j’arrive pas à mettre des liens qui marchent, vous devez avoir une limitation de liens, ça doit passer en spam^^
           
          Alors euh…mes liens au dessus, faut faire un copier coller parce qu’ils se sont foutus à la suite et forcément ça ne marche pas.
           
          Ou pour faire plus simple :
           
          http://www.brucetringale.com/?s=junji+ito
           
          (mais tous les articles ne sont pas de moi^^ J’ai chroniqué Gyo, Spirale, Frankenstein, Black Paradox, et Rémina. Les autres c’est le webmaster du blog qui les a écrit, on est tous les 2 fans de Ito)

          1. J’ai corrigé ton message avec les liens ^^

  3. Merci pour les liens, je regarde ça plus tard, j’ai un peu de taf à terminer aujourd’hui pour ce soir, donc je m’y met à fond ^^

  4. C’est clair que l’ami Brian est un cinéaste singulier à sa manière bien à lui, ce qui rend son style immédiatement identifiable, et c’est ce que j’aime particulièrement chez lui !
    Le côté un peu téléfilm de sa mise en image couplé à son côté rentre-dedans…
    C’est vraiment sa carte d’identité !
    Ce Society fait partie de mes expériences cinéma les plus mémorables…cette espèce de « soap-opéra » qui dérape totalement dans le foutraque et le malsain bizarre et cette critique plutôt bien sentie du petit monde fermé de la haute bourgeoisie m’a vraiment marqué, et c’est ce film qui m’a fait aimer Brian Yuzna.

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